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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Les travailleurs de l'Etusa en rassemblement. New Press. 

«C'est un conflit interne qui va se régler entre le syndicat et la direction de l'entreprise... le ministère n'intervient pas dans cette affaire». «Cette grève n'a pas paralysé le transport dans la capitale !» «L'Etusa représente 9% du marché, le reste est détenu par les transporteurs privés !» Ces propos de Amar Tou, le médiatique ministre des transports, ont fait réagir un chroniqueur.

 

 

 

Esprit ETUSA

 

 

 

 

 

 

 

Par Slimane Laouari

 

 

 

 

 

Pour tous ceux qui l'auraient oublié, l'Etusa est l'unique transporteur public dans le centre d'Alger et vers un certain nombre de destinations des hauteurs de la capitale. Pour tous ceux qui «veulent» l'oublier, l'Etusa est le seul transporteur par bus dans la capitale, qui assure un service à peu près correct.

 

 

 

Des véhicules en bon état, un confort intérieur acceptable, un personnel providentiellement affable comparé à ce qu'on voit ailleurs, des horaires respectés et des destinations régulièrement desservies. Pour tous ceux qui savent tout ça, ils doivent aussi... savoir que l'Etusa est une entreprise socialement utile pour ce qu'on lui doit comme prestation urbaine et comme emplois. Pour cela et uniquement pour cela, elle doit faire l'objet d'une attention particulière.

 

 

 

Parce qu'il ne faut pas qu'on s'y méprenne, ce n'est pas le statut public qui doit valoir à cette entreprise d'être particulièrement entourée, ce serait un non-sens managérial et une aberration économique. C'est même ce qu'il ne faut pas faire, comme on l'a vu par ailleurs, où des ensembles industriels et de services sont maintenus sous perfusions budgétaires permanentes du seul fait qu'ils sont... publics pour des retombées économiques et sociales dérisoires, quand ils ne sont pas nuls.

 

 

 

Et pendant qu'on perfuse des morts, d'autres, bien vivants, peuvent mourir d'un rhume, parce qu'ils sont «privés» incapables de «se débrouiller tous seuls» ou... publics capables –ou soupçonnables– de performance !

 

 

 

C'est fou ce que la tutelle affectionne de se mettre au-dessus de la mêlée, quand précisément, elle est en devoir de prendre ses responsabilités ! En l'occurrence, les déclarations du ministre des Transports, M. Amar Tou, réagissant à la grève des travailleurs de l'Etusa sont particulièrement éloquentes. «C'est un conflit interne qui va se régler entre le syndicat et la direction de l'entreprise... le ministère n'intervient pas dans cette affaire», a dit le ministre !

 

 

 

S'il s'agissait de réaffirmer le principe d'autonomie de l'entreprise qui aurait ainsi toute la latitude et tous les moyens de négocier une sortie satisfaisante d'un conflit de travail avec son personnel, on l'aurait su. Et s'il s'agissait de tenir les syndicats en haute estime pour ce qu'ils ont assuré comme mobilisation et proposé comme solutions, ça se saurait, également.

 

Dans la bouche du ministre des Transports, telles que formulées et dans les conditions de l'Etusa actuellement, ça sonne plutôt comme une fuite des responsabilités. Sinon, il n'aurait pas poussé plus loin.

 

 

 

Dans la propension quasi-systématique de nos responsables à «minimiser» l'ampleur des conflits sociaux, M. Tou y est allé de bon cœur : «Cette grève n'a pas paralysé le transport dans la capitale !» Et d'expliquer, avec un chiffre passe-montagne : «L'Etusa représente 9% du marché, le reste est détenu par les transporteurs privés !» On ne sait pas à quel pourcentage le «transport dans la capitale» doit être «paralysé» pour que le ministère se sente concerné par le conflit.

 

 

 

On ne sait pas également si les citoyens qui ont le malheur de se déplacer sur les destinations exclusivement desservies par l'Etusa sont une entité négligeable. On ne sait pas enfin si les revendications des grévistes et peut-être l'avenir de l'entreprise sont dignes d'intérêt. Mais on sait tout de même que la direction de l'Etusa et «le» syndicat qui ont toute la confiance du ministre pour résoudre le conflit, les grévistes avaient précisément demandé... leur départ !

 

 

 

 

 

Slimane Laouari, 18 octobre 2012. Le Temps d’Algérie

 

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