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Publié par Saoudi Abdelaziz

Moncef Marzouki (CPR) président de la République par intérim, Mustapha Ben Jaafar (Ettakatol) président de l’Assemblée constituante, et Hamadi Jebali (Ennahda) chef du gouvernement : telle est la nouvelle répartition provisoire des pouvoirs qui a été décidée conjointement par le parti Ennahda et les deux partis de gauche. Selon Oumma.com, les trois partis annonceront officiellement ces nominations "d’ici lundi", les discussions se poursuivant le week-end sur la répartition des portefeuilles du gouvernement.

Moncef Marzouki, 66 ans, est connu pour son opposition de longue date à Ben Ali. Médecin de formation, âgé de 66 ans, a vécu pendant 10 ans en exil en France avant de revenir en Tunisie après la Révolution. Son parti se qualifie de gauche nationaliste.Hamadi Jebali a passé plus de 15 ans dans les geôles de Ben Ali. Mustapha Ben Jaafar, 71 ans, est fondateur d’Ettakatol (Forum), parti de gauche membre de l’internationale socialiste et proche du PS français. Les trois hommes semblent symboliser une politique de rupture avec le benalisme.

 

 

Par ailleurs, la visite en Algérie de Rached Ghannouchi chef d’Annahda a suscité des commentaires hostiles souvent outranciers dans les journaux « laïques » ou éradicateurs. Kharroubi Habib du Quotidien d’Oran se démarque de ces excès.

 

 

 

Puériles indignations

 

 

 Le Tunisien Rached Ghannouchi, chef du parti islamiste Ennahda, ayant remporté dans son pays la victoire aux élections du 23 octobre, n'occupe aucune fonction officielle. Il n'en est pas moins l'homme fort du moment en Tunisie. Sans l'aval de qui rien d'important ne se fait ou se décide. Cette réalité tunisienne semble échapper à certains en Algérie qui font grief aux autorités du pays d'avoir non seulement reçu à Alger le chef islamiste tunisien, mais de l'avoir accueilli avec des égards protocolaires que ne justifient, à leurs yeux, ni son statut de président d'Ennahda, ni celui d'homme incontournable de la scène politique tunisienne.

Les mêmes pourtant ont accablé ces autorités en les accusant de ne pas avoir été réactives aux changements en Libye et d'avoir ainsi tardé à prendre acte que d'autres acteurs étaient devenus le pouvoir réel dans ce pays. Il nous semble qu'en recevant Ghannouchi, le pouvoir algérien a fait preuve de réalisme et de pragmatisme. Que Ghannouchi soit un islamiste, les autorités algériennes n'ont pas à le bouder pour cette raison. Les relations de l'Algérie et de la Tunisie en auraient pâti, pour la raison qu'il n'appartient pas aux autorités algériennes de remettre en cause ce pour quoi la majorité populaire en Tunisie a opté librement et en toute démocratie.

Il va falloir que l'on s'accommode en Algérie des réalités qui prévalent ou vont prévaloir dans les Etats voisins et ailleurs dans le monde arabe. Les Tunisiens estiment qu'Ennahda est soluble dans leur démocratie et ont de ce fait accepté que son président, Ghannouchi, joue inévitablement un rôle politique majeur dans le pays, investi ou pas d'une fonction étatique officielle.

L'on comprend que les censeurs du pouvoir qui se sont manifestés à l'occasion de la visite de Ghannouchi et de l'accueil officiel qui lui a été réservé ne ressentent aucune sympathie pour l'homme et les idées qu'il représente. Ils n'ont pas tort de le soupçonner de travailler à réaliser en Tunisie un projet de société qu'ils ne partagent pas, combattent et s'opposent à ce qu'il en soit de même en Algérie. A l'aune de cette vision, ils auraient dû alors approuver la circonspection qu'on mise les autorités algériennes à reconnaître et avoir des contacts avec le Conseil national de transition libyen (CNT), peuplé d'islamistes aussi avoués et inquiétants que l'est le Tunisien Rached Ghannouchi.

Un fait s'impose, celui que le «printemps arabe», trop vite porté au pinacle par les défenseurs de la démocratie, n'est pas en train de donner les fruits qu'ils en escomptaient. S'il est vrai en effet que ce «printemps arabe» a été l'œuvre à l'origine dans tous les pays où il s'est produit de jeunes modernistes, ce sont les islamistes, dont ceux d'Ennahda en Tunisie, qui sont en train d'en être les grands bénéficiaires.

La question fondamentale pour les démocrates et modernistes algériens n'est pas d'éluder cette réalité, mais de se mobiliser et de s'organiser pour qu'elle ne se produise pas chez nous. A ce niveau de préoccupation, les récriminations contre l'attitude des autorités à l'égard de Ghannouchi sont d'une désarmante puérilité.

Kharroubi Habib, 21 novembre 2011. Le Quotidien d’Oran

 

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Safiya 25/11/2011 01:57

Ghannouchi, d'après ce que j'ai lu sur un site, aurait été le conseiller du FIS (c'est moi qui emploie le conditionnel), si cela est avéré, ces "récriminations" ne sont pas si puériles.
Recevoir en grande pompe le conseiller, c'est du même coup disculper le FIS quelque part et trahir la mémoire...

Mohand 21/11/2011 15:14

Parce que la séparation du politique et du religieux est primordiale; il est nécessaire d'un côté de prendre en compte la ligne développée par Ennahda depuis son rapprochement avec d'autres
composantes de l'opposition au régime de Ben Ali (CPR et le Ettakatol) et qui se traduit par une renonciation à l'islamisme. Et, d'un autre côté de s'interroger si cette convergence dans le cadre
de "l'initiative du 18 Octobre pour les libertés" n'aboutit pas en définitive à un recul de l'engagement de ces démocrates sur leurs positions en faveur de la sécularisation de l'Etat tunisien.

La situation actuelle se présente comme une sorte de consensus mou qui inhibe les côtés Djhadiste de Ennahda, mais qui dans le même temps empêche les démocrates et la société Tunisienne de
trancher, de manière décisive, ce nœud gordien de la séparation du sacré et du profane.

Si cette convergence a pu être utile dans la phase d’opposition au régime Ben Ali, aujourd’hui elle devient, de plus en plus, un élément de conservatisme et de régression. Non seulement ce
consensus ne permet pas de faire barrage à une éventuelle montée du djihadisme salafiste, puisque l’islam demeure un élément du champ politique, et dès lors une lecture peut bien en valoir une
autre. Mais, il ne garantit même pas l’irréversibilité de cette « évolution d’Ennahda » et n’empêche pas le retour de celui-ci vers ses anciennes positions. Il suffirait qu’un congrès de ce
mouvement délégitime l’actuelle ligne pour que ressurgisse le MIT, dans le cadre d’un Etat où l’islam est toujours religion d’Etat, carcan prêt à accueillir toutes les dérives.

Le renoncement d’Ennahda à la sacralité de sa vocation et de son action, ne sera un acquis définitif que s’il est endossé, par lui, dans ce qu’il a comme répercussion sur la question de la
sécularisation de l’Etat Tunisien lui-même. S’il est bon que Ennahda renonce à ses prétentions de Daawa , il est bon aussi que l’Etat soit déchargé de toute fonction d’interprétation ou de gestion
du religieux. Sinon ce consensus ne sera qu’un accord politique rétrograde qui plante ces forces politiques et la société Tunisienne au milieu du gué.
Les forces progressistes et démocratiques Tunisiennes saisiront-elles l’importance de cette question ? C’est à souhaiter, pour la Tunisie et pour toute la région.