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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

NACER-DJABI
C’est la

mauvaise solution et la plus facile, quand on est sous le

choc. La solution pour eux serait donc d’éliminer les deux

tueurs et qu’on n’en parle plus ».

   

Entretien avec le sociologue Nacer Djabi sur les kidnappings d’enfants en Algérie

                                 

 

 

 

 

Comment expliquez-vous l’ampleur du phénomène de la violence contre les enfants en Algérie depuis quelques mois ?

Nous ne savons pas s’il y a une hausse ou pas de ce phénomène, car nous n’avons pas de statistiques qui nous disent clairement que le nombre (de kidnappings ou d’assassinats, ndlr) a augmenté. Et ce problème de statistiques se pose pour beaucoup d’autres phénomènes de société. A l’issue du Conseil interministériel de dimanche, les autorités ont annoncé avoir enregistré quatre cas de kidnappings d’enfants en 2010 et 32 en 2012. Là encore, nous ne savons pas s’il s’agit des statistiques de la gendarmerie, de la police ou des deux services de sécurité.

 

 

Mais on entend de plus en plus parler de ce phénomène…

Il y a beaucoup de phénomènes qu’on ne connaissait pas et dont on ne parlait pas avant. Cela ne veut pas dire qu’ils n’existaient pas. L’Algérie a connu, de tout temps, comme d’autres pays, ce genre de phénomènes, comme la pédophilie et les rapts d’enfants. Ce sont la presse, les médias et les réseaux sociaux qui font que ces phénomènes soient aujourd’hui connus du grand public. Ça devient très médiatisé grâce à ce qu’on a comme moyens de communication. Et les gens l’acceptent moins qu’avant. Les familles les dénoncent et les enfants en parlent.

 

 

La société algérienne devient-elle plus violente qu’avant ?

Je ne crois pas qu’on est spécialement violent. Ces phénomènes existent partout dans le monde. Sinon, comment expliqueriez-vous l’histoire d’un Américain qui tue une trentaine d’écoliers qu’il ne connaît pas en une seule journée. En Algérie, on n’est pas arrivé à ce stade. Et puis, le fait que les gens soient choqués de cette manière veut dire qu’ils sont contre la violence, et qu’au fond, ils ne sont pas violents. Ce sont les conditions de vie qui font des Algériens ce qu’ils sont aujourd’hui.

 

 

 

Beaucoup réclament la peine de mort contre les auteurs de l’assassinat des deux enfants à Constantine…

C’est la mauvaise solution et la plus facile, quand on est sous le choc. La solution pour eux serait donc d’éliminer les deux tueurs et qu’on n’en parle plus. Au fond, si on cherche bien, ces deux présumés assassins pourraient aussi être des victimes. Des personnes qui étaient peut-être au chômage, qui vivraient dans des conditions socioéconomiques catastrophiques, qui consommaient de la drogue et qui vivaient une misère sexuelle extraordinaire. La question qu’on doit se poser est comment ces choses-là arrivent. Pourquoi des jeunes et des moins jeunes arrivent au stade de kidnapper et de tuer des enfants.

 

 

Quelles sont justement les raisons qui poussent à de tels actes ?

Le premier point est la drogue. L’Algérie était une société de transit, qui en consommait très peu. Aujourd’hui, ça s’est généralisé de manière extraordinaire. Et s’il y a une peine capitale à appliquer, ça devrait être contre les barons de la drogue.

Le deuxième est la misère sexuelle des Algériens. Il ne faut pas se voiler la face. L’Algérien n’arrive plus à se marier et à satisfaire ses besoins sexuels dans un cadre plus ou moins légitime. Donc, la perversion se manifeste de plusieurs manières, dont la méchanceté et l’agression contre les femmes. On vit dans une société où les gens qui n’ont pas d’argent, de voitures ou d’appartements vivent une misère sexuelle extraordinaire.

Le troisième point est la gestion de nos villes. 67% des Algériens y vivent et sont devenus donc des « citadins ». Mais de quelles villes s’agit-il ? La nouvelle ville Ali-Mendjelli est un drame dénoncé, non seulement par ses habitants, mais aussi par des responsables et des ministres. Et ce n’est qu’un exemple. On a des milliers de Ali-Mendjelli à Alger, à Oran et à Sidi Bel Abbès. On construit des villes où il n’y a ni stade, ni salle de cinéma, ni théâtre, ni espaces verts.

 

 

Comment y remédier ?

D’abord, il faut avoir une politique claire contre la drogue. Car, avec la drogue, le voleur devient assassin. Ensuite, il faut régler le problème sexuel des Algériens. Et enfin, humaniser ces quartiers qu’on construit. Ces nouveaux quartiers qui ressemblent aux ghettos de l’Afrique du Sud, avec leur lot de prostitution, de violence, de drogue et de chômage. Nos responsables vivent dans les quartiers chics ou à Club des pins. Ça fait au moins la deuxième génération qui y vit. Ils ne savent pas ce qui se passe à Aïn Naâdja, à Alger ou à Fort-de-l’eau.

 

 

TSA-Algérie

 

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