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Publié par Saoudi Abdelaziz

Lac-Mégantic n’est pas un « site de guerre » seulement en raison de l’ampleur de l’explosion du « train de l’enfer », mais surtout parce qu’il est l’expression violente de la destruction pacifiée et planifiée que reproduit quotidiennement l’économie capitaliste.

Photo DR-Lac-Mégantic n’est pas un « site de guerre » seulement en raison de l’ampleur de l’explosion du « train de l’enfer », mais surtout parce qu’il est l’expression violente de la destruction pacifiée et planifiée que reproduit quotidiennement l’économie capitaliste. ledevoir.com

  

  

50 personnes sont mortes au Canada à cause du déraillement d'un train. Le parti communiste canadien explique que cette tragédie a été provoquée par la privatisation de la compagnie nationale de chemin de fer rachetée il y a dix ans par une multinationale américaine. Entraînant une politique de réduction des coût en main de main d'œuvre et de sécurisation.

Le communiqué du parti communiste canadien (extraits) :

 
 
 
Le 6 juillet dernier, un déraillement de wagons-citernes transportant du pétrole brut, au cœur de Lac-Mégantic fut une terrible catastrophe, causant la mort de près de 50 personnes, avec des dégâts considérables matériels comme environnementaux.
 
Au milieu de cette tristesse et cette détresse, un profond sentiment de colère monte contre les responsables – la Montréal, Maine and Atlantic Railway (MMA) et Transport Canada, et leurs politiques d'austérité, orientées vers le profit.
 
MMA gère 820 km de chemins de fer passant dans les villes du Québec et du Maine, et n'est qu'une des filiales de la Rail World, une multinationale basée dans l'Illinois, qui gère et investit dans les chemins de fer dans le monde entier, y compris en Pologne, Ukraine, Estonie, Lettonie et les Pays-Bas. L'objectif affiché de Rail World est « d'encourager la privatisation de l'industrie du chemin de fer en se rapprochant des agences gouvernementales désireuses de vendre leurs parts au capital privé, avec son expertise managériale. »
 
  
  
Rail Word a racheté MMA en 2003 pour 50 millions de $, avec près de 15 millions de $ investis par la Caisse de dépôts du Québec, et a donc reçu par la suite des dizaines de millions de dollars de prêts et de subventions au titre des programmes d'infrastructure gouvernementaux.
 
On connaît les pratiques agressives de MMA pour réduire les coûts : réduire les effectifs, négliger l'entretien de son réseau, utiliser des équipements hors d'usage ainsi que 111 wagons-citernes, déjà reconnus comme inadaptés au transport de pétrole. Entre 2003 et 2010, l'entreprise a viré 35% de son personnel et imposé une réduction de salaire de 15%.
 
L'an dernier, Transport Canada a accordé à MMA une dérogation aux règles de sécurité, permettant à l'entreprise de faire rouler des trains avec un seul mécanicien à bord. Dans le même temps, le gouvernement conservateur a imposé des coupes massives dans les dépenses à Transport Canada, dans le cadre de ses mesures d'austérité qui ont cassé de nombreux services publics. En mai 2013, près de 500 employés de Transport Canada ont reçu des avis de licenciements. Ces attaques contre les services publics ont directement compromis le droit qu'a la population à bénéficier de conditions de sécurité durables et fiables.
 Photo non datée prise après l'explosion de wagons remplis de pétrole, à Lac-Mégantic (Canada), le 6 juillet 2013.
En parallèle à ces mesures d'austérité, le gouvernement conservateur accélère la privatisation de nombreux services publics. Les conservateurs et leurs prédécesseurs ont encouragé, facilité les privatisations, avec des subventions généreuses pour les rachats par des entreprises privées et une remise en cause des règles minimales de sécurité, afin d'augmenter les marges de profit. Pendant une dizaine d'années, le Québec avait une loi qui obligeait les entreprises de chemins de fer à fournir aux municipalités la liste des produits dangereux transportés sur son territoire. Toutefois, cette loi n'a jamais réellement été appliquée.
 
Parmi les éléments qui se trouvent derrière la tragédie de Lac-Megantic, c'est la campagne effrénée pour le développement et l'exportation massive d'hydrocarbures, y compris le pétrole des sables bitumineux d'Alberta. Une conséquence de cette politique, c'est une augmentation spectaculaire du transport de produits pétroliers par train. Canadian National, par exemple, a vu une augmentation du nombre de wagons-citernes de 5 000 par an en 2010 à 30 000 en 2012.
 
Pour MMA et Rail World, l'explosion du transport de pétrole est une opportunité de profit dans laquelle se sont engagées ces entreprises, fonçant sans se soucier des infrastructures inadaptées et peu sûres. Cette évolution augmente terriblement le risque de nouveaux accidents et de menaces pesant sur l'environnement, en particulier dans un contexte de coupes et de dérégulation de Transport Canada.
 
Les grands groupes pétroliers, et les gouvernements qui les singent, utiliseront le désastre de Lac-Megantic comme d'un argument pour le développement des oléoducs. Le lendemain, le Globe and Mail avançait que « la tragédie au Québec nous rappelle que les oléoducs sont le moyen le plus sûr pour transporter le pétrole », et qu' « il est temps d'accélérer l'adoption du plan de construction d'un nouvel oléoduc en Amérique du nord. »
 
De telles observations opportunistes, qui exploitent la tragédie pour maximiser les profits, sont honteuses et doivent être condamnées. Ce dont on a besoin en toute urgence, d'autre part, c'est un débat public général sur les politiques économiques menées, et comment elles sont liées à d'autres questions d'intérêt public, telle que la sécurité, la préservation de l'environnement, l'emploi et les besoins sociaux. Comme l'affirme Amir Khadir, député de Québec solidaire : « la tragédie de Lac-Megantic doit, je crois, nous conduire à réfléchir sur la place qu'occupe le pétrole dans notre économie ». Les sables bitumineux sont, en soi, une catastrophe écologique. Il est nécessaire de passer une industrie énergétique privée, centrée sur les ressources non-renouvelables, à une industrie publique et contrôlée démocratiquement, engagée dans la voie des énergies renouvelables.
 
L'enquête en cours sur la tragédie de Lac-Megantic se focalisera sur l'enchaînement des événements qui ont conduit au déraillement du train, et elle pourra détermine certaines responsabilités individuelles. Mais se focaliser uniquement sur les causes immédiates, et les acteurs impliqués dans le déraillement, ne permettra pas d'identifier les causes profondes de la catastrophe et d'empêcher que de tels événements ne se produisent à nouveau.
 
Le problème est bien plus vaste et se trouve dans la logique même du capitalisme – la quête du profit avant tout, les pressions à la privatisation et la dérégulation massive ces dernières décennies. Tout comme nous luttons pour reconstruire Lac-Megantic et améliorer la sécurité du rail, nous devons aussi lutter pour un système qui mette les besoins des gens avant la soif de profits des entreprises, pour le socialisme.
 
 
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