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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

   DR

 

 

Le 2 mai 1950, le communiste portugais Álvaro Cunhal, s’adresse à ses juges trois heures durant, sans notes, après qu’il a été soumis à la torture et à un isolement rigoureux. Ce texte est pour la première fois mis en scène par Rodrigo Francisco.

Marina Da Silva rend compte de cet évènement théâtral qui s’inscrit dans le cadre du centenaire du dirigeant communiste.

 

 

EXTRAITS :

 

On célèbre cette année au Portugal le centenaire d’Álvaro Cunhal, né le 10 novembre 1913, à Coimbra. Considéré par beaucoup comme un responsable politique intransigeant, stalinien inébranlable, le secrétaire général du Parti communiste portugais (PCP), de 1961 jusqu’en 1992, n’en demeure pas moins un personnage mythique de la culture nationale, militant et intellectuel d’envergure ayant gagné son aura dans le combat de toute une vie contre le fascisme. Ses obsèques à Lisbonne, le 15 juin 2005, furent suivies par près de 250 000 personnes.

 

Adhérant au Parti communiste en 1931, alors qu’il n’avait que 17 ans, il y fit ses armes dans la clandestinité et la prison, le parti ayant été interdit, comme toutes les autres organisations politiques d’opposition, après le coup d’Etat de 1926, prélude de l’Estado Novo, jusqu’à la révolution des œillets de 1974. Le PCP fut seul à maintenir une existence organisationnelle significative et continue, bien implanté dans la société civile et maillant tout le territoire national sous les gouvernements de Salazar et de Caetano.

 

Lorsqu’il est arrêté pour la troisième fois, en février 1949, Cunhal est déjà un cadre du PCP, responsable de sa réorganisation et de l’encadrement des militants. Cette fois la sinistre PIDE (Police d’intervention et de défense de l’Etat) ne lui fera pas de cadeau. Il est condamné à quatre ans et demi de prison par le tribunal de Boa-Hora, à Lisbonne, peine aggravée ultérieurement par la Cour suprême, et détenu dans la cauchemardesque prison-citadelle de Peniche où les prisonniers sont torturés, parfois jusqu’à la mort, et soumis à l’isolement. Des années qui ont vocation à être reconduites perpétuellement selon le dispositif de « mesures de sécurité » du régime, qui considère que tous les prisonniers politiques ne s’étant pas repentis doivent demeurer incarcérés. Cunhal et huit autres de ses camarades échappent à cette condamnation sans fin grâce à une incroyable évasion magistralement orchestrée par le parti le 3 janvier 1960.

 

 

 

De la prison, Cunhal dira que « c’est le travail qui l’a sauvé ». Dès qu’il peut, au bout de quatorze mois, avoir accès à des livres et crayons, et même à de la peinture, il ne cesse plus de travailler. Il dessine et peint, il écrit sous divers pseudonymes, dont ceux de Manuel Tiago ou Antonio Vale, des analyses politiques, économiques et sociales mais aussi des réflexions sur l’art et la culture, des romans et de la poésie. Il traduira même et illustrera Le roi Lear de Shakespeare. La place des femmes dans une société émancipée a aussi tenu une place importante dans sa pensée. Il avait consacré son mémoire de fin d’études de droit, en 1940, à « la réalité sociale de l’avortement », plaidant pour sa dépénalisation, une prise de position subversive et visionnaire puisqu’il aura fallu attendre le référendum de 2007 pour que l’avortement soit enfin légalisé au Portugal.

 

Après son évasion, Cunhal vit en exil à Moscou et à Prague puis à Paris d’où il rentrera en 1974, accueilli en héros. Mais la révolution des œillets ne jugera pas les crimes de la dictature, recouverts par une sorte d’amnésie collective. Ce qui fait dire à la journaliste Diana Andringa : « Parler des crimes de la dictature aujourd’hui est devenu pire qu’impopulaire, “ultra-dépassé”. Et cela jusque dans les programmes scolaires. »

 

Aussi est-il intéressant de voir comment les jeunes générations regardent et s’approprient cette histoire. La démarche, artistique et politique, de Rodrigo Francisco, s’inscrit dans « une continuité pour faire face à la crise que traverse actuellement le Portugal ». (…) Il n’est pas interdit de penser que bien des Portugais aujourd’hui voudraient voir sur le banc des accusés les responsables d’un système libéral en train de les asphyxier.

 

13 mai 2013. Texte intégral : blog.mondediplo.net

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