Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

Il arrive aux « instances » locales de Boutlélis meubler leur programme du 8 mars en mettant en avant la centenaire, mais le reste de l’année les « services sociaux » sont aux abonnés absents.

 

 

 

 

DR

 

Doyenne des Oranaises,

 

Meriem Talhi a passé tous les 8 mars sous une tôle d’amiante

 

Par Abdelkader B

 

 

 

A l'occasion du 8 mars, Journée mondiale de la femme, Meriem Talhi, doyenne des femmes de la commune de Boutlelis, n'a pas besoin de fleurs mais d'une sérieuse prise en charge de la part des pouvoirs publics. Née présumée en 1902, à Bouyakour, commune de Boutlelis, localité située à une trentaine de kilomètres à l'ouest de la ville d'Oran, cette vieille femme dépasse en réalité 110 ans d'après de vieilles personnes résidant dans la même agglomération. Un vieil homme dira à son sujet : «Je suis âgé de 84 ans ; lorsque j'avais 20 ans, Meriem avait au moins 30 ans de plus que moi ; cette vieille femme doit avoir près de 115 ans. Lorsqu'elle était lucide, elle nous parlait d’anciennes personnes que nous n'avons jamais connues.Pendant l'ère coloniale, les naissances des citoyens algériens n'étaient portées sur les registres matrice que 7 ou 10 ans plus tard et parfois plus», précise notre interlocuteur.

 

Ce qui est sûr et même certain, c'est que Meriem dépasse largement les 100 ans. Elle ne s'est jamais mariée. Elle a passé la moitié de sa vie dans un gourbi. Actuellement, c'est dans une habitation de deux pièces et sous une toiture en tôle d'amiante qu'elle habite avec sa nièce Djamila, qui prend soin d'elle, une nièce qui, il y a deux ans, refusait de se marier pour ne pas abandonner sa vieille tante.

 

«Ça fait à peine deux ans qu'elle a accepté de se marier, avec comme condition de ne pas se séparer d'elle», dira un de ses proches. Djamila, qui n'a aucune source de revenus, raconte que sa tante perçoit une pension mensuelle de 3000 DA, ce qui n'est même pas suffisant pour lui acheter des couches, s'exprime-t-elle, avant d'ajouter : «Comme vous pouvez le constater, ma tante occupe une pièce à la toiture en amiante. Lorsqu'il pleut, l'eau s'y infiltre ; c'est un véritable frigo, et en été, cette pièce se transforme en four. Ma tante, vieille et malade, est à longueur de journée alitée. Elle ne parle pas, ce n'est qu'avec des signes de la main qu'elle s'exprime. Pour la faire sortir dans la cour afin de prendre un peu l'air lorsqu'il fait beau, je dois la porter dans mes bras comme un enfant. On n'a même pas une chaise roulante pour la déplacer. Etant sans ressources, je n'ai pas les moyens de lui en payer une».


 

«Services sociaux, où êtes-vous ?»

 

 

«Sincèrement, lorsque je pense à la situation fort précaire de ma tante, je me demande à quoi servent certains organismes censés apporter de l'aide à des cas semblables»,indique notre interlocutrice, ajoutant : «nées toutes les deux ici à Bouyakour, nous n'avons même pas mérité la régularisation de la situation administrative de la maison que nous occupons depuis de très longues années. C'est pour vous dire à quel point nous sommes ignorées», précise

 

Six ans auparavant, la centenaire a développé une gangrène au pied droit, après un traitement médical qui s'est avéré inefficace. Djamila a eu recours à la médecine traditionnelle : sur les orteils gangrenés de sa tante, elle a appliqué une herbe qu'elle a enveloppée d'un chiffon propre en guise de pansement. Le lendemain, en voulant changer le pansement, elle a constaté, effrayée, que les orteils de sa tante se sont détachés du pied, et depuis, la vieille femme ne souffre plus de cette maladie.

 

Par ailleurs, dans la commune de Hassi Bounif, située à l'est de la ville d'Oran, c'est une femme âgée de soixante ans qui s'est rendue au siège de l'annexe de l'APC pour s'informer des documents à fournir pour bénéficier du couffin de Ramadhan. Lorsqu'elle a appris qu'il fallait un extrait de rôle et une attestation de non salariée délivrée par la Casnos, et dans l'impossibilité de réunir cette paperasse, elle lança : «ça ne fait rien, Dieu est Grand, il se peut qu'il existe des gens plus nécessiteux que moi. Je leur laisse ma part». Renseignements pris, cette femme est célibataire, elle fait le ménage chez différentes familles pour nourrir son frère handicapé moteur, âgé de soixante et onze ans.

 

C'est ça le combat de certaines femmes, anonymes, qui sacrifient leur vie pour le bien-être des autres et qui méritent du respect et un vibrant hommage en cette journée du 8 mars.

 

 

 

Abdelkader B., 9 mars 2013. Le Temps d’Algérie

 

 

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article