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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

 

DR-« Une monnaie commune

ne peut subsister que s’il existe

une volonté commune de l’ensemble

des nations à travailler ensemble »

 

 

Par Martine Orange, 30 avril 2013

 

Le Handelsblatt a publié vendredi le mémoire de la Bundesbank adressé à la Cour constitutionnelle allemande, contestant la politique monétaire menée par la Banque centrale européenne. Cette fuite intervient alors que la campagne électorale est engagée en Allemagne. Est-ce une manière pour la Bundesbank de s’inviter dans le débat électoral?

On ne peut que se poser la question de cette fuite. Pourquoi ce mémoire sort-il maintenant ? Est-ce une volonté de la Bundesbank ou du gouvernement allemand ? Il y a un précédent. Au début de la crise grecque, le Spiegel avait publié une longue enquête sur les montages financiers – les swaps de change – mis au point par Goldman Sachs pour aider le gouvernement grec à masquer sa dette. Ces révélations avaient pesé sur tout le débat sur le sauvetage ultérieur de la Grèce : les Grecs avaient triché. Ils devaient donc payer le prix fort. On ne peut que s’interroger sur la motivation qui a poussé à révéler ce mémoire, aujourd’hui. Il est en tout cas clair que la Bundesbank s’invite dans le débat électoral allemand.

 

 

Ces critiques marquent-elles une rupture dans le débat sur la zone euro ?

En soi, le mémoire de la Bundesbank n’apporte aucune information nouvelle. Sa position est connue depuis des mois. Jens Weidmann (le président de la Bundesbank) a fait savoir dès cet été tout le mal qu’il pensait de la politique menée par Mario Draghi (président de la Banque centrale européenne) et son opposition aux mesures prises. C’est un banquier central d’un très grand rigorisme.

En l'occurrence, si Weidmann a une fois de plus une opinion qui se distingue de celle de ses confrères européens, ce n'est pas tellement dû – comme on l'imagine toujours – au fait qu'il représente l'Allemagne, mais au fait qu'il comprend les mécanismes monétaires. Sa candeur, c'est de croire que tout le monde les comprend aussi bien que lui. Du coup, il ne prend jamais la peine d'expliquer son raisonnement. Ce qui ressemble à de l’arrogance est en fait une erreur de jugement sur le degré de connaissance de l’opinion.

 

 

Parmi les arguments présentés par la Bundesbank figure notamment celui de l’irréversibilité. Selon elle, il ne relève pas du rôle d’une banque centrale d’assurer l’irréversibilité de la monnaie. Qu’en pensez-vous ?

L’allusion est transparente. C’est une pierre dans le jardin de Mario Draghi, qui avait assuré à Londres l’été dernier, en pleine crise européenne que l’euro était irréversible. Quand le président de la BCE annonce la création prochaine du mécanisme OMT (outright monetary transactions, rachat des dettes souveraines par la BCE) et ajoute que « Tout sera fait pour préserver l'euro ! », quelle est la part de sa déclaration qui fait retomber le taux grec à 10 ans au niveau « quasi raisonnable » de 10 % ? La seconde partie bien entendu. Cela n'avait pas été compris et j'avais déjà souligné à l’époque qu’il s’agissait d’un abominable malentendu. Mario Draghi n’a pas agi comme banquier central mais comme politique dans cette affaire.

La Bundesbank a raison dans son argumentation. Mario Draghi est sorti de son rôle de banquier central. Il est très important de séparer les rôles. Il n’est pas du ressort d’une banque centrale de s’assurer de l’irréversibilité d’une monnaie. Cela relève de la mission des gouvernements et des politiques. Une monnaie commune ne peut subsister que s’il existe une volonté commune de l’ensemble des nations à travailler ensemble. Ce sont les gouvernements qui doivent se faire l’expression de cette volonté, pas la banque centrale.

 

Source : Mediapart.fr

 

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