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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

Extrait d'un article daté du 9 août et publié aujourd'hui dans Oumma.com

 

(...) En cherchant à faire endosser à ses adversaires islamistes la responsabilité des conséquences qui pourraient résulter de la dispersion par la force des sit-in populaires, le pouvoir égyptien tente de répondre par avance aux critiques et condamnations qui ne manqueraient pas de suivre un éventuel carnage. Mais il y a des faits tangibles qui ne sauraient passer inaperçus aux yeux des observateurs attentifs. Comment expliquer la fin de non-recevoir opposée par le  pouvoir militaire aux différents médiateurs égyptiens qui ont proposé des initiatives de sortie de crise avec comme point commun le souci de sauver la légitimité constitutionnelle tout en prenant acte de la difficulté d’un retour pur et simple à la situation antérieure au 30 juin ?

 

Durant les deux dernières semaines, outre l’initiative du chef de gouvernement destitué Hicham Qandil, au moins trois initiatives ont vu le jour émanant de personnalités civiles et politiques. Elles s’accordent toutes sur deux principes fondamentaux : 1. Le retour à l’ordre constitutionnel, 2. L’ouverture d’un processus de transition démocratique constitutionnel sans le président Morsi. Comme on peut le constater, les deux principes ont le mérite de satisfaire les revendications contradictoires des deux parties en conflit. Les initiatives en question qui ont été tour à tour proposées dans des versions légèrement différentes par des personnalités civiles, religieuses et politiques, concilient les deux principes en apparence contradictoires par une mesure provisoire intelligente. Le président Morsi revient le temps d’annoncer sa démission qui sera suivie de mesures politiques apaisantes.

 

Dans la première initiative, qui fut l’œuvre d’un groupe de penseurs respectés comprenant notamment Mohamed Selim Al Aoua, Tarek Al Bichri, Mohamed Amara et Fahmi Houeidi, la démission du président Morsi sera accompagnée de la délégation de ses pouvoirs constitutionnels à un premier ministre consensuel auquel reviendra la mission de lancer le processus de transition constitutionnel lequel comprendra des élections législatives et présidentielles anticipées et ce, en vertu des articles 141 et 142 de la Constitution de 2012. Des théologiens proches de la mouvance salafiste, avec à leur tête le célèbre prédicateur Mohammed Hassan, ont également proposé leurs bons offices sans qu’on sache les détails de leur plan. De son côté, le leader du parti de l’Egypte forte, Abdelmouneim Abdelfettouh, qui s’est classé quatrième avec plus de 4 millions de voix au premier tour de l’élection présidentielle de juin 2012 et qui a participé au processus ayant amené à la destitution du président Morsi, a rendu publique une initiative politique qui propose le retour à la constitution de 2012 ainsi que le retour provisoire du président Morsi, le temps d’appeler à une élection présidentielle anticipée.

 

Premières fissures dans le camp putschiste

 

L’initiative de Abdelmouneim Abdelfettouh mérite d’être particulièrement citée dans la mesure où elle émane d’une personnalité politique qui fut jusqu’à un  passé proche un dirigeant de l’aile modérée des Frères Musulmans avant d’en être exclu et qui a malheureusement participé aux tractations qui ont conduit au coup d’Etat mais que les dérapages sanglants du nouveau pouvoir militaire ont fini par convaincre que loin de constituer un « redressement » dans le cours de la révolution, l’éviction du président Morsi a permis aux représentants de l’ancien régime de Moubarak de revenir progressivement au-devant de la scène. C’est donc en toute logique qu’il a pris ses distances avec le nouveau pouvoir issu du coup d’Etat, après avoir dénoncé la répression qui a fauché plusieurs dizaines de manifestants pacifiques, et a commencé à réclamer le retour à la constitution de 2012, la libération des prisonniers politiques et la démission du ministre de l’intérieur et de tous les responsables de la sûreté de l’Etat qui ont été réintégrés dans leurs postes depuis le coup d’Etat.

 

La volte-face de Abdelmouneim Abdelfettouh a sans doute affecté sérieusement le camp du nouveau pouvoir militaire qui voit ainsi s’éloigner un de ses soutiens politiques les plus crédibles. Mais il est  loin d’être le seul. Par opportunisme ou par conscience, la direction du parti salafiste Al Nour a également pris ses distances avec ses alliés militaires et laïcs. Il lui était difficile de faire autrement quand on sait qu’une partie importante de ses bases a rejoint la résistance pacifique au coup d’Etat.

 

De leur côté, les responsables du mouvement du 6 avril et de Tamarrod, tout en continuant à soutenir ce qu’ils appellent pompeusement la « révolution » du 30 juin, n’hésitent plus à dénoncer la répression et à montrer leur inquiétude devant la multiplication des signes d’un retour au régime Moubarak. Enfin, un des piliers politiques et diplomatiques du nouveau pouvoir militaire, Mohamed Al Baradei, n’a pas hésité à exprimer publiquement son rejet de la décision du chef du gouvernement de mandater le ministère de l’intérieur pour disperser par la force les sit-in populaires de la même manière qu’il a condamné les massacres qui ont fait des dizaines de victimes devant le cercle de la Garde républicaine et la place Adawiya. Ces prises de position lui ont valu une campagne hostile et virulente dans les médias publics et privés.

 

Ces rebondissements imprévus et ces fissures dans le camp anti-Morsi ne peuvent laisser indifférents le noyau dur des auteurs du coup d’Etat et c’est ce qui explique peut-être leur nervosité et l’impression qu’ils veulent mettre leurs partenaires diplomatiques occidentaux devant le fait accompli en prétextant après coup qu’ils n’avaient pas le choix de la méthode pour amener leurs coriaces adversaires à la raison (...)

 

 

Texte intégral: Oumma.com

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