Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

 

DR

 

"Voilà que les étals sont de retour, comme au bon vieux temps des descentes de police sans lendemain(...) Pendant ce temps, les containers en tous genres peuvent se décharger tranquillement, transiter sans encombre et atterrir en «lieux sûrs» dans des zones de non-droit à ciel ouvert".

 

L’informel et la forme

 

 

 

Par Laouari Slimane

 

 

S'il fallait s'en tenir à l'enthousiasme du Premier ministre et à sa suite, les ministres de l'Intérieur et du Commerce, on aurait été convaincus que le commerce informel, on allait désormais en parler au passé. Il fallait voir avec quel allant les autorités... y sont allées.

 

Non seulement, il y avait le ton de celui qui s'apprêtait à sérieusement en découdre mais, dans la foulée, il y a même eu de l'action ! Sauf, qu'en l'occurrence, il y a toujours eu de... l'action.

 

S'il s'agissait de mobiliser quelques policiers tous les deux mois pour chasser manu militari des marchands de patates en camionnette ou des vendeurs de sardines en charrette pour leur suggérer presque qu'ils n'ont qu'à laisser passer l'ukase pour revenir dans deux jours, quand ce n'est pas dans la soirée, tout le monde connaît le «spectacle».

 

Or, la lutte contre le commerce informel, c'est tout de même autre chose. Et peut-être bien que les pouvoirs publics, en en parlant sur le vrai terrain pour ensuite faire semblant d'agir sur un autre, ne font que détourner l'attention de l'essentiel : leur manque manifeste de volonté politique de combattre le «fléau». Pour leur défense, les vendeurs de patates et de sardines ne manquent d'ailleurs pas de pertinence dans le propos : ce ne sont tout de même pas leurs petits cageots qui saignent l'économie nationale et les autorités le reconnaissent implicitement, puisque dans leur discours, ils n'en ont que pour les gros poissons.

Ceux pour qui, pourtant... on voit rarement des descentes de police ! Mais il y a des situations qui, de servir autant de monde qu'elles desservent, sont gérées à la petite semaine.

 

La ménagère y trouve son compte en économisant quelques dinars sur le kilo, le marchand en y gagnant sa vie et l'autorité en y entretenant une illusoire paix sociale. Il reste les «autres», c'est-à-dire ceux qui exercent leur métier de commerçant dans des conditions plus ou moins régulières et plus ou moins légales.

 

Ils savent aussi ou tirer leur épingle du jeu. Face à l'autorité qui fait semblant de combattre l'informel installé à leur porte, ils font... semblant de protester. Il arrive même qu'ils menacent de faire grève et parfois la faire. Juste histoire de se faire entendre, parce que, généralement, on les comprend au quart de tour : en fermant les yeux sur de folkloriques déclarations fiscales, une hygiène qui laisse à désirer, des facturations quasi introuvables et un personnel rarement déclaré !

 

C'est donc au niveau de ce petit monde qu'il est aisé de «faire quelque chose» quand le besoin «s'en ressent». Pendant ce temps, les containers en tous genres peuvent se décharger tranquillement, transiter sans encombre et atterrir en «lieux sûrs» dans des zones de non-droit à ciel ouvert. Même la télévision «publique» ne semble même pas disposer d'images, ne serait-ce que pour illustrer les mesures de lutte contre l'informel récemment exprimées. Pour nous rassurer sur leur caractère toujours velléitaire, c'est presque naturellement qu'elle a choisi de nous abreuver de travellings sur les petits espaces où le bric et le broc font l'essentiel des étals.

 

Et ces images sont souvent destinées à «tranquilliser» ceux qui exercent l'activité, puisque dans la foulée, il est systématiquement plus question de projets compensatoires que de réelle volonté d'organiser le commerce dans des conditions régulières.

 

Les «projets compensatoires» ne venant pas «ici et maintenant», voilà que les étals sont de retour, comme au bon vieux temps des descentes de police sans lendemain. Quant aux containers et aux zones de non-droit à ciel ouvert, personne n'en a parlé pour que quelqu'un attende qu'on agisse sur ce terrain-là.

 

16 décembre 2012. Le Temps d’Algérie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article