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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

Issad Rebrab veut cultiver de la canne à sucre en Ethiopie. Il veut suivre l'exemple des multinationales agroalimentaires coréennes, italiennes, malaisiennes déjà actives dans ce pays.

4,3 euros par hectare et par année, c'était, en 2011, le prix payé par ces multinationales pour  accaparer de grandes superficies de riches terres éthiopienne où ils font cultiver par des paysans devenus ouvriers agricoles,  des produits destinés à l'exportation.

 

En décembre dernier, le patron de Cevital avait confié à Jeune Afrique ses ambitions agricoles africaines : "Un pays comme l’Éthiopie qui a plus de 73 millions d’hectares de terres arables n’exploite que 15 millions d’hectares, et encore, de manière artisanale. Les taux de rentabilité sont un tiers de ce qu’ils seraient si ces terres étaient travaillées de façon scientifique et mécanisée. L’Éthiopie devrait être un des plus grands producteurs de sucre en Afrique et dans le monde. Il leur manque non seulement des moyens financiers, mais aussi le savoir-faire. Or nous avons le savoir-faire, nous savons comment mobiliser les moyens financiers. Nous avons donc décidé d’investir".

DR-Ce n'est pas pour se nourrir sur place

 

 

 

En août 2011 déjà on pouvait lire sur le site de  Sosfaim: "Depuis peu, l’Etat éthiopien loue ses terres cultivables aux plus offrants et encourage les grandes exploitations tournées vers l’exportation (agrocarburants, canne à sucre, huile de palme,…) au grand désespoir des petits producteurs locaux." La raison de la mise en œuvre de cette politique est simple : le gouvernement, en manque de fonds, délaisse l’agriculture vivrière peu rentable au profit de contrats juteux avec des investisseurs privés ou pays étrangers. Une occasion en or pour ces derniers qui  ne peuvent qu'être alléchés par le prix de la location de la terre en Ethiopie (seulement 4,3 euros par hectare et par année)".

Cette offensive des multinationales vers les terres arables de l'Ethiopie coïncide avec  la crise alimentaire dans la corne de l'Afrique. Alors que des milliers de personnes souffraient de la famine en cette grave période de sécheresse qui affecte le sud de l'Ethiopie, Une enquête de Survival International avait apporté des preuves alarmantes selon lesquelles "les tribus indigènes sont spoliées de leurs terres agricoles les plus productives pour être allouées à des compagnies étrangères qui y pratiqueront une agriculture intensive d'exportation". De grandes étendues de terres fertiles de la vallée de l'Omo, au sud-ouest de l'Ethiopie, ont été cédées à des compagnies malaisiennes, italiennes et coréennes (...) pour y pratiquer une agriculture d'exportation, alors que les 90 000 autochtones qui vivent dans la région dépendent étroitement de leur terre pour leur survie..

 

 

En mai 2009, la FAO mettait en garde « les transactions sur la terre peuvent créer des opportunités (débouchés garantis, emplois, infrastructures et hausse de productivité agricoles) mais peuvent aussi causer des dommages si les populations locales sont exclues des décisions et si leurs droits fonciers ne sont pas protégés ».

 

 

L'enquête de Survival révèle: "Les populations locales, qui n'ont jamais été consultées, ont été réduites au silence avec l'interdiction de s'adresser aux étrangers ou aux journalistes. Un visiteur qui s'est récemment rendu dans la région à révélé à Survival que le gouvernement et ses forces policières répriment, emprisonnent, torturent les autochtones et violent leurs femmes pour déjouer toute opposition à la spoliation de leurs terres".

 

Présentant cette enquête, Stephen Corry, directeur de Survival International commentait : "Les tribus de la vallée de l'Omo ne sont pas "arriérées" et n'ont pas besoin d'être "modernisées" - elles sont tout autant dans le XXIe siècle que les multinationales qui cherchent à s'approprier leur terre. Le tragique de cette affaire est qu'en les forçant à devenir des ouvriers agricoles, leur qualité de vie sera réduite à néant et ils seront condamnés à la famine et à l'exclusion, comme bon nombre de leurs concitoyens".

 

 

Saoudi Abdelaziz, 2 juillet 2013

 

 

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