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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Obama et Romney, le grand détournement

 

 

Par Laure Mandeville

 

 

Il n'y a plus de passion. Plus de grands discours mobilisateurs. Ni côté républicain, ni côté démocrate. Rien à voir avec la vague d'espoir de changement qui avait submergé les États-Unis en 2008 pendant la marche de Barack Obama.

 

Quatre ans plus tard, à deux semaines des grandes conventions républicaine, puis démocrate, la campagne présidentielle américaine se résume à une accumulation, de part et d'autre, de centaines de millions de dollars pour financer des clips publicitaires visant à pulvériser l'adversaire. En première ligne, les attaques lancées par les Super Pacs des deux candidats, ces comités de campagne supposés indépendants habilités à lever de l'argent sans limitation, ce qui permet aux états-majors politiques de ne pas endosser la responsabilité des accusations portées, souvent mensongères. «Du jamais vu, on atteindra sans doute 2,5 milliards», s'effare Larry Sabato, professeur de science politique à l'université de Virginie.

 

 

«Dégoûtant»

 

Le camp Obama utilise des millions pour peindre Romney en capitaliste féroce, qui ne roule que pour les riches. Ainsi, un clip tout juste mis en boucle sur les chaînes de télévision par la machine démocrate, a-t-il été épinglé par plusieurs journaux. Il sous-entend ouvertement que la gestion de Mitt Romney, à la tête de la compagnie financière Bain Capital, a causé la mort d'une femme atteinte de cancer et dont le mari avait perdu son job. Les journalistes ont ensuite établi que Romney avait quitté la direction de Bain, depuis cinq ans quand cet épisode s'est produit. Ils ont aussi découvert que la femme en question avait un travail et une assurance, indépendamment de son mari. «Pourquoi avoir sous-entendu qu'elle était morte à cause de Romney?», s'est indigné le journaliste de CNN Anderson Cooper, lors d'un entretien avec l'ancien porte-parole adjoint d'Obama, Bill Burton, responsable du Super Pac qui a sorti le clip incriminé. «Nous n'avons rien dit de semblable», a prétendu sans rougir Burton. Un ancien conseiller de Bill Clinton, Lanny Davis a qualifié le procédé de «dégoûtant», estimant que les clips des deux bords «donnaient envie de prendre une douche».

 

L'équipe d'Obama a détourné la critique en s'insurgeant contre un clip tout aussi mensonger du camp adverse qui accuse l'administration démocrate d'avoir modifié les programmes d'aide sociale aux sans-emploi, en les encourageant à ne pas rechercher de travail. Le président sortant serait un gauchiste incompétent, avide de transformer l'Amérique en pays d'assistés. «Les attaques sont très dures et sans pertinence, confirme le politologue Larry Sabato. Qui pourrait savoir, en écoutant les deux parties, que notre pays est au bord du gouffre en matière d'endettement? Ils évitent les sujets importants car les évoquer impliquerait d'annoncer de la douleur et des sacrifices.» Des stratégies électoralistes pointues, presque scientifiques, visant à attirer à soi telle ou telle catégorie d'électeurs - Noirs, Latinos, homosexuels, femmes - ont remplacé les projets fédérateurs. «Ce sont des techniques de vente», soupire Sabato. Comme beaucoup ici, il s'inquiète du contraste entre l'ampleur de la crise systémique et l'encéphalogramme plat de la campagne.

 

 

Obama 48,4 %, Romney 44 %

 

Pour l'instant, cette tactique semble profiter au président sortant. Depuis quelques jours, sa cote de popularité remonte. Obama est à 48,4 % contre 44 % à Romney, selon la moyenne de plusieurs sondages recensés par le site RealClearPolitics. «L'image négative que la Maison-Blanche a réussi à brosser de Romney fait douter les gens. Ils se disent: “Pourquoi changer si vite?” Ils sont tentés de laisser à Obama une nouvelle chance. C'est d'autant plus vrai que Romney a déjà du mal à se faire aimer. Or, en Amérique, le facteur personnel est très important», analyse Sabato.

 

Dans la plupart des États pivots, Obama a actuellement l'avantage. Il mène notamment la course dans l'Ohio, en Virginie et en Floride. Mais David Gergen appelle à rester prudent sur l'issue d'une course qui sera de l'avis général très serrée. Dans tous les cas, la dureté des attaques se retournera contre le vainqueur, prédit-il. «Cela créera un climat de blocage encore plus grand et il sera sans doute encore plus difficile de gouverner.»

 

 

Ed Rogers: «Romney ne peut pas gagner mais Obama peut perdre»

 

Le stratège républicain Ed Rogers a une manière intéressante de formuler les enjeux de la campagne présidentielle. «Romney ne peut gagner, mais Obama peut perdre», dit-il. L'équation de la présidentielle tourne, selon lui, autour de l'a priori favorable que les Américains donnent toujours au sortant. Au XXe siècle, un seul président candidat à sa propre réélection n'a pas été réélu, Jimmy Carter. C'est la raison pour laquelle Ed Rogers prédit que l'élection se jouera sur le bilan d'Obama, pas sur les qualités de Romney, un «élève moyen, qui a du mal à se connecter émotionnellement avec son parti. Il n'y aura pas de vague déferlante pour mener Romney jusqu'à la présidence. Cette campagne sera un référendum sur l'action présidentielle. Les gens vont se demander s'ils veulent la même chose pendant 4 ans ou tenter quelque chose de différent.»

 

Pour l'instant, les sondages sont légèrement favorables à Obama, mais Ed Rogers appelle à ne pas s'y arrêter. «La Maison-Blanche fait tout ce qu'elle peut pour noircir Romney, elle le traite même d'assassin, puisqu'elle l'accuse d'avoir causé la mort d'une femme. Peut-on descendre encore plus bas? Ces attaques visent à empêcher l'opinion de s'interroger sur Obama. Mais ce moment viendra inévitablement», prédit-il.

 

«Le président a surgi en 2008 comme une météorite, il y avait beaucoup de romantisme dans sa candidature», ajoute-t-il. Mais la fièvre est retombée. «Romney doit seulement apparaître comme une alternative crédible. Il est bien parti pour cela car il est connu, il a de l'expérience, il est en orbite depuis longtemps. Cela pourrait l'amener aux portes de la Maison-Blanche.» Par défaut.

 

 

Laure Mandeville, 11 août 2012. La Figaro.fr

 

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