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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Moncef Marzouki 

DR

"L'ancien régime, ce n'est pas Ben Ali et les sept familles. Ce sont des milliers de personnes qui tentent de s'opposer par tous les moyens. Après la révolution, ils s'étaient un peu calmé. Puis, quand ils ont vu qu'on ne se lançait pas dans une chasse aux sorcières, ils se sont enhardis et maintenant ils passent à la vitesse supérieure. Les terroristes ont leur propre logique mais là, c'est une logique de politique interne: il faut faire avorter le processus révolutionnaire. Qui y a intérêt? C'est évidemment l'ancien régime"

 

 

Interview au journal Le Monde.fr

 

 

L'opposition vous accuse cependant, Ennahda comme vous, d'avoirbloqué les négociations en refusant des candidatures au poste de premier ministre...

Moncef Marzouki : On m'a appelé pour me dire ça, je suis tombé des nues. Ma fonction est justement de n'appuyer personne, et même si j'ai des sympathies, je dois les cacher. Le dialogue national doit reprendre, c'est une nécessité absolue, sinon le pays entier sera bloqué. L'économie tourne au ralenti et la situation sécuritaire exige une stratégie à long terme pour combattre le terrorisme. Mais j'observe le processus : chaque fois que nous approchons d'une solution, il y a un attentat terroriste. Ce scénario est maintenant bien rodé, et ceux qui sont derrière ont compris qu'ils peuvent le répéter. C'est pour cela qu'il faut accélérer.

 

 

Qui veut déstabiliserla Tunisie ?

Moncef Marzouki : Je pense que c'est essentiellement les partisans de l'ancien régime, les réseaux de l'ère Ben Ali derrière lesquels il y a beaucoup d'argent. Il y a aussi un veto de puissances arabes qui ne veulent pas que la transition démocratique réussisse en Tunisie. Nous entretenons d'excellents rapports avec l'Algérie et la Libye, mais je soupçonne fortement des facteurs exogènes à la région.

 

 

 

Pouvez-vous les nommer?

Moncef Marzouki : Non.

 

 

Pour la première fois, vous mettez en cause des partisans de l'ancien régime. Pourquoi le faireseulement maintenant et pourquoi, dans ces conditions, met-on toujours en avant les salafistes ?

Moncef Marzouki : Une partie des salafistes agit pour elle-même. Une partie est manipulée. Je suis absolument persuadé de l'implication des partisans de l'ancien régime dans un certain nombre d'opérations de déstabilisation en Tunisie, et la police travaille aujourd'hui sur ces liens entre des forces mafieuses et des salafistes. C'est une piste extrêmement importante. Le jour où nous le pourrons, nous exposerons tout cela au peuple. On voulait nous pousser vers un scénario égyptien. Mais nous n'allons pas nous laisser faire et, malgré les difficultés, nous défendrons ce pays.

Il y a une opposition normale, démocratique, cela fait partie du jeu. Mais, il y a aussi beaucoup, beaucoup d'argent sale. L'ancien régime, ce n'est pas Ben Ali et les sept familles. Ce sont des milliers de personnes qui tentent de s'opposer par tous les moyens. Après la révolution, ils s'étaient un peu calmé. Puis, quand ils ont vu qu'on ne se lançait pas dans une chasse aux sorcières, ils se sont enhardis et maintenant ils passent à la vitesse supérieure. Les terroristes ont leur propre logique mais là, c'est une logique de politique interne: il faut faire avorter le processus révolutionnaire. Qui y a intérêt? C'est évidemment l'ancien régime

 

 

L'opposition vous accuse de laxisme avec les extrémistes religieux. N'avez-vous pas aussi commis des erreurs ?

Moncef Marzouki : Oui, nous avons sous-estimé le danger salafiste en nous focalisant sur les défis économiques et politiques. Il faut dire la vérité : nous n'étions pas prêts à cette guerre. Ben Ali a laissé des instruments pour surveiller la population, absolument pas pour combattre le terrorisme. Nous devons le faire sans tomber dans les violations des droits de l'homme. Depuis un an, nous avons mis les bouchées doubles pour donner aux forces de sécurité les moyens et l'entraînement dont ils ont besoin. Les auteurs des assassinats de Chokri Belaïd et de Mohamed Brahmi sont identifiés et traqués. Mais qui aurait pu prévoir comment la situation allait tourner en Libye ou en Syrie ? Une grande partie de nos problèmes vient aussi de là.

 

 

Les militaires ont repris le pouvoiren Egypte, la Libye connaît de graves difficultés, la guerre ravage la Syrie Que reste-t-il du « printemps arabe » ?

Moncef Marzouki : Il reste la Tunisie. Nous savons bien que toutes les révolutions obéissent aux mêmes lois. Elles ont un prix, elles ne profitent jamais à ceux qui les ont faites. La contre-révolution est partout. Si la Tunisie tombe, c'est tout le printemps arabe qui sera mort. Les organisations terroristes auront gagné. Mais je crois que ce qui a été déclenché renaîtra de toute façon. C'est irréversible. Et aux partisans de l'ancien régime, je veux leur dire une chose : vous n'allez pas récupérer votre système.

 

 

Propos recueillis par Isabelle Mandraud, 7 novembre 2013. Le Monde.fr

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