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Publié par Saoudi Abdelaziz

Mouvement social

Les manoeuvres d'Ouyahia Trois actes à suivre

 

Avant même le déclenchement du large mouvement social, fin février, les ténors du FLN-RND claironnaient que, contrairement à la Tunisie et à l’Egypte, le mouvement de protestation est porté en Algérie, par les revendications "matérielles". Des démocrates semblaient avoir pris au mot la roublardise des bureaucrates en chef du régime. L’idée dominante dans les salons démocrates, au début du printemps, c’est que Le mouvement revendicatif des étudiants et des salariés est encouragé par le pouvoir, qui y voit le moyen de détourner le peuple des actions politiques pour le changement de régime, d’autant plus qu’il a les moyens de satisfaire ces revendications matérielles.

En analysant les faits, tels qu’ils se sont déroulés dans leur chronologie, on peut noter trois étapes dans l’attitude du gouvernement à l’égard de ce mouvement revendicatif.

Premier acte. Il y a eu d’abord la sous estimation de la détermination des salariés à défendre leurs revendications. Là où l’initiative appartient aux syndicats autonomes, c’est le pourrissement qui est joué, avec la proposition de création de «commissions pour traiter les revendications» : santé, communes, etc. Les grèves continuent, accompagnées de la répression des marches, de sanctions et de procédures judiciaires. L’inertie de la Centrale syndical est patente.

A la mi-avril, Le gouvernement met en avant son propre calendrier, autour de la « tripartite » (gouvernement, syndicat, patronat) convoquée pour septembre. La centrale syndicale UGTA, les appareils des fédérations et des unions de wilaya, jouent la tripartite et imposent aux sections syndicales, directement exposées, de ne pas bouger. La « puissante » union de wilaya d’Alger et son parrain Djenouhat imposent aux sections syndicales et aux unions locales de « calmer les esprits » car « les négociations vont régler les problèmes ». Parallèlement des promesses sont octroyées aux salariés des corporations où l’UGTA reste le syndicat dominant : postes, cheminots, notamment.

Deuxième acte. Au début de mai, la détermination plus forte du mouvement social et son extension, impose un recul du gouvernement, en relation avec un certain infléchissement des rapports de force politiques. Ouyahia subit aussi les pressions du patronat, inquiet des risques de contagion en cas de poursuite de l’agitation sociale. M. Rebrab, propriétaire d’un des consortium qui dominent le secteur privé, vendait à l’étranger la compétitivité algérienne pour le coût de notre main d’œuvre, il est lui-même victime du mouvement de grève, et fait donner les éditorialistes proches et les fabricants de « unes » pour isoler les grévistes de l’opinion.

Ouyahia est alors obligé d’étudier les revendications, en essayant de mettre en œuvre ses qualités de tacticien retors, avec comme objectif central : empêcher que le mouvement revendicatif ne débouche sur la remise en cause de la tutelle exercée par le bloc FLN-RND sur le mouvement syndical. On sort la grosse ficelle des classiques complots inter-bureaucratiques : récupérer le mouvement et donner aux alliés-clients le bénéfice des actions des adversaires. Des communiqués des fédérations UGTA des cheminots, de la sécurité sociale, des postes et télécommunications, un obscur syndicat de généraliste de santé publique annoncent les uns après les autres la signature d’accords avec les ministres, alors qu’ils n’ont joué aucun rôle dans le mouvement revendicatif qui a conduit à ces signatures. Le complot scientifique qui réussit dans les luttes d’appareil, est-il efficace lorsqu’il s’agit de salariés en chair en os et en sentiments qui se sont mis en mouvement, que l’on considère comme une masse imbécile, et que l’on veut déposséder de leur dignité de salariés.

 

Troisième acte. Et il fallait s’y attendre : nouveau rebondissement en ce début juin. Au lendemain des signatures très médiatisées des accords entre les ministres et les fédérations, les salariés concernés par ces signatures se remettent en grève, à la poste, chez les cheminots etc. Les libertés syndicales deviennent inséparables de l’action revendicative. Les salariés exigent d’être représentés ceux qu’ils ont choisis. Dans l’UGTA, alors que les congrès de plusieurs fédérations sont proches, la base syndicale s’agite. L’UGTA doit se mettre en mouvement, sinon place aux syndicats autonomes. A suivre.

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