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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

Notes sur le PAGS dans les années de légalité

(Extraits)

 

par Fernand Gallinari

 

 

Malheureusement, si je devais caractériser cette période, je parlerais de déliquescence.
Comment qualifier autrement l’évolution de la situation intérieure du parti qui, pendant plus de 20 ans a joué un rôle de stimulant ou d’organisation dans les syndicats, les organisations de jeunes, les étudiants, les femmes, qui a, malgré la modestie de ses effectifs, influencé la politique du pouvoir en place et acquis un véritable prestige dans la population.
Qu’on en juge, à partir de quelques exemples sur lesquels je reviendrai peut-être :

 

L’idéologue en chef, auteur du projet de résolution politique idéologique objet de discussions byzantines dans toutes les cellules du Parti, s’avère avoir plus qu’un fil à la patte avec les « services ».

Son acolyte se fait la malle avec la caisse.

 

Le premier secrétaire dont on a accepté qu’il quitte son poste est cependant mis en demeure de rester à Alger, où, sans protection particulière ou presque, il n’a pas grande chance de survie dans cette époque d’assassinats en série.

 

Les cadres de l’époque clandestine se disputent les tâches et donc les postes comme s’il s’agissait d’une opportunité de carrière. Qui ne se souvient de la « performance » de l’un d’entre eux à la Maison du Peuple où il pensait que son bon niveau en arabe suppléerait l’absence de contenu de son intervention, ou de tel autre qui découvre une crise quand il s’aperçoit qu’on ne lui fait pas la place qu’il croit mériter au niveau de la direction.

 

En tant que militant de base, je ne suis pas en mesure de relier pertinemment cette situation au contexte politique, mais il est clair que le désarroi qui s’empare du MCOI (mouvement communiste et ouvrier international, abréviation brevetée PAGS) avec l’effondrement de l’URSS n’y est pas étranger, d’autant plus que des divergences quant au rôle de Gorbatchev par exemple sont en général bien identifiées y compris par la base.

 

Ainsi on peut assister à une présentation enthousiaste d’un membre éminent de la direction pour lequel la glasnost et la perestroïka assureront un rayonnement planétaire aux idées du socialisme scientifique, tandis que dans la cellule d’El Biar, un militant chevronné, tel Caton l’Ancien condamnant Carthage, commence systématiquement ses interventions par : « Gorbatchev, inaal oueldih … » (Gorbatchev, maudits soient ses géniteurs,...)

 

Le Congrès sera un des points culminants de la crise. L’adjectif « mkhaïta » (préfabriqué) reviendra comme un leitmotiv dans la salle et sera confirmé quand le candidat qui obtiendra le moins de voix sera désigné à la tête du Parti. Je me souviens avoir croisé une camarade unanimement appréciée et connue pour la naïveté qu’elle feint souvent, qui m’avait demandé : « tu n’as pas l’impression qu’on est en train de se faire avoir ? »

 

Cette période est effectivement considérée comme funeste par les militants, mais avec le temps qui passe, elle est perçue différemment, en particulier en fonction de leur position hiérarchique.

 

Les membres de la Direction, ou ceux qui ont gravité autour, sont souvent critiques, voire ironiques. Ils diffusent des informations (qu’ils détiennent en principe depuis longtemps) sur les pratiques plus que contestables des dirigeants, et comprennent enfin que l’échec était inscrit dans les gènes du parti.

 

Chez les militants de base, le son de cloche est en général beaucoup plus nuancé et en particulier la plupart des camarades insistent sur le bonheur qu’ils ont eu à militer dans ce parti que ce soit dans la clandestinité (où la camaraderie était si belle et où ils ont tant appris) ou dans la légalité où les réunions de cellule étaient si chaleureuses. On avait attendu si longtemps de pouvoir distribuer dans la rue les documents du parti…(...)

Source: socialgérie.net

 

Socialgerie met aussi en ligne aujourd'hui 3 juillet le texte complet que Fernand Gallinari avait écrit sur sa famille en 2010 et intitulé 1870-1993 : UNE FAMILLE ALGÉRIENNE ISSUE DE L’IMMIGRATION EUROPÉENNE EN ALGÉRIE

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