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Publié par Saoudi Abdelaziz

Karim Hadji évoque sur son site Jijel-Archéo, la randonnée qu’il a effectuée l’année dernière à la découverte du « beau territoire des Beni-Caïd ». (Son ami Nadjib, qui l’a accompagné, n’est autre que le condjador de la chronique). D’un sépulcre antique, Hadji dit : «Désormais, pour moi il sera le « Dormant de Dar el Batah ».

 

 

Vendredi 11 février 2011

 

 

J'ai déjà fait des randonnées très loin de Jijel, et à peu près moins de deux près de la ville. Pourquoi ? Je ne peux répondre. Je me dis sans doute que c'est tout près et qu'une demi-journée pourrait suffire pour visiter un tant soit peu les environs. Mais un jour un nouveau copain me fit cette remarque et me dissuada de programmer une sortie du côté des Béni Caïd. Il insista pour qu'on aille visiter deux de ses fans, Sidi L'harbi et Sidi Lebsir. Il ne cessait pas de m'en parler. Il était enthousiasmé. Au delà de la ballade, il voulait que l’on jette un regard récent sur ce beau territoire des Béni Caïd, que l’on parle un peu d’histoire bien que ce ne soit pas le cas aujourd’hui. Pour le découvrir également. Mais vous en convenez qu’il est impossible de visiter en une seule journée tenante un espace aussi vaste et si escarpé

 

Mon présent ami s'appelle Nadjib et il travaille justement un morceau de terre dans les environs qu'il cultive avec acharnement. Il espère fructifier ses quelques ares inclinés en direction de l'oued el Hanout, lui qui a tant craché au bord de mer et souffert de l'horizontalité.

 

On s'était pris rendez-vous pour le 11 février 2011, le matin. Il y a un an déjà, je le sais, je le sens que vous allez dès maintenant protester. Nous prenons ensemble le bus pour la haute ville déchiquetée par les habitations illicites et les immeubles semi-soviétiques. On descend à l'arrêt de «l' EKETE », du nom de l'entreprise grecque qui y a construit ces immeubles dans les années 80. Certains appellent cette cité les « Grecs ». Les nostalgiques « Madame Hibou», une française mais pas sur de l'orthographe de son nom. Succession d'aberrations toponymiques que l'Algérie a enfantées dans sa douleur urbaine. Des noms et des logos étrangers pour désigner nos cités et nos jungles urbaines. Une honte assumée !

 

Deux autres exemples. Le quartier Hidra à El Akabi, j'ai volontairement remplacé le y; que viens faire ce vocable à Jijel, il n'existe aucune ressemblance avec la belle Hydra d'Alger. Mes amis, on est ni dans une résidence, ni dans une casbah, ce n'est qu'un tas de béton mal malaxé et informe surplombant des gouffres déshydratés. Et secundo, la cité Maroc à Émir Abdelkader ex Strasbourg. Excusez-moi, j'ai rien compris ! Et alors pourquoi Maroc ? On rapporte que c'est le siège d'un nouveau trafic de drogue, de Haschich. Quel hommage pour Sidi Ali. S'il venait à se réveiller...?

 

Situé à deux pas de la brigade de gendarmerie qui s'est offerte des buildings en pleine campagne, le conglomérat est pourtant cernée de H'chich, de beaux près verts que l'on grignote tristement de jour en jour. Dans quelques années, on ne retrouvera plus ce gracieux paysage.

 

 

El Houamra

 

 

Quittons cette parenthèse pour emprunter une route montante qui annonce la campagne verte, juste après le dernier barrage de police. À partir d'ici, nous allons épouser la couleur des Béni Caïd; nous frappons à l’une de ces portes. Pour vos connaissances, les Béni Caïd est la tribu la plus proche de la ville de Jijel, si on excepte celle des Béni Amrane qui lui est également mitoyenne. Son territoire est entièrement à l’intérieur de la commune de celle-ci. Selon les anciens, les caïdis descendraient d’un ancêtre venu des Babors dénommé Moussa. Ils auraient par la suite pris la dénomination des Béni Caïd, corruption sans doute du mot Béni Kaïm, qui signifierait les enfants du puissant, du fort, du redoutable… Puisqu’on est dans les mythes et les origines historiques, voyons ce que l’on peut ajouter comme autre information.

 

Selon une légende rapportée par l’histoire orale traditionnelle de la région El Akbia, une famille se serait séparée des Béni Caïd de Jijel au 16e siècle pour s’installer dans ce nouveau terroir près d’El Milia. Leur patriarche s’appelait Boudjelel et était accompagné de ses trois fils – Messaoud, Saïd et Khaled - . Le premier s’est installé à El Akbia, le deuxième à Amidj et le dernier à Benihai. Voilà pour l’histoire. C’est à vous de continuer. Moi, je retourne à mes sandales, non sans vous donner la liste des descendants de ce Kaïm. D'ailleurs, où pourrait-il être enterré?

 

En vert et contre tous, délaissons le bleu bien loin. Oui, les arbres et la police ça ne marche pas ensemble. Nous ne sentirons plus la mer. On ne verra plus la police. À nous les joies des libertés paysannes.

 

Mon ami qui marche plus vite, me montre de son doigt religieux l'endroit présumé d'un autre saint, si c'en est un, celui de Sidi el Harbi. Au bout dit-il, d'un chemin à droite menant vers un endroit ombragé et humide presque noir, parmi un paysage caché par une succession de maisons anciennes et de toutes nouvelles. Il s'immobilise pour me le confirmer.

-C'est ici que j'ai vu dernièrement une nuée de femmes jaillir de ce sentier. Elles ne pouvaient provenir que du mausolée du saint, dit-il.
-Il ajouta : on ne peut pas y aller, il y a beaucoup de maisons. Même si ces gens de la fratrie d'el Houamra nous connaissent, on préfère s'y convenir avec un guide. Ben ! Oui, il faut respecter les gens. Un autre jour sûrement (…)

 

 

Karim Hadji, 26 mars 2012

 

Lire la suite du récit accompagné de photos de paysages et de sites archéologiques, prises à cette occasion : Jijel-Archéo

 

 

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