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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

par Ziad Salah

 

 

La journée de jeudi démarre le plus normalement du monde. Profitant du beau temps, les Oranais ont investi les terrasses de café. Les jeunes, à leur accoutumée, ont rejoint leur coin habituel. La présence policière devant le CEM Tripoli les a empêchés de prendre place sur les escaliers de la rentrée principale de cet établissement.

 

A part quelques retraités rompus au commentaire de la vie politique, on ne parle pas des élections. La première impression sur ce scrutin nous sera délivrée par un militant et candidat du FLN. Il nous montre les traces de l'encre sur son doigt. Concernant la participation, il dira: «Il y a un petit mouvement». Nous sommes en milieu de la matinée. Les services de wilaya annoncent le chiffre de participation de 3%. Surprenant pour certains et correspondant aux habitudes électorales des habitants d'Oran, selon un autre. Entre midi et 14 heures, la ville se vide presque. Et pour cause, les administrations et les établissements financiers, entre autres, sont fermés. Profitant de ce moment, un militant pour le boycott sillonnera quelques axes pour un reportage qu'il compte verser sur Youtube qu'il a intitulé «Oran ville morte».


Vers quinze heures, avec un confrère, nous faisons un tour au CEM Tripoli. Le choix n'est pas fortuit. Ce centre est affecté pour l'électorat féminin, traditionnellement le plus fidèle. En effet, nous sommes accueillis par la vue d'un officier donnant un coup de main à une vieille pour l'aider à grimper les escaliers. Nous parcourons quelques bureaux de vote. Les résultats affichés sur les tableaux indiquent un taux de participation variant entre quinze et dix-sept pour cent. En chiffres crus, sur les six cents inscrits dans chaque bureau, les votants étaient entre 90 et 100. C'était la tendance dans ce centre. Au siège de la CCSEL, qui s'est installée à l'ex-centre culturel Ibn Tachfine, on ne rencontre personne. «Tout le monde est sur le terrain», nous dira un agent de sécurité. Nous continuons notre tournée. Devant un autre centre, on ne relève pas d'affluence remarquable. En milieu d'après-midi, les services de wilaya signalent que le taux de participation est passé à 27%. Les correspondants de la radio locale, mobilisés dans les communes démunies, parlent de taux de participation important. Devant le manque d'informations contradictoires, nous nous sommes rabattus sur les réseaux sociaux.


Nous apprenons, entre autres, que l'administration envisage de mobiliser des voitures pour sillonner la ville et inciter les populations à sortir voter. Une ultime tentative pour booster la participation. En effet, au moins deux confrères nous ont confirmé avoir entendu un véhicule transformé en «barrah» d'antan. Entre-temps, le taux de participation a sauté à plus de 35%. La journée du vote est bien terminée. La circulation au centre-ville est carrément chaotique. Nous sommes à quelques petits moments des débuts du dépouillement. Dans un autre centre, nous relevons le détachement avec lequel les quelques rares observateurs assument leur rôle. Mal préparés, ou tout bonnement recrutés pour un job d'une journée, ils sont plus spectateurs qu'observateurs.


Tard dans la soirée, aux alentours de la permanence du FLN au quartier Akid Lotfi, l'effervescence est à son paroxysme. Tous sont accrochés à leur téléphone. On ne parle que «du raz-de-marée» réalisé par leur parti à Oran. Cet élan est justifié par la compilation des premiers PV arrivés à la permanence. Rencontré, le Dr Ouslim, qui s'est chargé d'une partie du centre-ville pour le compte de son parti, nous confirmera la nette avance de l'ex-parti unique dans ce scrutin.


Vers minuit, nous nous rendons au Palais des expositions, lieu de regroupement des résultats. Il n'y avait pas la foule des expériences précédentes. Tout le monde, y compris les islamistes, ne parle que de la victoire du FLN présentée comme une grande surprise.


A un moment donné, les candidats du FLN se sont retrouvés ensemble autour de leur tête de liste. Des militants du FFS nous signalent que leur liste a réussi un grand bond au niveau de la région d'Arzew et Béthioua en recueillant 4.000 voix. Ce qui a été estimé comme une victoire pour un parti absent de la scène plus de dix ans. Vers une heure du matin, les équipes qui ont encadré ce scrutin continuaient à converger vers le centre de regroupement des résultats. Une dame rencontrée sur les lieux nous fera part de son étonnement de voir le FLN s'adjuger la première place dans un centre à Petit-Lac.


Suivi, dira-t-elle, par la liste indépendante «Al Amana». Cependant, habituée aux scrutins depuis plus de dix ans, elle nous confirmera que ce sont uniquement les vieux qui ont voté et l'importance des bulletins blancs.


Vers deux heures du matin, nous avons relevé la présence des voitures devant un centre de vote à Saint-Eugène. Ce qui suppose que le dépouillement et ce qui va avec comme vérification et report des résultats sur les PV n'étaient pas encore terminés. Le camion de ramassage des ordures, transformé en engin de ramassage des urnes, présent sur les lieux avec un fourgon de la police, a confirmé notre hypothèse. Certaines permanences étaient encore ouvertes, dans l'espoir de recueillir une dernière bonne nouvelle. Reste cependant cette interrogation: comment un parti en proie à des déchirements depuis plus de quatre ans, qui n'a pas brillé par une campagne extraordinaire, a pu réaliser un tel score ?


Ziad Salah, 12 mai 2012. Le Quotidien d’Oran

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