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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

De Bab El Oued à Jijel, de Sétif à Mostaganem, ce qui semble émerger c’est un mouvement citoyen pour la réappropriation et l’approfondissement d’une vraie vie citadine. Partout, les gens des villes demandent la réhabilitation du bâti historique combinée à la construction de logements sociaux ; une véritable police de proximité liée à des réalisations pour l’emploi, la formation et les loisirs pour les jeunes ; des réseaux d’assainissement modernes, etc. Et, condition et conséquence de ces tâches, l’épanouissement du mouvement associatif urbain.

A Mostaganem, les habitants des quartiers populaires historiques de Tigditt s’organisent et multiplient les initiatives pour faire bouger les institutions. Après la publication d’un mémorandum en novembre, ils élargissent leur action en engageant une pétition citoyenne, dont la précision et la qualité en font une véritable charte de renouveau urbain qui pourrait inspirer nombre de villes d’Algérie livrée à l’incompétence, l’autisme bureaucratique et la prédation.

 

 

 

 

Pétition citoyenne

 

 

Nous citoyens des quartiers populaires de Tigditt berceau du mouvement de libération nationale et de l’avenue Rénale de la ville de Mostaganem, attirons l’attention des plus hautes autorités de l’Etat devant l’état d’abondant dans lequel nous sommes plongés et maintenus. Depuis de longues années nos quartiers, où vivent les couches les plus vulnérables et pauvres de la cité, sont relégués au second plan si non complétement ignorés en matière de développement et d’investissement dans l’habitat, les infrastructures sociales d’accompagnement et de l’environnement.

 

En effet, ces deux quartiers populaires depuis de très longues années sont abandonnés par les institutions de l’état et exclu des programmes de développement de la ville. Les habitations de la mythique ville résistante du chahid « BELAYAD BENDHIBA » tombent en ruine sans que cela n’inquiètent et interpellent les autorités politiques et administratives de la ville. Plus de trois milles familles (3000) d’entre nous sont concernées par l’habitat précaire et chaque hiver nous implorons dieu pour que les toits ne s’écroulent pas sur nos familles.

A ce sujet, certains d’entre nous ont attiré l’attention des autorités dans un mémorandum, sans que cela ne fasse effet et produit le réflexe de la responsabilité et de la prise en charge des problèmes soulevés.

Les annonces d’aubaine et les promesses s’entassent et se suivent mais jusqu’à quand ? Nous sommes de plus en plus nombreux à nous interroger à haute voix et personne ne pourra dire demain que je n’étais informé.

Nous, nous entassons dans des maisons insalubres datant de l’époque turque ou du début du XIX siècle pour celles des plus récentes à Tigditt et de la période coloniale du quartier de l’avenue Renan. Ces maisons sont sans entretien, les ruelles sont si étroites et mal éclairées qu’elles sont devenues des coupes gorges.

Le marché du centre du quartier de Tigditt est dans un état de délabrement qu’il décourage le plus coriace et volontaire marchand.

 

Les cafés populaires lieux de convivialité et de résistance au colonialisme offrent une façade de désolation faisant fuir les plus nostalgiques d’entre nous.

 

Les déchets ménagers sont entassés et livrés aux rats et aux chiens errants. Le ramassage est épisodique à telle enseigne que les habitants ont pris l’habitude de jeter les déchets aux alentours de l’oued Ain safra. Cet oued et ses berges où se cultivaient de beaux jardins de roses, de jasmin et de produits maraichers sont devenus une plaie environnementale.

 

Ce spectacle chaotique en plein centre de la ville donne cette impression que les autorités et les «élus » vivent en dehors de notre réalité. L’oued s’est transformé en un réceptacle d’une partie des eaux usées de la ville, à telle enseigne que l’on ne s’inquiète plus de l’éventrement des égouts datant de l’époque coloniale.

 

Il faut avoir le cœur bien accroché pour traverser le pont reliant la vieille et antique cité de Tigditt à la nouvelle ville de Mostaganem. Le chômage endémique des jeunes produit les pires situations, une jeunesse désœuvrée livrée à elle-même, sans perspectives d’avenir. Elles ne rêvent que de Harga, d’évasion vers un au-delà incertain, mais certainement moins injuste que celui qu’elle vit au quotidien et paradoxalement dans le pays des ancêtres qui ont livré une grande résistance à la colonisation.

Le taux de chômage parmi les jeunes est supérieur à 40%, trouvé un travail dans ces deux quartiers populaires, en dehors des petits métiers de la pêche et du commerce informel est une gageure et relève de l’exploit. Nos murs n’arrivent plus à supporter une jeunesse en détresse et à l’avenir incertain.

Assistons-nous à l’émergence visible d’une société à deux étages hermétiquement clos l’un à l’autre –la société des nantis et celle des laissés pour compte. Est-ce à ça que fut dédiée la guerre de libération- produire une société d’injustice- serait-ce une manière de punir l’antique cité qui donna à Mostaganem son histoire et ses lettres de noblesse. En tous les cas même si l’intention est toute autre, ses effets sont là pour nous autoriser à douter des discours verbeux sans conséquence sur notre vie.

 

Au moment où des budgets colossaux sont dépensés en travaux de prestige, combien de fois furent refais les trottoirs du centre de la ville coloniale et l’éclairage public, nos quartiers sont livrés à eux-mêmes- à se demander si nous sommes encore considérés comme des citoyens au même titre que les autres.

 

Au vu de ce constat, nous informons au plus haut niveau de l’état que cette situation a trop duré et qu’elle n’est plus supportable autant par nous que par nos enfants. Nous réclamons notre part du progrès et pas plus que notre dû pour lequel nos parents ont payé le prix du sang et des privations. En ce sens nous proposons :

 

1- En matière du logement social

La mise en place d’un plan d’urgence de relogement et de construction de nouveaux logements pour rattraper le retard en ce domaine. Ce plan concerté est à négocier avec nos représentants. Les promesses faites par le chef de Daïra en ce qui concerne le quota de logements affectés au titre de l’habitat précaire et de l’habitat social doivent être honorées sans tarder.

 

2-Pour l’entretien, la réhabilitation et la rénovation de la cité antique de Tigditt

Un programme d’urgence de rénovation et d’entretien de la ville de Tigditt et du quartier de l’avenue Renan doit être voté et porté à notre connaissance. La Ville de Mostaganem est aussi prestigieuse que d’autres villes d’Algérie qui ont reçu une affection attentionnée des autorités et des programmes de prestige. A ce sujet, nous ne pensons que Tigditt démérite autant. La cité antique de Tigditt, haut lieu d’histoire, d’identité culturelle et de résistance populaire doit être sauvegardée et promu en cité classée à protéger. Ce plan doit être élaboré et concerté avec toutes les bonnes volontés de la ville. Mostaganem ne manque certainement pas de compétence, d’hommes de la culture et de l’art, et de personnalités jalouses du prestige de leur ville.

 

3- En matière de l’environnement et du ramassage des ordures:

La réhabilitation de l’oued Ain safra, nous ne pouvons tolérer et accepter de vivre encore dans un paysage de désolation affectant gravement la santé des deux quartiers mitoyens. Cette réhabilitation peut se faire en élisant une association  représentative de la société civile. Nous acceptons de donner de notre intelligence et de notre temps pour redonner à cet oued son prestige d’antan. Compte tenu de l’inefficacité du ramassage des ordures, nous proposons que ce service soit affecté à une coopérative de jeunes tenue par la satisfaction d’un cahier des charges et d’éthique avec la population.

 

4- En matière de création d’emplois et la formation professionnelle des jeunes :

Nous proposons que le ramassage des ordures de Tigditt soit confié à une coopérative de jeunes du quartier. Nous engageons dans ce cadre et sans attendre des concertations pour faciliter l’accès aux crédits et aux canaux d’aides de l’état. De même, nous aiderons et participerons aux montages techniques et financiers des projets de résorption du  chômage.

Le centre de formation des pêcheurs doit s’ouvrir aux jeunes. A ce sujet nous invitons les autorités à organiser au centre de Tigditt une caravane d’information sur les métiers modernes de la pêche et de la préservation du littoral. La formation dans cette école doit s’ouvrir aux enfants du quartier en décrochage scolaire classique. Les autorités se doivent de communiquer sur la question et inviter les associations représentatives à améliorer les relations dans les quartiers.

 

5- En matière de représentativité de la société civile :

Au lieu d’entretenir une flopée d’associations courtisanes budgétivores et sans aucun effet bénéfique sur la société civile les autorités ont tout intérêt à encourager et à promouvoir la représentation directe, sincère et patriotique.

En ce sens, la première manifestation de représentativité citoyenne et démocratique s’est manifestée dans les comités de quartiers de Tigditt et de l’avenue Renan. Ces comités sont dument mandatés pour négocier et rendre compte par divers canaux aux habitants.

 

Nous exigeons une libération de la représentation citoyenne, au lieu et place du chantage administratif qui nous est fait lors des dépôts de déclarations des associations


Mostaganem, le 3 février 2012

Suivent les signatures

 

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