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Publié par Saoudi Abdelaziz

 C'était en 2012...

Khelli el bir…

 par El-Guellil

 Dans ce salon de thé, le patron est réputé avoir une poigne terrible. À tel point qu'un concours permanent est ouvert dont le prix est, quand même, de un million. Le concours consiste en ceci : le patron presse dans sa main un citron en faisant couler le jus dans un verre. Si quelqu'un est capable de faire donner une goutte de plus au citron après le moul ecchi, alors il gagne le million !

Tout le monde des gros bras (les forts des halles centrales qui ont été forcés de déménager, les dockers qui ont été remplacés par des machines et autres haltérophiles jamais sélectionnés en équipes nationales se sont essayés à ce petit jeu, mais personne n'a encore gagné.

Fi youm mini el ayam (comme disait Abdelhalim Hafiz, l'Egyptien qui aurait pu ne pas mourir chanteur s'il avait vécu sous le nouveau pouvoir en Egypte), un beau jour, un petit bonhomme, tout mince, tout fragile, avec des lunettes aux verres épais d'un centimètre, se présente au patron et lui dit :

- J'aimerai tenter ma chance au concours !

Après que les rires se soient tus et le tniz essouflé, le patron dit «d'accord», il attrape un citron et le presse complètement. Ensuite, il tend les restes du citron au petit bonhomme.

La foule qui regarde la scène pousse un «Ohhh» d'étonnement lorsqu'elle voit une, puis deux, puis trois puis... six gouttes tomber du citron pourtant sec !!! Du jamais vu. Moueujiza.

Après que la foule l'ait acclamé comme il se doit, le patron sort le million de sa caisse, le lui remet et demande au petit bonhomme :

- Qu'est-ce que vous faites comme métier ? Bûcheron ou quelque chose comme ça ? Sûrement un travail manuel !

Et le petit bonhomme de répondre :

- Non, non... Je travaille aux Impôts !

C'est un peu ce qui arrive à nous autres salariés, toutes les cotisations sont pompées à la source. Tous nos impôts sont déduits de nos salaires, chaque fin du mois, on est pressés comme ce citron et le peu de gouttes qui nous restent, c'est le marché qui s'en charge. On t'augmente ton salaire de quelques sous et on laisse les prix s'enflammer pour te tenir tout le temps en laisse, laisse el bir avec son couvercle laisse le pire dans la cocotte, ramdane approche.

 El Guellil, 27 juin 2012. Le Quotidien d’Oran

 

 Commentaire du blog

 Il faut presser le citron des gros

 Par saoudi Abdelaziz

 Dans les pays bien organisés, on sait qu’acquitter l’impôt, quand on en a les moyens, est le principal symbole de la citoyenneté et le moteur de l'esprit public. Ce qui nous amène à dire que dans notre pays, seuls les salariés semblent être de véritables citoyens : ils paient l’impôt sur le revenu, directement sur la fiche de paie, sans cacher un seul centime.

 Calculer l’impôt sur le revenu des patrons et de leurs sociétés, c’est une autre affaire, me confiait hier un ami. A.A. fait partie de ces journalistes à la pointe de l’après-octobre 88. Hamrouchien et pagsiste, Il espérait imposer un véritable journalisme d’investigation dans une presse libre. Le mort a vite saisi le vif. Aucune vraie révélation n’a jamais été produite par les efforts d’investigation autonomes des journaux. A l'exception des dossiers périodiquement fournis à des "journalistes" accrédités auprès des différents clans du régime, on ne publie rien sur les dessous d'une économie algérienne qui n'est faite ... que de dessous.

 A. A. n’est plus journaliste depuis longtemps, mais il reste au courant en attendant des jours meilleurs. Il cite quelques grands patrons de consortium industriels en affirmant : « Ils ne fournissent pas de factures aux grossistes qu’ils livrent, à peine une par an pour des contrôles éventuels ».

Parmi les patrons cités par A. A., je noterais celui de Rebrab, qui, à la différence de ses congénères, exige avec arrogance le beurre et l’argent du beurre, à travers une campagne médiatique incessante pour modeler un profil de super-citoyen, libéral, moderne et ... persécuté (ce qui est bien vu en ces temps anti-autoritaires).

Patron moderne ? M. Rebrab devrait d’abord donner la preuve élémentaire de sa citoyenneté en payant normalement l’impôt, comme le fait son ouvrier qui ne peut pas cacher un centime de la maigre paie. Si on le laissait faire son métier, le fonctionnaire des impôts d’El Guellil saurait trouver les bases de l'impôt réel que doit Cevital. Il pourrait presser quelques milliards à M. Rebrab!

 Mais que peut faire le petit homme contre une des puissantes et insaisissables créatures du système? Mais sait-on jamais, peut-être qu'à trop faire parler de lui, le médiatique milliardaire susciterait, non pas les humeurs de blogueurs impuissants, mais des déballages autrement plus dangereux venant des jaloux des hautes sphères, comme ces révélations que nous avons connus dans l'affaire Khalifa, cet autre star-idole du  libéralisme à l'Algérienne- assis le cul entre deux  chaises- qui voulait faire de l'ombre à ses maîtres de l'ombre.

 Qu'ils se bouffent entre-eux, dirait mon voisin de Jijel qui, pour arrondir sa retraite, cultive sur un petit lopin à Beni-Caïd, de belles petites fraises écolos qu'il vend -pas chère-dans le quartier. Sans payer d'impôt, mais lui n'a pas de jaloux

 Saoudi Abdelaziz, 27 juin 2012

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