Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

 


DR-Rabea Al-Adawiya représentée dans une mosaïque persane

 

 

 

 

 

 

Place Rabea Al-Adawiya au Caire avec les manifestants hostiles au coup d'Etat. Extrait d'un reportage de Chahinaz Gheith publié hier sur le site égyptien d'Al Ahram-hebdo.

 

 

 

Il est déjà midi. Le jeûne dans une chaleur tor­ride, en ces jours du Ramadan, n’a pas dissuadé les partisans du président déchu de venir des divers gouvernorats pour rejoindre les marches et le sit-in à la place de Rabea Al-Adawiya. Des dizaines de milliers d’entre eux, essentiellement des Frères musulmans et des salafistes, mais aussi des Egyptiens se définissant comme « démocrates », s’y sont massés dès la fin de la matinée pour la prière hebdomadaire du vendredi. La plupart n’avaient d’autre choix que de s’asseoir sur le bitume brûlant, la tête protégée par un bout de carton. Les uns brandissent des drapeaux, chantent des hymnes patriotiques, scandent des slogans pro-Morsi, et les autres circulent entre les ven­deurs de jus de fruits et de drapeaux avant de se poster devant l’estrade. Et pour éviter de succom­ber à la chaleur étouffante de l’été, quelques jeunes arrosent la foule à l’aide de brumisateurs de fortune. « N’aie pas peur, nous sommes en train d’asperger les gens ici de pesticides pour la gale », dit Iman, une jeune fille voilée, tout en riant.

 

Professeur d’anglais, celle-ci vient chaque jour à Rabea avec son mari médecin pour soutenir les sit-inneurs. « Je vous supplie, n’écrivez que la vérité ! Nous en avons assez de ces médias du mensonge et de la haine qui ne cessent de déformer notre image », lance-t-elle en assurant que chaque jour apporte un nouveau mensonge. « Une fois, ils disent que nous souffrons de la gale et des maladies endémiques, une autre c’est le djihad sexuel et l’histoire des appartements ou des tentes qui se louent à Rabea, à 20 L.E. la demi-heure. Il y a aussi la chambre souterraine utilisée par Safouat Hégazi et les dirigeants des Frères musulmans pour torturer les gens et les forcer à rester sur place, après avoir confisqué leurs cartes d’identité. La belle affaire ! Le massacre de la garde républicaine. Ils disent que ce sont les Frères musulmans qui l’ont fait pour blanchir l’armée », explique Iman, tout en signalant qu’il ne faut pas aussi oublier la rumeur qui dit que les manifestants de Rabea sont venus seulement pour manger les veaux de Hazemoune distribués gratuitement. Et pour me prouver que c’est faux, elle me signale la tente de ces derniers avec leur slogan célèbre « Vivons dignement ». Une grande tente où les repas gratuits distribués ne sont que des fèves, du fromage et du pain.

 

Soudain, une voix s’élève de la tribune : « Aujourd’hui, dans fachret al-akhbar (appellation ironique pour parler du bulletin d’informations mensongé diffusé par les médias), nous avons la fatwa du guide spirituel Mohamad Badie, qui nous a autorisé à ne pas jeûner pour investir notre énergie dans le djihad et pouvoir continuer notre mobilisation jusqu’au retour de la légitimité ». En effet, ces manifestants ne sont pas coupés du monde, la fermeture de leurs médias a été rapidement compensée par la diffusion, en direct, de leur rassemblement par des chaînes satellites arabes installées à l’étranger, comme Al-Qods, Al-Yarmouk, Al-Jazeera, etc. La mobilisation continue au même rythme. Les Frères musulmans ont même réussi à créer une nouvelle chaîne appelée Ahrar 25 (les libres du 25) pour que tout le monde — et les Egyptiens en premier — puisse suivre le rassemblement aux alentours de la mosquée Rabea Al-Adawiya. Quant à la tribune, les orateurs, différents prédicateurs et dirigeants des Frères musulmans, se succèdent quotidiennement pour encourager les manifestants à rester mobilisés. « C’est un combat de longue haleine. Nous avons devant nous deux vendredis encore qui devraient être un tournant », déclare Mohamad Al-Beltagui, l’un des leaders des Frères musulmans. En fait, ces dirigeants recherchés par la police sont installés à Rabea, protégés par une foule immense. Autrement dit, cet espace occupé par des dizaines de milliers de personnes devient une zone de protection pour ces leaders islamistes. « Je veux dire aux forces armées que ce coup d’Etat est une honte et une trahison, que le peuple égyptien n’acceptera jamais cela et que ce n’est pas à nous de dire qui doit gouverner l’Egypte, mais aux urnes. Al-Sissi, tu n’es qu’un traître. Nous avons péché par naïveté. Nous aurions dû éliminer tous nos ennemis dès le premier jour », a déclaré Safouat Hégazi.

 

Un silence quasi total s’installe lorsque l’imam, qui avait pris place sur un podium devant la mosquée Rabea Al-Adawiya, débute son prêche. Durant près d’une heure, il alterne menaces et appels au calme, capable dans une même phrase de prôner le dialogue avec « l’ennemi », sans jamais citer l’armée ou la police, et de promettre « la vengeance contre les oppresseurs ». « Dieu ! Sauvez-nous ou laissez-nous mourir en martyrs », a-t-il sangloté à la fin de son discours.

 

Convaincus, voire sûrs du retour de Morsi, les partisans de ce dernier refusent de quitter la place. Ils considèrent que ce « coup d’Etat » n’a pas eu lieu et ne sont pas prêts à faire des concessions, y compris la tenue d’une élection présidentielle anticipée sans le rétablissement de Mohamad Morsi. Une situation d’impasse absolue. « Nous allons poursuivre notre résistance. Nous sommes prêts à rester un mois, deux mois, un an et même deux », a déclaré Safouat Hégazi, devant les manifestants réunis devant la mosquée de Rabae Al-Adawiya. « Certaines femmes ont proposé d’emmener des fours pour cuisiner les kahks de l’Aïd », a-t-il dit, en référence à la fête du petit baïram .

 

Source: hebdo.ahram.org

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article