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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Un récit de Karim Tedjani

 

 

(…) Ce matin, je me suis rendu à quelques dizaines de kilomètres de chez moi, dans la commune de Naciria, à Boumerdes, afin de faire la connaissance de Mr Mohamed Djazaïri, un artisan boulanger qui , avec l’aide d’une poignée de citoyens responsables et motivés , s’est investit corps et âme afin que les sources d’eau de sa commune continuent à jouer les rôles qu’elles ont tenus depuis toujours : permettre aux habitants de s’abreuver avec une eau de source locale de qualité de même que d’offrir à chacun d’entre eux des aires de repos et de loisirs en période estivale, favorisant ainsi l’échange entre les membres d’une même communauté.

 

 

Avant de nous rendre sur les lieux de son noble ouvrage, nous prenons le temps de faire connaissance autour d’un café. Dès que je l’aperçois, je suis très impressionné par l’allure de Mr Djazaïri, un quinquagénaire qui, avec son béret et sa silhouette athlétique, ses mains rugueuses de travailleur, ressemble à un de ces officiers de terrain dont l’expérience et le courage ne font pas l’ombre d’un doute. Il faut dire que l’homme a un parcours de vie bien chargé. Il a tout d’abord été un athlète de haut niveau, puis, pour cause d’une mauvaise blessure, il a du se réorienter vers une carrière d’ingénieur dans l’industrie du sucre, pour enfin, créer avec son frère une boulangerie. Si j’ai pris la liberté d’évoquer ce plan de carrière un peu atypique, c’est pour en dégager des constantes qui, vous éclaireront je l’espère un peu plus sur la nature de l’homme qui se trouva ce matin là attablé face à moi. L’endurance, la persévérance, le goût des défis relevés, une grande capacité d’adaptation et des qualités indéniables de leadership, voilà de quelle trempe semble faite Mohamed Djazaïri et, croyez moi, la suite des événements ne démentirons pas cette impression…

 

 

Nous voici donc, à présent, aux alentours du village de Tala Chrif, parcourant le chemin menant à la source « Tala hlal » ainsi qu’à la grotte « Ifri » qui était jadis une aire de détente très appréciée par les habitants de cette commune dont le nom était alors Laâziv n’el Hadj Mohamed Zaâmoum, en hommage à ce grand guerrier qui a résisté à l’invasion française et dont le nom est quasiment oublié depuis.

 

 

Assez vite, nous faisons la rencontre de Mr Belahdid Younes, éducateur sportif qui a participé activement aux travaux dont Mr Djazaïri a été l’investigateur.

Mes deux hôtes me montrent, avec une fierté plus que justifiée, les résultats de leur dur labeur effectué lors de leur temps libre. Il y a de cela à peine deux jours, Mohamed et ses acolytes ont installé plus de 150m de canalisation afin de relier cette première fontaine à la source principale qui se situe au bout du chemin que nous parcourons. Mr Belahdid m’explique que cette initiative a germé dans l’esprit de Mr Djazaïri il y a de cela quinze ans et, à cause de nombreuses embuches qui n’ont pas étiolé la persévérance de ce citoyen responsable, n’a pu réellement voir le jour que ces derniers temps.

Quand je questionne Younes sur les motivations qui l’ont incité à suivre son ami et voisin à relever ce noble défi, il me répond que, bien qu’il ait l’eau courante à la maison, il ne l’utilise que pour se laver ainsi qu’assurer la propreté de son domicile. « C’est une question de tradition… », Me précise mon interlocuteur suggérant ainsi que les gens de cette commune ont toujours préféré boire l’eau de cette source qui, aussi loin que Mr Djazaïri s’en souvienne, à été un lieu public.

 

 

« Il faut aussi préciser que l’eau distribuée à travers le réseau domestique de notre commune provient du fleuve Sebaou qui est très pollué, notamment par les déversements des eaux usées provenant des égouts et des industries limitrophes à cet oued. La wilaya de Tizi Ouzou ainsi que celle de Boumerdès sont impliquées dans « l’empoisonnement » de cet oued qui approvisionne en eau pourtant de nombreuses communes de la région. Il suffit de voir la couleur de ce fleuve pour être inquiété par la nature de l’eau qui en est prélevée. C’est principalement ce qui m’a motivé à développer ce réseau local de sources minérales. J’aimerais préserver ainsi les habitants de ma commune de tous les risques sanitaires qu’ils encourent à boire l’eau du robinet… », surenchérit le maitre d’œuvre de ce projet salutaire et responsable.

 

« Pour moi, réaliser cet ouvrage est un vrai jeu d’enfant, si l’on fait abstraction des nombreuses complications administratives et de la mauvaise foi de certains. A chaque fois que nous nous sommes mis d’accord sur la suite des opérations, il n’a pas fallu plus d’un quart d’heure pour en apprécier les résultats ! », m’explique Mr Djazaïri. Il ne semble pas insister, sûrement par pudeur et modestie, sur les efforts conséquents qui ont été mis en œuvre ne serait-ce que pour acheminer le matériel nécessaire à la réalisation de ses ambitions sur ce chemin peu aménagé. Au début, les travaux ont été réalisés au frais de cet homme de cœur ainsi qu’avec le soutien de certains voisins (…).

 

Karim Tedjani, 27 avril 2012

 

Lire la suite de ce récit, illustré de belles photographies, sur le blog écologique NOUARA.COM

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Tedjani Karim 13/07/2012 12:53

Merci pour ce partage... Cette rencontre avec Mohamed à Naciria a été une trés belle expérience. Je compte bien y retourner d'autant que depuis, les travaux sont finis. Bravo à tous ceux qui ont
participé à cette aventure exemplaire!