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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

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"Comme toujours, il n’y a pratiquement aucune possibilité de l’évaluer de façon objective parce que ne sont pas publiées – ni même peut-être connues par les décideurs eux-mêmes – les données réelles sur les productions, les rendements, les subventions, les dépenses des fonds bénéficiant au secteur agricole (FNDA, FNDRA, FNDIA…). Le public – mais aussi les députés, représentants du peuple, les scientifiques se consacrant à la recherche, les membres du gouvernement – ne sait rien sur ce qui a été dépensé par l’Etat, ni pour quoi faire précisément, ni, surtout, ce que cela a donné véritablement sur la production et les rendements (aucune méthode fiable de collecte de l’information statistique n’ayant été mise en place), ni à quels groupes sociaux cela a bénéficié (petits, moyens ou grands agriculteurs, entrepreneurs ruraux…). Le moins que l’on puisse dire est que la politique agricole n’a pas fait dans la transparence".

 

 

Une interview de Slimane Bedrani,

 

directeur de recherche au Centre de recherche en économie appliquée (Cread) et professeur à l'Ecole nationale supérieure d'agronomie (ENSA)

 

 

Par Yanis Koceyla, 23 octobre 2013, Reporters-dz

 

 

Reporters : Quel regard portez-vous sur la politique agricole actuelle de l’Algérie ? Est-elle en rupture ou en continuation par rapport à ce qui se passe dans le secteur depuis 1987, date de l’ouverture au privé ?
Slimane Bedrani : La politique agricole actuelle de l’Algérie –du moins celle menée sous la direction de l’ancien ministre, le nouveau ministre n’ayant pas encore fait de propositions – est dans la continuité de celles menées depuis 1987. L’Etat tente de favoriser l’accroissement des productions agricoles en accordant des subventions – surtout d’investissement à la ferme, ce qui est une bonne chose – en accroissant les investissements sur budget d’équipement public (mise en valeur de terres marginales, équipement de superficies irrigables…), et en essayant d’organiser la profession.

La politique agricole actuelle est dans la continuité parce que, comme toujours, il n’y a pratiquement aucune possibilité de l’évaluer de façon objective parce que ne sont pas publiées – ni même peut-être connues par les décideurs eux-mêmes – les données réelles sur les productions, les rendements, les subventions, les dépenses des fonds bénéficiant au secteur agricole (FNDA, FNDRA, FNDIA…). Le public – mais aussi les députés, représentants du peuple, les scientifiques se consacrant à la recherche, les membres du gouvernement – ne sait rien sur ce qui a été dépensé par l’Etat, ni pour quoi faire précisément, ni, surtout, ce que cela a donné véritablement sur la production et les rendements (aucune méthode fiable de collecte de l’information statistique n’ayant été mise en place), ni à quels groupes sociaux cela a bénéficié (petits, moyens ou grands agriculteurs, entrepreneurs ruraux…). Le moins que l’on puisse dire est que la politique agricole n’a pas fait dans la transparence !

 

Comment voyez-vous le débat sur la sécurité alimentaire dans notre pays ? Est-il bien posé ? Qu’en est-il des atouts et des faiblesses du pays dans ce domaine ?
On ne peut pas dire qu’il y a (ou qu’il y a eu) un débat de fond sur la sécurité alimentaire. Il n’a jamais existé. Comment expliquer que des questions aussi vitales que la sécurité et la souveraineté alimentaires n’aient jamais été débattues publiquement, ni au sein de l’Assemblée des représentants de la nation ? Pourtant, la question de savoir à quel niveau de production locale situer la souveraineté alimentaire est une question éminemment politique ! Pour ce qui est des atouts de notre pays en matière de sécurité alimentaire, ils sont significatifs : on a de l’eau et de la terre (pas beaucoup, mais suffisamment si bien utilisées), ainsi que la rente pétrolière et une population encore peu importante par rapport à la superficie du pays et suffisamment éduquée. Peu de pays du tiers monde ont autant d’atouts.

 

Le débat en ce qui concerne la sécurité alimentaire, pour une raison ou une autre, a tendance à être focalisé sur la facture alimentaire et l’importation des produits céréaliers. Qu’en pensez-vous ? Et quel commentaire faites-vous du fait que nous payons cher pour nous nourrir ?
Il est normal que le « débat » en ce qui concerne la sécurité alimentaire ait tendance à être focalisé sur la facture alimentaire et les produits céréaliers, tout simplement parce que, d’une part, ces derniers sont quand même le « pain quotidien » de la population, et que, d’autre part, l’importance de la facture alimentaire diminue fortement la capacité d’importation de biens et de services nécessaires à l’industrialisation du pays (même si ce n’est pas la seule !), industrialisation qui est indispensable pour nous sortir du sous-développement. Nous payons cher pour nous nourrir, oui ! Parce que la productivité de notre agriculture est encore beaucoup trop faible par rapport à ce qui pourrait être fait sur le plan technique et par rapport à ce qui se réalise dans certains pays méditerranéens. Par exemple, la Turquie a un rendement en blé égal à 1,66 fois celui de l’Algérie, un rendement en lait égal à 1,48, un rendement en oranges égal à 2,31 (moyenne des années 2005-2009). L’une des politiques agricoles prioritaires devrait viser la hausse des rendements moyens des différentes cultures et des différents élevages.

 

Une question sur la relation agriculture/université et monde de la recherche. Quel commentaire faites-vous de cette relation, si elle existe ? Comment percevez-vous personnellement ce lien et la façon dont il peut être optimisé ?
La relation agriculture/université et monde de la recherche est extrêmement ténue. Alors que l’essentiel des chercheurs dans les domaines de l’agronomie et des ressources naturelles se trouve dans les universités et les centres de recherche ne dépendant pas du ministère de l’Agriculture et du Développement rural. Ce dernier a toujours systématiquement évité d’établir des liens organiques avec la recherche agronomique dépendant du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, nonobstant de rares interventions ponctuelles d’universitaires. Par exemple, le ministère de l’Agriculture et du Développement rural ne fait intervenir aucun chercheur universitaire (ou très rarement) dans sa coopération avec les institutions internationales et les pays étrangers en matière de recherche agronomique, coopération dont il détient le monopole. Et la nomination d’un universitaire à la tête de l’Inraa (Institut national de la recherche agronomique-Algérie) depuis quelques années n’a pas changé grand-chose à cette situation. Cet état de fait aboutit à une dispersion des efforts en matière de recherche agronomique, aucune autorité supérieure ne définissant de priorités claires en ce domaine. Il serait utile qu’une telle autorité soit créée avec la double tutelle du ministère de l’Agriculture et du Développement rural et du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. En attendant, il est important de poursuivre la politique de la « recherche utile » mise en œuvre par la Direction générale de la recherche scientifique et du développement technologique du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, obligeant les chercheurs voulant participer aux programmes nationaux de recherche (PNR) d’associer à leurs travaux les opérateurs économiques et les institutions concernés par ces travaux.

 

 Source: reporters-dz.net

 

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Derbal 15/01/2016 21:44

Entierment d'accord avec mr bedrani, nous avons une problematique des statistiques en algerie.