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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

"Le Figaro" titre en une que la République islamique cherche l'arme atomique. Les experts ne font pas le même constat.

Absente du paysage médiatique depuis sept mois, la République islamique revient par la grande porte... dans la presse française. "L'Iran prépare une bombe nucléaire, titre vendredi en une Le Figaro. Affirmant que l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) dispose de preuves, le quotidien cite un "spécialiste proche du dossier" pour expliquer que l'AIEA s'apprête à publier "l'un des plus importants (rapports) sur le sujet". Contactée par Le Point.fr, l'AIEA, qui qualifie de "stupide" le titre du Figaro, refuse de commenter un document "qui ne sera remis au conseil des gouverneurs de l'AIEA que le 17 novembre prochain". De son côté, une source anonyme au sein du Figaro admet le caractère tapageur du titre et rappelle que "ce ne sont pas les journalistes qui les font".

"Ce rapport ne contient aucun élément nouveau par rapport à il y a six mois", réagit François Géré*, directeur de l'Institut français d'analyse stratégique (Ifas). Le 2 septembre dernier, le directeur général de l'AIEA avait fait état de son inquiétude croissante sur la question de l'éventuelle dimension militaire du programme nucléaire iranien, notamment au sujet des activités relatives à la mise au point d'une charge nucléaire pour un missile. L'agence affirmait disposer d'informations "détaillées et exhaustives", largement "cohérentes et crédibles".

 

 

Pas de preuves irréfutables

Ayant pris connaissance d'éléments du rapport, François Géré livre son décryptage : "Nous savons que l'Iran a accéléré l'enrichissement d'uranium à 20 % sous le contrôle de l'agence. Dès lors, la République islamique pourrait assez rapidement enrichir à 90 %, seuil autorisant une utilisation militaire de l'uranium. D'autant plus que des éléments déjà connus font état de recherches visant à coupler cette capacité militaire avec des capacités balistiques. Mais nous ne sommes pas dans le cas de la Corée du Nord, où des prélèvements effectués dans des barres de plutonium constituaient des preuves irréfutables." Pour l'expert, "personne ici n'est en mesure de dire que l'Iran a détourné un certain nombre de centrifugeuses et a tenté d'enrichir à 90 %". En d'autres termes, que l'Iran prépare la bombe.

Cette analyse a déjà été livrée en début d'année, par le général de brigade Aviv Kochavi qui n'est autre que l'actuel chef du renseignement militaire israélien. "La question n'est pas de savoir quand l'Iran acquerra la bombe, mais combien de temps s'écoulera avant que le Guide suprême (iranien) décide de commencer l'enrichissement (d'uranium) à 90 %", avait-il annoncé en janvier. "Une fois que cette décision sera prise, cela leur prendra un an ou deux pour produire une tête nucléaire, et davantage de temps pour développer un système de lancement de missile effectif."

"Rapport orienté" (spécialiste)

"Ce qui change aujourd'hui, reprend François Géré, c'est que le rapport est beaucoup plus orienté politiquement. Il est beaucoup plus accusateur vis-à-vis de l'Iran, alors que les preuves n'ont pas évolué", estime le spécialiste. Il existe de nouvelles informations dans ce rapport", affirme pour sa part une autre source au sein du Figaro. Celle-ci rejoint néanmoins le spécialiste sur un point : la partie la plus importante de l'article du quotidien concerne le changement de ton de l'AIEA. "Avec les preuves dont elle disposait déjà, ajoute cette source, cela fait très longtemps que l'agence aurait dû être beaucoup plus négative au sujet de l'Iran."

L'article du Figaro soupçonne également l'ancien directeur égyptien de l'AIEA, Mohamed ElBaradei, d'avoir minimisé le programme nucléaire iranien, voire d'en avoir dissimulé certains éléments. "Ces accusations sont scandaleuses", s'insurge François Géré. "ElBaradei a simplement respecté le principe du fonctionnement de l'agence, selon lequel il n'a pas à faire publiquement état des éléments découverts." La une du Figaro intervient quelques jours après la révélation d'un complot iranien visant à assassiner l'ambassadeur saoudien aux États-Unis.

 

Opération médiatique ?

 

Jeudi, le président américain est monté au créneau contre Téhéran, affirmant que les responsables iraniens devraient rendre des comptes, sans pourtant citer de preuves. L'administration américaine dit s'appuyer sur les déclarations d'un Iranien du Texas, naturalisé Américain, Mansour Arbabsiar, 56 ans, arrêté le 29 septembre et qui a coopéré avec les autorités américaines. Celui-ci dit avoir été recruté par de hauts responsables du bras étranger du corps paramilitaire iranien des gardiens de la Révolution, les forces spéciales al-Qods.

"La brigade al-Qods est suffisamment coriace et expérimentée pour ne pas faire appel à n'importe quel citoyen iranien sur le sol américain", s'étonne un ex-diplomate spécialiste de l'Iran, qui ne voit aucun intérêt pour l'Iran d'organiser ce type d'opération "rocambolesque", qu'il qualifie de "balle tirée dans le pied". De son côté, François Géré relève une "opération médiatique visant à préparer le terrain à un nouveau train de sanctions onusiennes, menées par les États-Unis et la France. L'enchaînement des deux révélations sur l'Iran est tout sauf une coïncidence, indique-t-on au Figaro. "L'affaire du complot iranien aux États-Unis a justement été l'occasion de publier l'information sur le nucléaire avant l'heure, car la République islamique était dans l'actualité." "Cette nouvelle dynamique contre Téhéran est vouée à l'échec", explique François Géré. "La Russie et la Chine ont encore signifié qu'elles mettraient leur veto à toute nouvelle résolution à l'ONU contre l'Iran."

Armin Arefi. 14 octobre 2011. Le Point.fr

*Auteur de Iran : l'état de crise (Éditions Karthala)

 

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