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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

La chronique du Condjador (36)

 

 

 

A l’université Abdelhak-Benhamouda de Jijel, le personnel et le chef de cuisine avaient pris l’habitude de collecter les morceaux de pain laissés par les étudiants à la fin de leurs repas. Ils stockaient et revendaient ces restes, récupérant six mètres cube chaque semaine, soit la charge d’une 404 bâchée. La vente était effectuée auprès des éleveurs de  bétails  et rapportait environ 4000 dinars, les ouvriers encaissant à tour de rôle le résultat de la vente de cette collecte collective. 

 

 

El khabz el yabès (le pain dur) est très demandé par les éleveurs locaux pour l’engraissement des animaux et la production du lait de vache. Ce pain dur a un très bon rendement et revient beaucoup moins cher  que l’aliment de bétail industriel.

 

 

Cette année il y a eu du changement. La directrice générale rompt la pratique admise jusqu’ici et décide de prendre en charge la vente du khabz el yabès. Elle décide de suivre elle-même les commandes des éleveurs, conclut un contrat annuel avec un Braïdji (originaire de Bordj-Bou-Arreridj) et décide que l’argent de cette transaction, mis dans une caisse noire, « servira à l’achat de produits détergents et de nettoyage ».

 

 

Parmi le personnel de l’université, on doute : un budget existe pour le nettoyage. On dit  que c’est une mascarade, mais pas à haute voix. Ils doivent fermer les yeux pour préserver leur pain tendre quotidien. De plus, même les cuisines sont équipées de caméras de surveillance.

 

 

Comme tous les stratèges qui attendent que d’autres leurs rapportent leurs droits et  fassent la guerre à leur place, être en tête du peloton n’est pas don leurs projet et cette option n’est pas dans leur culture.  

 

 

Cette histoire me rappelle le dicton jijélien : « khabz a dar yaklou el barani ». (« le pain de la maison, c’’est l’étranger qui le mange »). Dans tous les domaines qui concernent de près ou de loin la vie des  autochtones on retrouve  cette même volonté de délester les habitants de tous leurs biens, et de tous qu’ils peuvent avoir. On les affaiblit  petit à petit.

 

 

C'est ce qu'on comprend, lorsqu’on rassemble les faits, les agissements de différents services, pendant ces dernières années. Les citoyens sont exclus des projets qui les concernent, mis à l’écart de la vie culturelle et économique locale. Les Jijéliens n’existent pas, on les traite comme des bébés incapables de rien faire par eux-mêmes. Et même, nos dirigeants nous dirigent à partir d’Alger, ils ne seront jamais à jour concernant ce que les Jijéliens veulent réaliser. C’est tous les jours des affaires de Khabs

 

 

On veut leur faire  perdre même le K qui leur reste, le K de kahwa et ce dialecte qui fait leur originalité et dérange les parachutés du pouvoir et leurs pions. On veut les dissoudre, leur faire oublier qu’ils sont une minorité appelée kbayel et hadra.

 

 

Ce K est l’équivalent  d’un drapeau régional qu’ils essayent de  transformer en drapeau blanc. Ni couleur, ni  accent, ni culture, ni frontières, ni histoire et dans tous leurs reportages écrits ou télévisés,  l'histoire de Jijel commence en 1954.

 

 

 

 

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