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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Les Etats-Unis «n'ont pas l'intention de créer des bases ni en Afrique, ni dans un quelconque endroit de l'Algérie», a déclaré lundi 30 avril à Batna l'ambassadeur américain dans notre pays.

 

M. Henry S Ensher, cité par l’agence officielle APS, réagissait probablement à l’émotion suscitée dans notre pays par l’annonce de la création, par le Pentagone, du nouveau Service clandestin de la défense (Defense clandestine service, DCS) avec la région du sahel comme cible déclarée.

 

Ce « démenti » ne mentionne pas les raisons qui l’ont provoqué et n’a pas été commenté par l’APS. Aurait-il rassuré le gouvernement?

 

Les faits sont là : le Pentagone vient de décider de considérer le Sahel, et donc le sud de notre pays, comme un nouveau champ d’intervention militaire déclaré dans une région qui n’est pourtant pas une de ses zones de guerre?

 

Dans cette affaire, le gouvernement algérien, qui se tait, semble accepter le droit de l’Armée américaine de surveiller, et donc de contrôler le Sahel et le sud de l’Algérie.

 

Il faut bien sûr faire remarquer que les agissements -très opportuns- de l’AQMI ne sont qu’un levier : des préoccupations matérielles sont infiniment plus décisives pour motiver la percée stratégique que les Américains veulent nous faire avaliser.

 

Un article de Safia Berkouk fait le point sur les enjeux dans El Watan. Elle écrit : « En clair, les atouts économiques du Sahel sont devenus objet d’antagonismes politico-économique entre les principales puissances mondiales pour le contrôle de ses richesses».

 Synthèse blog

 

Le Pentagone créé un nouveau service d’espionnage

 

Affaires stratégique.info, 27 avril

 

Une nouvelle agence de renseignement a été créée par le ministère de la Défense américain afin d’améliorer son travail hors des zones de guerre. Cette décision a été paraphée par le secrétaire à la Défense, Leon Panetta, ancien patron de la CIA. Une réorganisation qui reflète l’évolution des menaces, diffuses et globalisées, pour lesquelles l’armée américaine semble manquer d’outil d’analyse.

 

Le nouveau service du Pentagone, le Service clandestin de la défense (Defense clandestine service, DCS), s’attachera surtout à surveiller des régions comme la Chine, l’Iran, la Corée du Nord et le Sahel. Ce nouveau service devra collaborer avec la CIA qui dispose déjà d’un Service clandestin national (NCS). La CIA et le Pentagone connaissent une forte rivalité depuis le 11 septembre, mais se focalisent de plus en plus sur les mêmes menaces (…).

Sources : Le Monde, The New-York Times, Le Matin

 

 

Instabilité dans la région du sahel

Les ressources minières et énergétiques attisent les convoitises

 

par Safia Berkouk

 

De l’avis de beaucoup de politologues, l’Algérie «n’a jamais connu une telle instabilité à ses frontières Sud». Coup d’Etat au Mali, insécurité au Niger, scission au Soudan… les poches de conflit se multiplient dans la région sur fond de menaces d’ingérence étrangère.

Mais au-delà des aspects sécuritaires et politiques, cette instabilité pose des interrogations sur les véritables enjeux économiques que représente la région et qui dessinent les stratégies adoptées par les puissances occidentales vis-à-vis d’elle.

Les richesses énergétiques et minières ne manquent pas dans la région, connue pourtant pour être l’une des plus pauvres au monde. Pétrole, gaz, or, uranium, diamant, phosphate, bauxite, plutonium, manganèse, cobalt… sont autant de bonnes raisons qui font de la région «un espace de convoitises» qui «attise les appétits des grands groupes internationaux», a écrit le journal l’Humanité (10 janvier 2011).

Outre le français Areva, premier producteur mondial d’uranium, American Corporation, BHP, CNCP et d’autres sont présents au Sénégal, au Soudan, au Mali, au Niger…
La rivalité franco-américaine s’active autour d’une région instable, emprise avec toutes sortes de fléaux : trafic de drogue, traite d’êtres humains, immigration clandestine et le terrorisme qui, «malgré de réelles menaces, sert d’alibi pour légitimer le discours et la stratégie sécuritaires occidentaux», qui cherchent à «sécuriser leurs approvisionnements en matières énergétiques et minérales», selon le journal français.

 

Pour certains observateurs, la recherche d’une mainmise sur les richesses naturelles que recèle la région par les puissances mondiales est ce qui suscite leur intérêt et aussi leur inquiétude vis-à-vis de la région et de son instabilité.

Mahdi Taje expert du Sahel, chercheur à l’Institut de recherche stratégique de l’école militaire de Paris, estime, dans un entretien accordé à la presse mauritanienne, que «la réalité géographique de cette zone permettrait à certains Etats, s’ils se positionnent économiquement et militairement de mieux contrôler les richesses des Etats du Maghreb et les richesses d’Afrique de l’Ouest». Leur objectif est de «se positionner au sein de ce couloir stratégique pour sécuriser leurs approvisionnements en matières sensibles, énergétiques et minérales, vers le golfe de Guinée pour les débouchées américains, vers le Sahara et la Méditerranée pour l’Europe enfin vers la Mer Rouge pour l’Asie».

 

 

Importance économique croissante

 

Il faut dire que l’importance économique de la région n’a cessé de s’étendre ces dernières années, suite «aux découvertes énergétiques au Tchad et en Mauritanie», souligne le politologue M’hand Berkouk (dans un entretien à El Watan). Selon lui, «c’est l’enjeu énergétique qui peut expliquer cet engouement de la France, de la Chine et des USA». Récemment encore, le pétrolier français Total annonçait avoir signé deux permis d’exploration avec les autorités mauritaniennes sur le bassin de Taoudéni, jugé très «prometteur».

Selon l’agence internationale de l’énergie, la demande mondiale en pétrole et en gaz naturel devrait doubler dans les vingt prochaines années.

 

Les Etats-Unis qui importent 15% de leurs besoins d’Afrique devraient en importer 25% en 2015».
De ce point de vue, «le Sahel pourrait alors jouer un rôle prépondérant de fournisseur d’énergie», notamment avec l’entrée du Tchad et de la Mauritanie dans le cercle des pays producteurs de pétrole, pense Mohamed Saleck, directeur du Centre mauritanien de recherches sur le développement et le futur dans une contribution intitulée «Sahel : une géopolitique de l’invisible !», publié sur son site web.

 

Côté ressources minières, la tendance est similaire. Le Mali est considéré comme le troisième producteur d’or en Afrique, le Niger et le second producteur mondial d’uranium, ce qui le place au centre des intérêts français au vu de son important programme nucléaire. Selon Mhand Berkouk, «avant de conclure les accords d’indépendance (1960) avec le Niger, la France s’est assurée du droit exclusif à l’exploitation des mines d’uranium». Areva, la compagnie chargée de l’exploitation de ce minerai, «n’hésite pas à utiliser toutes les méthodes, y compris l’incitation à la violence, pour préserver ce privilège. En septembre 2007, elle avait financé le Mouvement de la jeunesse démocratique du Niger pour s’insurger contre l’Etat nigérien», explique-t-il.

 

Ancienne puissance coloniale dans la région, la France cherche donc à sécuriser ses approvisionnements.

A côté de la France, «les Etats-Unis ont un autre projet qui est déjà mis en place à travers d’un oléoduc qui désenclave le pétrole tchadien à travers le golfe de Guinée», selon Mahdi Taje. Enfin, la Chine «désenclave le pétrole sud-soudanais vers Port-Soudan et l’exporte à travers la mer Rouge».

 

A travers sa compagnie pétrolière CNPN, la Chine est le plus gros investisseur étranger au Soudan, avec 5 milliards de dollars dans le développement de champs pétroliers. Selon l’AIE, l’Asie, notamment la Chine et l’Inde, devrait être responsable de 65% environ de l’augmentation totale de la demande d’énergie de tous les pays en développement, d’ici 2030.

En clair, les atouts économiques du Sahel sont devenus objet d’antagonismes politico-économique entre les principales puissances mondiales pour «le contrôle de ses richesses». Un objectif qui va façonner en grande partie leur approche vis-à-vis de l’instabilité de la région.

 

Safia Berkouk, 30 avril 2012. El Watan

 

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