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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Editorial du "Monde"

 

Au Proche-Orient, terre de prophéties, tout se passe comme prévu - hélas ! En ne saisissant pas l'occasion de la demande palestinienne de reconnaissance d'un Etat devant l'ONU, début septembre, les Etats-Unis ont manqué à leur mission : celle d'être un honnête courtier entre deux parties qui, laissées à elles- mêmes, sont incapables d'avancer vers la paix. Il fallait prendre l'initiative du chef de l'Autorité palestinienne pour ce qu'elle était réellement. Mahmoud Abbas lançait un cri d'alarme devant l'échec de vingt ans de négociations directes. Il sollicitait une intervention musclée, directe, sérieuse de l'administration Obama dans ce dossier. Elle n'a pas eu lieu.

 

Depuis, chaque semaine, sinon chaque jour, a été marquée par un recul sur le chemin d'un règlement. Qu'on en juge.

 

Le 23 septembre, dans un exercice de langue de bois diplomatique particulièrement achevé, les parrains des négociations israélo-palestiniennes ont publié un communiqué soulignant leur impuissance.

 

On les appelle le Quartet - il s'agit de l'ONU, des Etats-Unis, de l'Union européenne et de la Russie -, et ils sont censés, depuis dix ans déjà, aider les deux parties en conflit à aller vers la création d'un Etat palestinien aux côtés d'Israël. Ils viennent de concocter un magnifique calendrier pour relancer des conversations de paix - qui n'a qu'une petite faiblesse : rien n'oblige les deux parties à s'y conformer, et il y a peu de chances qu'elles le fassent.

 

Le 28 septembre, le gouvernement de Benyamin Nétanyahou annonçait la poursuite de sa politique d'implantations : 1 100 logements nouveaux dans la partie orientale de Jérusalem.

Le 30 septembre, à Washington, la Chambre des représentants décidait de bloquer l'aide américaine à l'Autorité palestinienne. La Chambre est dominée par les républicains, qui entendent punir M. Abbas pour avoir osé solliciter la création d'un Etat palestinien à l'ONU.

 

Il leur aura échappé que cette requête est parfaitement légale, alors que la poursuite de la colonisation israélienne en territoire palestinien est, elle, parfaitement illégale. Les républicains dénoncent l'"unilatéralisme" de la démarche de M. Abbas. Mais, en matière d'"unilatéralisme", la politique d'implantation israélienne est un chef-d'oeuvre. Quoi de plus "unilatéral" que cette façon de continuer à mordre sur le terrain dont on est supposé négocier la partition ?

 

La Maison Blanche a dénoncé le blocage des 200 millions de dollars d'aide aux Palestiniens. Elle va s'employer à faire revenir la Chambre sur cette décision aussi stupide qu'inique. Si elle n'y parvenait pas, l'Union européenne s'honorerait et gagnerait en stature en comblant le vide financier ainsi créé par les Etats-Unis.

 

Ces minables péripéties cachent l'essentiel. Au fils des ans, au fil des mois, ce qui s'éloigne, c'est la solution dite des deux Etats ; c'est celle d'une négociation avec la direction palestinienne la plus responsable qui soit ; c'est celle de la sagesse. Combien d'années peut-on encore perdre ?

 

Le Monde, 4 octobre 2011

 

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