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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 


DR-Début du ramadhan aujourd'hui. Le souvenir des péripéties ayant marqué le mois de ramadan de l’année dernière demeure encore dans les esprits des Algériens. Reporters-dz

  

 

 

Les prix pendant le Ramadhan : simple effet d’aubaine

 

ou reflet d’une situation structurelle ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Mustapha Mekideche

 

 

 

 

 

A force de traiter tous les ans, à la veille du Ramadhan, du même sujet, on est en droit de se poser finalement la question de savoir s’il y a réellement une solution à ce problème récurrent de flambée des prix. Cette question n’est pas spécifique à l’Algérie. En lisant la presse en ligne des pays maghrébins, j’ai pu constater que la Tunisie, l’Egypte, le Maroc sont confrontés tous les ans, comme nous, au même problème.

 

 

 

Aucun n’a trouvé de solution définitive à ce jour. Certains avancent, ici et ailleurs, une raison triviale pour expliquer la forte augmentation des prix : la forte pression de la demande sur certains produits. On peut s’en tenir là et se contenter de dire que ces dysfonctionnements renvoient à l’implacable loi de l’offre et de la demande. Cela n’explique pas tout car, en vérité, le mois du Ramadhan amplifie plus qu’il ne révèle les défaillances des segments de marché les plus fortement sollicités en cette période de modèle alimentaire spécifique. En effet d’autres variations importantes de prix sont aussi repérables pour d’autres produits à d’autres moments. C’est le cas pour les prix de la pomme de terre pendant la période de «soudure» d’intersaison. A l’inverse, la filière des viandes blanches a déjà anticipé la reprise exceptionnelle de la demande en ce mois sacré du Ramadhan pour redresser des prix que les professionnels avaient considéré comme trop bas. Le poulet est déjà cédé à 370 DA le kilo sur les marchés algérois alors que son prix était de 220 DA. Le différentiel de coût obtenu par la suppression de la TVA sur les aliments du bétail sera empoché de nouveau par les seuls acteurs de la filière au détriment des consommateurs. Par conséquent, ce n’est pas dans ce seul champ conjoncturel traité par une commission ministérielle ad hoc qu’on trouvera les solutions idoines.

 

 

 

Il va falloir s’attaquer aux causes profondes qui désarticulent structurellement les marchés en Algérie.  Mais d’abord, tordons le cou à certaines idées reçues. Comme par exemple, celle facile, d’une inflation importée source de tous les problèmes. Abdelhamid Boukahnoune, directeur général du contrôle économique et de la répression des fraudes au ministère du Commerce soutient cette thèse. Il a ainsi déclaré la semaine dernière à la conférence- débat organisée sur ce sujet par le quotidien “El Khabar” que «nous dépendons des prix à l’importation. Sur 53 positions tarifaires, 34 produits ont augmenté de 80% pour certains. Nous avons constaté déjà une augmentation des prix sur les marchés».Sachant, comme chacun d’entre vous, que nos importations proviennent à plus de 50% de l’Union européenne (UE), j’ai consulté les chiffres de l’inflation dans cette zone économique. L’inflation n’y est que de 1,6% pour juin 2013. Alors de deux choses l’une : ou bien les anticipations de spéculation sur les produits cités sont structurellement organisées à partir d’un marché censé être un marché commun de libre-échange au sein duquel les variations de prix sont par définition nulle ou bien le différentiel est constitué par des coûts de transaction élevés et des ponctions opérées indûment, par effet d’aubaine pour ne pas dire par des pratiques illicites, dans notre propre segment d’importation Pour tout vous dire je suis enclin, pour ma part, à retenir la deuxième raison, d’ordre interne. Le mal est en nous. A ce propos, il sera très intéressant de suivre l’évolution des prix, lors de la première semaine du Ramadhan, des fruits de saison locaux dont l’offre est largement excédentaire. Si l’augmentation reste raisonnable c’est l’effet légitime d’aubaine qui aura été mobilisé ; mais si les prix augmentent considérablement, c’est tout simplement de la spéculation organisée y compris en retirant, d’une façon ou d’une autre, des quantités pourtant disponibles pour le consommateur final.

 

 

 

Dans un pays où les marchés de détail n’affichent pas les prix, bien que la loi ait libéré ces derniers, il sera difficile de toute manière d’évaluer l’amplitude de ces augmentations. Il n’est pas sûr que la mobilisation annoncée de 6 000 agents de contrôle des prix et de la qualité fasse sensiblement bouger les lignes d’autant que les nouveaux espaces informels de commerce sont devenus insaisissables par la mobilité que leurs petites camionnettes de vente leur procurent. Les marchés seront mieux organisés le jour où le programme de réalisation des infrastructures de commerce de gros et de détail sera achevé et les institutions de contrôle et de régulation seront opérationnelles car disposant d’un arsenal réglementaire complet ainsi que de mécanismes de régulation. Pour ce faire, le chantier de l’organisation des marchés devrait avoir la priorité dans le programme des réformes. Il ne s’agit pas de s’en souvenir la veille du Ramadhan simplement. Ceci fait, l’éducation des consommateurs, par le biais de leurs associations notamment, afin d’acheter rationnellement viendra alors compléter un système marchand régulé, transparent et prévisible.

 

 

 

En attendant, et pour conclure, croisons simplement les doigts pour que les achats de la première semaine du Ramadhan ne perturbent pas trop le budget mensuel des ménages algériens. Car, le mois suivant, il leur faudra financer les vacances familiales et tout de suite après la rentrée scolaire. Heureusement que l’inflation a été relativement contenue puisque son taux est descendu de 7,4% en avril 2013 à 6,9% en mai 2013. Imaginez ce qu’aurait été la situation si l’inflation avait continué son trend haussier pour passer à deux chiffres. Cette menace est contenue pour le moment. On gagnerait à ce qu’elle soit pulvérisée. Le pouvoir d’achat des faibles revenus s’améliorerait, y compris pendant le mois de Ramadhan. Attention un train peut en cacher un autre.

 

Liberté.com

 

 

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