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Publié par Saoudi Abdelaziz

par Salima Ghezali



L’inédit concernant la nouvelle assemblée est bien la présence, en nombre, de femmes députés…. Du jamais vu. Et quoiqu’en pensent les puristes il n’est pas certain que la loi des 30% aurait été, « démocratiquement », approuvée par le personnel politique activant sur la scène nationale.

 

Les obstacles devant la promotion des femmes sont, dans le monde entier, plus nombreux en politique que dans les autres domaines de la vie publique. A telle enseigne, qu’ils ont fait l’objet de maintes études et d’innombrables dénonciations. En Algérie, le fait qu’au moment de l’ouverture démocratique, après octobre 1988, la question, à la fois démocratique et populaire, qui ait pris d’assaut la rue, avec force et détermination, ait été le mouvement des femmes n’est pas fortuit. Il s’agissait à l’époque de l’avancée la plus spectaculaire des trente années d’efforts de développement et de modernisation de l’Algérie indépendante. Par l’engagement de ces femmes, le plus souvent très qualifiées, universitaires, cadres et travailleuses, déterminées à se battre pour leurs droits, et dont l’encadrement associatif militait dans la clandestinité ou venait de la lutte pour l’indépendance nationale, l’Algérie laissait voir l’ampleur des bouleversements sociaux à l’œuvre. La colère de ces femmes contre leur infériorité, consacrée par le code de la famille illustrait paradoxalement les avancées que le pays venait de connaitre. La loi régissant les rapports familiaux et le cadre politique en vigueur, se sont avérés incapables d’absorber positivement les transformations radicales que vivait la société dans toutes ses composantes. Or, ces transformations accomplies dans le cadre d’un projet « socialiste » apportaient leur moisson de cadres à fort ancrage populaire et convictions démocratique qui heurtaient de plein fouet de multiples forces au sein du pouvoir et à sa périphérie. La question du pluralisme politique a trouvé dans la question des droits des femmes, son point névralgique et l’a transformé en gouvernail du vaisseau Algérie entrant dans la tempête.


Toutes les questions non résolues- et parfois même pas publiquement posées- se sont déportées sur celles qui venaient ainsi faire scandale. Au nom des femmes, de l’Indépendance de leur mouvement d’abord, puis de leurs libertés menacées par les islamistes ensuite, le pouvoir a progressivement repris un contrôle qui, un temps, a failli lui échapper.


Toutes les questions politiques peuvent sans trop de peine être, chez nous, découpées en deux branches caricaturalement rendues antagoniques. D’un côté le populaire et de l’autre le démocratique. Il y a même, en la matière, un véritable génie national qui peut renvoyer à leurs premières classes politistes et politologues. On pourrait même avancer que le suivi, la création si nécessaire, et le contrôle des clivages sont une des prérogatives majeures du pouvoir. Et qu’il n’entend absolument pas s’en défaire.


Une des raisons à cet état de fait tient de cette culture de la dissimulation et du double langage qui caractérise (trop souvent) le comportement des élites des sociétés traditionnelles. En dépit des discours, rares, extrêmement rares, sont les hommes politiques qui ont pris la peine de réfléchir sérieusement à cette question du rôle politique des femmes dont la centralité ne fait pourtant aucun doute.


Si on y ajoute une scène publique ravagée par les effets pervers de l’autoritarisme et le rôle pivot qu’y joue la police politique, on prend la mesure de l’embourbement des partis dans leur gestion de la question des femmes. Pour honorer leur label démocratique ils sont obligés de tenir compte des femmes et pour garder un ancrage populaire ils cèdent à la facilité des préjugés misogynes les plus largement partagés. Chemin faisant, ils n’ont pas toujours pris la mesure des nouvelles transformations sociales qui redessinent tout à la fois le « démocratique » et le « populaire » selon un nouveau schéma.


C’est donc sans peine que le pouvoir s’arroge le titre de promoteur des droits des femmes avec la loi sur les quotas qui a abouti à l’entrée de 147 femmes au Parlement. Aucun parti politique ne comprend 30% de femmes dans aucune de ses instances. Le pouvoir réel non plus… mais ça c’est une autre affaire…

 

Salima Ghezali, 15 mai 2012. La Nation.info

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