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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Par Djillali C. Sidi-Bel-Abbès-info

 

 

« Ahmed Ouyahia dérange en politique.» «Je dérange parce que dans ma gestion et ma participation aux affaires publiques, j’ai refusé d’être un homme de compromis et d’image » C’est ainsi que s’est exprimé le Secrétaire Général du RND, Ahmed Ouyahia, pour tenter de justifier le mouvement de contestation qui secoue actuellement son parti. Mais qui dérange Ouyahia? Le patron du RND ne donne pas de noms, mais il révèle qu’«il dérange des parties dans le système et en dehors du système, car il n’est pas l’homme du compromis».

 

«En dehors et dans le système» une précision à retenir. Pour une fois OUYAHIA a parlé. Lui, habitué aux énigmes, à jouer le «nègre de service» pour le système, ne voilà-t-il pas qu’il se rebiffe contre ce même système. Comment se fait-il qu’OUYAHIA, homme politique parfaitement servile, quitte à endosser toutes les mesures impopulaires, décide soudain, brusquement, sans transition, à «chahuter» le système qui l’a enfanté, dorloté, chouchouté, vu grandir, à lui en vouloir ? N’est-ce pas là suprême ingratitude ? C’est comme l’enfant gâté toute sa vie, qui malgré la jalousie développée par tous ses frères et sœurs, continue de bénéficier de l’Amour sans partage de ses parents, et qui, à l’âge adulte, agresse son papa et sa maman et voudrait les placer dans un hospice de vieillards !

 

Le « chahut » provoqué par quelques militants de son parti, menés par une Noria HAFSI effarouchée, justifie-t-il à ce point, cette «incartade » inattendue ?

 

La suite de la conférence va nous édifier, lorsque le patron du RND remet la casquette du Premier Ministre. D’abord, il tient à préciser qu’il ne peut présenter sa démission, parce qu’il faut gérer le Pays et les affaires urgentes et importantes à l’image des examens du baccalauréat.

 

Ensuite, tout en s’inscrivant dans le traditionnel soutien au Président de la République, il lance un pavé dans la marre ! Pour la première fois dans sa carrière politique, OUYAHIA fait un aveu d’échec. En faisant le bilan de son Gouvernement, il reconnaît l’échec mais que « cet échec est collectif» et que «la responsabilité est également collective». «Je ne suis pas le seul responsable. Si vous pensez que le fait de changer de gouvernement, la situation sera mieux, je voterais avec dix doigts pour ce changement. Mais je vous signalerai que le train a mal démarré en 1990, lorsque l’Algérie a opté pour l’économie libérale basée sur l’importation qui a pris le dessus sur la production»,

 

Il regrette que «l’argent commande et commence à gouverner en Algérie» sous la domination des cercles de maffieux.

 

 

OUYAHIA habituellement prompt à faire étalage de chiffres, de ratios et d’indicateurs de gestion à même de faire pâlir de jalousie le plus éminent des économistes, à faire l’éloge de ses bilans successifs, des taux de croissance, de la santé économique du Pays, constate subitement, comme par enchantement, que le pays se porte très mal et qu’il est depuis 1990 gouverné, commandé par la Maffia. Alors, là excusez-moi, mais je deviens débile. Je ne suis plus. A moins que…..

 

A moins qu’il s’agisse d’une autre stratégie développée en fonction de l’évolution de la situation politique du Pays et des rapports de force nés des réformes initiées par le Président de la République.

 

Ces réformes et les législatives qui ont découlé avec leur lot de surprises, ont suscité de la panique dans l’ensemble de la famille politique du Pays : d’abord, et prématurément, la démission de SAADI du RCD, ensuite, dislocation de la mouvance islamiste, fronde chez le RND, le FNA de Touati et au FFS. Celle du FFS peut s’expliquer par la non-participation des membres de la Direction de ce parti au deal concédé par AIT AHMED avec le Système. Cette donne a tout bouleversé. Quant au FLN, revigoré par les résultats des élections boostées- il est vrai – par le Président de la République, ses ténors n’ont qu’un seul souci, se débarrasser de BELKHADEM.

 

Ceci laisse supposer que la bataille des «présidentielles» est déjà engagée et les forces dominatrices pensent sérieusement que cela va se jouer entre le FLN et le RND. L’opportunisme de BELKHADEM au passé douteux durant la décennie noire (visite à l’ambassade d’Iran, amitiés …… avec les islamistes de l’ex-FIS, San Egidio…) fait de lui un candidat non fiable, ce que n’ignorent pas les ténors et les caciques du FLN qui voudraient suggérer un autre candidat. Ce qui explique toute la campagne bien huilée, bien orchestrée entamée depuis bientôt une année par une majorité de caciques du Parti, pour faire déloger BELKHADEM, par un autre redressement.

 

Du côté du RND, OUYAHIA veut d’ores et déjà se placer. C’est ce qui explique cette dernière sortie, où il veut à tout prix se dédouaner et surtout se refaire une virginité. «L’echec collectif» dont il parle, veut inclure le Président. C’est une manière de dire que le Gouvernement ne fait qu’exécuter, le premier responsable de l’exécutif étant le Président de la République. OUYAHIA veut dire qu’il est «responsable mais pas coupable» Une manière de dire: « si j’étais Président, ce n’est pas ce que j’aurais fait

 

L’autre sujet est qu’il cible des « ennemis » de l’Etat, à savoir la maffia du conteneur et de l’importation aux dépens de l’investissement productif. Gageons que ce sera son cheval de bataille de la campagne présidentielle. D’autant plus que sa première tentative d’affronter cette « corporation » lui a valu un revers inoubliable : Souvenez-vous de son décret sur l’utilisation du chèque obligatoire pour toute transaction commerciale qui a généré les émeutes de janvier, grossière manipulation des grossistes! Le paradoxe de la justice Algérienne : Le décret est toujours en vigueur puisque jamais abrogé, mais n’est pas appliqué.

 

L’autre élément qui milite pour la stratégie des présidentielles développée désormais par M. OUYAHIA, est la fronde au sein du Parti qui couvait d’ailleurs depuis longtemps ; les législatives n’étant que le prétexte. Quand on connaît N. HAFSI, on ne peut se poser des questions sur la véritable raison de son attitude agressive envers le Responsable du Parti. Grandie dans la famille de l’UNFA, donc du FLN, elle n’est pas exempte des coups bas et des manipulations.

 

Ce « nouvel ordre politique » qui se dessine à l’horizon traduit-il une volonté réelle du Président de la République de vouloir assurer un «printemps Algérien» pacifique, en assurant des élections présidentielles, réellement libre et ouverte ? Les réformes qu’il a initiées personnellement le suggèrent. L’amendement de la Constitution promis, également. Les verra-t-on dans la réalité et serait-ce le glas qui sonnera pour le fameux clan invisible qui décide de tout, y compris de celui qui sera Président de la République ? La composition du nouveau Gouvernement, celle des différentes commissions parlementaires et le signes politiques qui seront perçus les prochains mois seront fort instructifs!

 

Au risque de me tromper, il faut avouer qu’il faut d’un côté se réjouir du sens positif que prend le système en direction d’une démocratie laborieuse mais authentique, de l’autre craindre le pire au vu des réactions de personnes et groupes de personnes qui verront dans cette démarche la perte de tous leurs intérêts rentiers. A ce titre, le comportement et les décisions du Président seront déterminants.

 

Djillali C,  chronique du jeudi, 7 juin 2012. Bel-Abbès-info

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