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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

« Le mépris pour le code de la route, la tolérance envers la fraude fiscale et la contrebande, la corruption des fonctionnaires ou l’abstention des électeurs sont d’autres symptômes d’un manque de respect généralisé envers les règles de la vie en collectivité et envers l’espace public… D’un côté la précarité de l’Etat, de l’autre l’éclatement d’une société constituée de groupes fermés. Ce sont –là deux facettes de la réalité colombienne. Le manque de cohésion sociale facilite l’apparition de nouveaux pouvoirs comme ceux des cartels de la drogue, des guérillas et des groupes paramilitaires qui poussent à l’extrême la logique de la privatisation du pouvoir et de la fragmentation sociale. » L’Etat inachevé. Les racines de la violence en Colombie.


 

Ce mois de Ramadhan estival n’a pas échappé au traditionnel questionnement sur l’absence de vie politique nationale. L’indétermination dans laquelle est laissé le sort du gouvernement, le silence du président, la léthargie apparente de la scène publique, tout cela semble raviver les inquiétudes.


Mais à en juger par le nombre de chroniques et d’éditoriaux qui lui sont consacrés « le vide politique » a au moins pour vertu de susciter de la copie. Doit-on pour autant en conclure que tout ce qui se passe en ce moment à l’intérieur de ce « vide » est frappé du sceau de l’«inexistence » ?


Doit-on considérer -par exemple- la « contribution » du Pr Omar Aktouf à El Watan et la réponse que lui fait le FCE comme un échange qui se situe en dehors du champ de la vie politique ? S’agît-il là juste de deux positions opposées qui s’affrontent démocratiquement dans un champ médiatique neutre ? Une fois que les deux ont parlé que deviennent les faits sur lesquels ils se sont exprimés ? Qui est en charge de réagir ? D’autres professeurs ? D’autres patrons ? De simples citoyens ? Des militants politiques ? Des syndicalistes ? Et si chacun campe sur son opinion sans que rien ne bouge, à quel moment les mots : débat, démocratie, opinion, société, responsabilité, économie, institution, presse, information, politique, syndicalisme ,militantisme , conscience vraie et fausse conscience, perdent-ils de leur capacité à signifier -ici et maintenant- ce qu’ils pourraient signifier ailleurs ou à un autre moment ?


L’idée que se font de leurs 50 propositions et d’eux-mêmes les membres du FCE peut-elle tenir lieu de réponse aux questions du Pr Aktouf sur les impasses d’une « économie » qui peine à se constituer en dehors de la rente et d’un discours néo-libéral en totale déphasage avec ce que révèle la crise globale? L’origine de la richesse et les conditions d’accès à cette dernière en Algérie sont-ils points de détails sans incidences sur la crise ? Poser ces questions suffit-il à classer les uns sous le label « libéral » et les autres sous celui de «bureaucratique » ?


Les « forces » économiques qui ont émergé au terme d’un épisode marqué par la violence, le non-droit et la prédation peuvent- elles faire l’économie d’une explication ? Question qui se pose également à toutes les forces, pratiques ou discours « émergents » de cet épisode.


Et de même, doit-on considérer le bras de fer engagé entre les gardes communaux et les pouvoirs publics comme une bataille à caractère exclusivement socio- professionnel ? Les crises de ce type sont-elles réductibles aux discours que tiennent les protagonistes directs ? Est-il à ce point anodin qu’un corps armé par l’Etat se rebelle et occupe la rue ? Suffira-t-il de le satisfaire ou de le dissoudre pour « vider » les contentieux ? N’est-ce pas là un des symptômes non traités de la « réconciliation nationale » ?


Et les dissidences qui frappent les partis font-elles partie de la « vie politique » ou sont-elles l’indice de son « inexistence » ? Et dans ce cas précis « le vide » est-il ce que laissent derrière eux les dissidents ? Ou ce sur quoi débouche leur action ? Ou peut-être encore est-ce de ces deux « vides » conjugués que nait le grand « vide » politique ? Mais alors de quoi était «pleine » la situation antérieure ?


Quid également du duel des communiqués et contre-communiqués entre responsables institutionnels et contestataires de tous ordres ? Est-il dans ou hors de ce « vide » ? Est-il indifférent de savoir si véritablement des policiers ont violemment battu un citoyen pour cause de « non-jeûne » et si le démenti de leur hiérarchie est pur mensonge ou si c’est l’information elle-même qui est manipulée ?


Est-ce vraiment un détail sans importance de vivre au milieu du mensonge institutionnel ? Et quand les médias déforment les faits, est-ce sans incidences sur la vie publique ?


Y a-t-il la moindre chance de construire un espace public non violent si chacun se contente d’avoir sa propre opinion sur les évènements en fonction du crédit qu’il accorde ou pas à tel ou tel ?


Sans cohérence interne est-il possible de donner un sens, ou même d’entreprendre, une action à l’externe ? Quand Mr Rahabi impute aux « carences de la société civile » le peu de poids diplomatique de l’Algérie sur le dossier syrien est-ce qu’il essaie seulement de « remplir le vide » de la case « diplomatique » nationale ? Mais à quel moment la solution « diplomatique » a-t-elle été retenue sur la scène internationale pour la résolution de la crise syrienne ? N’est-ce pas là la seule chose digne d’être déplorée ?


Quand la « société civile » réagit et trouve des milliers de réfugiés syriens à secourir en pointant du doigt la « défaillance » du croissant rouge national quel « vide » est-il ainsi rempli ? Et sur quelle vitalité diplomatique vat-il déboucher ? Cela va- t-il nous aligner sur la ligue arabe, le conseil du Golf et le bloc européo-américain ou sur l’axe Iran-Russie-Chine ? Et avec combien de cartes? Appuyés sur quel consensus national ? Quel poids économique ? Quelle crédibilité internationale ?

 

A moins que « vide politique » soit le nom que l’on donne, faute de mieux, à une crise que l’on s’obstine à refuser de résoudre à la racine. : En la formulant dans les termes qui sont les siens. Ce qui n’a presque plus rien à voir avec la lenteur ou la diligence que l’on met à former un gouvernement.


Cela aurait plutôt à voir avec l’idée que l’on se fait du rôle, de l’importance et des conséquences du choix de la violence dans la constitution ou la dislocation politique des groupes humains. Dont les algériens du XXI siècle.


Sans rien changer au « vide » la Suisse vient de rejeter le principe de l’immunité du général Nezzar dans de possibles poursuites pour crimes de guerre.

 

 

Salima Ghezali, 31 juillet 2012. La Nation.info

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