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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Huile d'olive

DR

 

 

La chronique du Condjador (67)

 

 

La cueillette des olives n’est pas la partie de plaisir annuelle dont notre radio locale jijel nous fait la promotion. Dans cet article, je vais essayer de faire vivre le scénario qui se déroule dans presque toutes les mechtas de Jijel.

 

 

Il existe deux sortes de cueilleurs d’olive. Les ruraux qui vivent sur place, qui n’ont jamais quitté leurs régions, à l’exception des années de fitna après lesquelles ils ont repris leur place.

Et puis, il y a les  les citadins qui sont originaires de ces mechtas de jijel.

 

Les ruraux sont les premiers sur place, ils ont un plus grand nombre d’oliviers. La plupart ne plantent plus les oliviers et utilisent plutôt l’ancienne méthode des greffons effectuée sur les oliviers sauvages stériles, appelés zboch dans la région de Jijel.

 

 

 

 

 

La greffe de l'olivier en Provence au printemps, en pleine montée de sève, avant la floraisonDR

  Bientôt poussera le bourgeon appelé aussi atobaa

 

 

 

Cette façon de faire est une source de problème et de conflits. Un greffon se place partout, sur les terrains communaux, sur le domaine forestier, sur les terrains privés, et même... chez les voisins.

 

 

 

Par rapport à un olivier planté qui demande beaucoup de soins et un arrosage tout l’été, ces greffons sont très productifs : ils poussent sans aucune intervention, mais avec un inconvénient : le nombre de ces arbres à l’ancienne est limité.

 

 

 

Les greffes sont pour les ruraux l’équivalent d’un acte notarié : même si la terre ne leur appartient pas, ces gens revendiquent, par générations successives, leurs droits sur l’arbre. Le greffon devient un cheval de Troie, un prétexte pour que des gens qui n’ont aucun droit sur un terrain privé, viennent rendre visite chaque année, y font paître leurs animaux. C’est une source de bagarres, d’insultes, de crimes parfois.

 

 

 

Dans ces conflits, les hommes n’interviennent pas, ils laissent leurs femmes et leurs filles essayer, par l’intimidation, de durer sur place. Cela se passe surtout en cas de conflit entre un citadin et des ruraux : les femmes l’emportent sur le citadin, en état de faiblesse à cause de l’absence des papiers attestant le  transfert de propriété en sa faveur.  Il y a aussi les citadins qui n’ont pas le temps de ramasser les olives des arbres hérités de leurs ancêtres et qui cherchent, chez les ruraux, des partenaires cueilleurs pour partager à 50/50, le produit.  Au bout de quelques années, ce partenaire va revendiquer la propriété de ces arbres. C’est comme ça dans toutes les mechtas de Jijel. Les ruraux ont depuis longtemps exploité la faiblesse de la loi. Les conflits ne peuvent donc pas être tranchés par la justice.

 

 

 

Mais c’est le but ! Ces terrains deviennent plus faciles à prendre. Machiavel paraitra comme un enfant de chœur dans les salons de notre administration. Les charognards trouvent ainsi des terrains libres dont personne ne peut démontrer la propriété. La Frida peut diviser les arbres entre héritiers, mais elle ne peut pas les mettre d’accord sur le partage et sur le travail de cueillette. Laisser l’autre cueillir et prendre la moitié est injuste ; ne cueillir qu’un demi- arbre et laisser l’autre moitié ; prendre les arbres des parties plates du terrain et laisser le terrain accidenté aux autres héritiers… Tout cela fait à chaque fois des mécontents.

 

 

 

 

 

Les repentis de tous ces problème s’engagent dans la plantation d’oliviers en ligne droite et passent des années de leur vie à les soigner, déboursant de grandes sommes d’argent dans les grillages et les citernes d’eau nécessaires tous les étés.

Tout ça  pour ne plus donner à personne l’occasion de venir chanter sa chanson–ahna bakri houchna hadi wa hadi (alors ces arbres nous appartiennent). On raconte l’histoire d’un type qui, traversait le terrain de ses voisins pour rejoindre sa maison. Pour ne pas jeter un greffon qui lui restait sur les bras, il l’a planté sur un azboch, olivier sauvage du voisin. Quelques années plus tard, le type ayant décédé, ses héritiers sont venus revendiquer « l’arbre de leur père ». Les propriétaires n’arrachent pas ces greffons, à cause de la mémoire du défunt, source de hassanet permanentes. Là, ils ont perdu les hassanet en déracinant l’arbre pour mettre fin à toutes les revendications.

 

DR

 

 

La majorité des cueilleurs d’olives sont des femmes, jeunes ou âgées, mais, elles ne cueillent pas les oliviers au bord des routes ou dans les endroits dégagés et visibles. Même les vieilles dames. Elles n’aiment pas être vues par les passants dans la tenue de travail que la cueillette impose : grosses chaussures en caoutchouc, pantalons de survêtement, (tenue de sport) robes attachées sur les hanches pour ne pas être accroché par les branches, foulards bien serrés sur la tête…

 

 

 

Le Condjador, Jijel, 11 novembre 2012

 

 

 

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