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Publié par Saoudi Abdelaziz

Copyright Reuters

DR-Le gouvernement algérien a de décidé de prêter, via le FMI, quelques milliards de dollars de liquidités, qui seront injectées dans système financier international rongé par la crise de la dette. On ne prête qu’aux riches : nos devises emprunteront peut-être d’une manière ou d’une autre, le chemin des banques occidentales, « chargées de soutenir les économies »... François Leclerc, auteur de "La grand perdition", aux éditions "Osez la République sociale !", raconte.

 

 

 « LE PAUVRE HOMME »

 

 

Par François Leclerc

 

Les banques, encore et toujours les banques !

On ne s’en lasse pas ! À nouveau, on en apprend de belles à leur sujet. Objet de toutes les attentions des gouvernements et des banques centrales, il leur est en retour demandé de soutenir l’économie pour favoriser une relance qui aiderait les États à se désendetter. Mais le succès n’est pas au rendez-vous. Au Royaume-Uni, tirant sans doute les leçons de l’échec des injections massives de liquidité de la BCE dans le système financier, dont c’était l’objectif avoué, la Banque d’Angleterre (BoE) a lancé un programme de soutien aux banques en le conditionnant à des objectifs d’accroissement de leurs prêts aux entreprises. Et cela a marché ?

 

Pas plus ! Les banques britanniques ont multiplié les opérations de rachat de leur propre dette en profitant des conditions de taux plus avantageuses de la BoE. Avec comme objectif d’améliorer leur rentabilité en diminuant leurs coûts de financement, et détendre les taux sur le marché de la dette senior (une réussite qui s’annonce). Les Britanniques n’ont pas été les seuls à s’engager sur cette voie, les banques de la zone euro disposant pour leur part des facilités de la BCE. La Deutsche Bank estime ainsi que 46 milliards d’euros de dette senior émises par les banques européennes auront été rachetées par elles-mêmes cette année, un montant en nette augmentation par rapport aux années précédentes.

  

Mais il faut croire que cela ne suffit pas. Une campagne est en cours, avec comme but d’assouplir les contraintes réglementaires de renforcement des fonds propres, l’un des rares éléments tangibles – quoique discutable – de la régulation financière. Il est illogique, disent ses protagonistes, de demander à la fois aux banques de renforcer leurs fonds propres et de développer leur prêts. La nouvelle réglementation, poursuivent-ils, va peser sur la politique de crédit en aboutissant à diminuer le ratio fonds propres/engagement des banques (les prêts). Car, il faut quand même le remarquer, les banques préfèrent diminuer leurs engagements plutôt que d’augmenter leurs fonds propres, afin de préserver leur rentabilité.

 

Cité par La Tribune, Thierry Giami, l’un des directeurs de la Caisse des dépôts et consignations vient de l’expliquer : « Nous connaissons une crise où il faut mobiliser les capitaux pour financer l’économie. Avec Bâle III et Solvency II [l'équivalent pour les compagnies d'assurance], c’est comme s’il fallait mettre un coup d’accélérateur en appuyant sur le frein ». Et de rajouter un argument imparable : « Suspendre les effets de ces directives sur les crédits et les investissements en capitaux dans les entreprises ne coûterait rien à la puissance publique ». Il ne s’avançait pas trop, des rumeurs insistantes, qu’il ne devait pas ignorer, faisant état d’un projet de repousser d’un an le calendrier de Bâle III à l’occasion de sa transposition. Il sera toujours temps de voir la suite. Le FSA, le régulateur britannique, s’est de son côté inquiété d’éventuelles réductions du crédit par les banques et a sans attendre assoupli les contraintes, en contradiction avec les préconisations de la Banque d’Angleterre de juin dernier…

 

Dans ces deux cas, la principale préoccupation des établissements bancaires est de réduire des coûts de financement qui diminuent leur marge. Conclusion : hier denrée que l’on dispensait à profusion, le crédit va être plus rationné. Pour se défendre, les banques font état d’une demande moindre. La magie de la titrisation, quant à elle, n’est toujours pas revenue. Tout cela perturbe la vénérée croissance invoquée par des dévots qui sont, il faut bien le dire, de vrais Tartuffe ! Doit-on s’inquiéter, quelles qu’en soient les raisons, du fait que la machine à fabriquer de la dette ne va plus avoir le même rendement ? Certes non ! mais qu’est-il proposé en remplacement ?

 

Peu exposé à la lumière des projecteurs, le désendettement des banques n’est pas plus un boulevard que ne l’est celui des États. À une différence notable près : elles continuent à bénéficier d’un traitement de faveur et sont épargnées des rigueurs de l’austérité. On ne change pas une stratégie qui perd !

 

François Leclerc, 13 octobre 2012.   Le blog de Paul Jorion

 

"Dette : à force de vouloir dénouer la pelote par le mauvais bout..."

 

 

François Hollande a confirmé que le gouvernement va proposer l'adoption d'une loi organique (qu'une simple loi ne peut défaire) afin d'adopter la règle d'austérité budgétaire, au prétexte avantageux qu'elle est provisoire. A plusieurs reprises dans l'histoire contemporaine française, des dispositions spéciales ont été adoptées en raison de leur importance présumée sans jamais laisser de bons souvenirs.

 

Au même moment, le débat européen continue de pivoter pour se recentrer sur le désendettement des banques. On apprend grâce au Wall Street Journal que la BCE aurait conseillé aux ministres européens des finances, lors de leur dernière réunion, de faire participer les détenteurs de créances seniors au renflouement des banques espagnoles. Un tournant à 180 degrés qui n'a pas été suivi d'effet, car le projet de mémorandum qui devrait être adopté lors de la prochaine réunion du 20 juillet de l'Eurogroupe n'en fait pas état.

 

D'après les informateurs du quotidien, les ministres n'auraient pas voulu suivre Mario Draghi qui participait à la réunion, de peur de la réaction des marchés. Par crainte, également, que le gouvernement irlandais ne demande à bénéficier d'une égalité de traitement. Car, pour sauver les banques européennes, en particulier britanniques, le gouvernement irlandais a dû emprunter pour rembourser les créanciers seniors des banques du pays. Les gouvernements grec et portugais n'auraient également pas manqué de vouloir monter dans le train.

 

En changeant son fusil d'épaule, la BCE implique davantage le système bancaire dans son propre sauvetage et contribue à soulager la peine des États. N'est-ce pas tout simplement la reconnaissance qu'il ne peut plus en être autrement, leur barque ne pouvant être davantage chargée ?

 

Menacée dans ses prérogatives par le projet de confier la surveillance des banques à la BCE, l'Autorité des banques européennes (ABE) vient de son côté de se rappeler au bon souvenir de celles-ci et des gouvernements qui les protègent. Suite à son annonce que « la grande majorité » des 27 banques dont elle avait demandé le renforcement de leurs fonds propres y était parvenue dans les temps, elle a décidé que ces mesures initialement présentées comme étant provisoires étaient désormais permanentes.

 

Après celui lancé par la BCE, c'est un second pavé dans la mare, alors que ces mêmes banques exercent d'intenses et discrètes pressions auprès du Comité de Bâle afin que la nouvelle réglementation soit assouplie. Tout au plus est-il consenti que, si une banque dans les clous venait à en sortir du fait de ses pertes, elle devrait seulement présenter un plan de renforcement de ses fonds propres sans nécessité de les reconstituer immédiatement.

 

Par contraste avec la France, le débat fait rage outre-Rhin à propos des modalités de la stratégie de désendettement à adopter, alors que les observateurs se demandent si Angela Merkel va être en mesure de bénéficier au Bundestag de la « majorité de la chancelière » (les seules voix de son propre camp) à propos du sauvetage des banques espagnoles qui doit encore être adopté pour pouvoir entrer en vigueur. Le PSD et les Verts voteront pour, garantissant son adoption.

 

Mais le débat porte également sur l'étape d'après, à propos de l'éventualité d'un sauvetage direct des banques par le MES qui divise. Angela Merkel tente d'éluder la question en annonçant contre toute vraisemblance que la question n'a pas été discutée au niveau européen, contredisant avec le leader de la CSU, Horst Seehofer, le futur directeur du MES, Klaus Regling. Qui prendra le risque associé à de nouveaux renflouements des banques est la question clé : l'État où leur siège social est implanté ou le MES, c'est à dire la collectivité des États dont celui-ci est issu ? Le débat sur la mutualisation rejaillit à chaque instant.

 

Éclairage significatif mais passé largement inaperçu, EADS (le groupe de défense et d'aéronautique) étudie une demande de licence bancaire afin de devenir sa propre banque et gérer par lui-même ses 10 milliards d'euros de trésorerie. Une façon de la mettre à l'abri.

 

La question suivante, qui est sur toutes les lèvres mais celles-ci restent encore serrées, concerne l'Italie. Comme leurs consœurs espagnoles, les banques italiennes sont gavées de la dette souveraine de leur pays, fragilisant à l'extrême l'édifice financier du pays. Comment l'Italie va-t-elle passer l'été, son programme de financement de la dette ne pouvant indéfiniment attendre ? Va-t-elle pouvoir éviter de demander à son tour - sous une forme ou sous une autre, depuis que l'Espagne a montré que tous les chemins mènent... à Rome - une aide financière européenne ? L'éventualité de cette perspective pourrait expliquer l'insistance avec laquelle Jean-Claude Juncker, le chef de file de l'Eurogroupe, a demandé au Conseil constitutionnel allemand de presser sa validation de l'approbation par le Bundestag de la création du MES. Car le FESF ne ferait pas le poids, s'il fallait aider l'Italie, ses moyens par ailleurs déjà mobilisés pour aider les banques espagnoles. Le Conseil vient d'informer que sa décision serait annoncée le 12 septembre prochain.

 

Jouant ses dernières cartes, le gouvernement italien a mis sur pied un programme de vente d'actifs de 120 milliards d'euros d'ici 2017. Vittorio Grilli, le ministre des finances, a fait valoir que le projet prévoyait de vendre l'équivalent de 1% du PIB du pays chaque année, omettant de mentionner que la contraction prévisible de celui-ci en raison de la récession était supérieure. Les impôts et taxes ne cessent d'être augmentés et les coupes budgétaires d'être réalisées, mais le coût du service de la dette croit, le taux de celle-ci à dix ans étant autour de 6%. La dette italienne était de 120% du PIB en 2011 et continue d'augmenter, ce qui explique le fort impact de la hausse de ses taux obligataires au fur et à mesure de son refinancement.

 

L'exposition des banques françaises à la dette italienne publique et privée, au premier rang d'entre elles BNP Paribas, est telle qu'elles subiraient une secousse majeure en cas d'accident. En ce sens, la prise de position de la BCE à propos de l'Espagne prend toute son importance, si elle devait être alors renouvelée et suivie d'effet. Le moment serait arrivé où le jeu de la patate chaude touche à sa fin, surtout quand il fonctionne toujours dans le même sens.

 

A Madrid, une manifestation spontanée de plusieurs milliers de personnes à démarré hier via les réseaux sociaux, du siège du Parti populaire au pouvoir à l'Assemblée nationale, aux cris de « mains en l'air, ceci est un hold up! » et « ils ne nous représentent pas ! ».

 

François Leclerc, 17 juillet 2012. La Tribune.fr

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