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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Pour les citoyens, c’est d’abord le gouvernement, la puissance publique, qui est responsable de la santé des citoyens et de l’accès au médicament. Aujourd’hui un premier ministre, en poste depuis trois ans et demi, fait mine de « découvrir » les lacunes de son ministère de la santé et convoque une réunion interministérielle d’urgence pour le 10 novembre pour y remédier.

 

El Watan vers qui Ouyahia a fait fuiter un document « portant le cachet confidentiel » s’empresse de titrer sur huit colonnes à la une : « Graves accusations d’Ouyahia contre Ould Abbès ».

 

Dans cette lettre Ouyahia découvre enfin les pénuries et les scandales. Selon El Watan, le Premier ministre regrette – dans cette correspondance « confidentielle», dont on lui a complaisamment adressé une copie – que « cette situation ait eu des répercussions négatives sur les établissements hospitaliers, générant des dysfonctionnements au niveau des activités de soins, notamment dans les blocs opératoires, et le report des séances de chimiothérapie et de radiothérapie ».

 

Pourtant ces dysfonctionnements, que le Premier ministre fait mine de découvrir, sont là depuis de longs mois, dévoilés au grand jour par la presse, les blogs, les spécialistes les associations de malades qui n’ont pas cessé d’attirer l’attention sur la situation désastreuse.

 

Selon El Watan, la réunion interministérielle prévue demain sera « l’occasion de poser les vrais problèmes et de s’attaquer sérieusement à ce mal qui gangrène le secteur de la santé ».

 

Mieux vaut tard que jamais, certes, mais n’est-ce pas une façon de dire « on efface tout et on recommence ». La crise du médicament n’a pas été provoquée par un seul ministère. La disparition du rôle régulateur de l’état est le résultat de facteurs autrement plus graves que les déficiences d’une administration ministérielle. Elle vient de ce que les mécanismes de décisions dans des secteurs vitaux continuent d’être contrôlés ou pervertis par des lobbys et intérêts privés.

 

S. A.

 

 

Rupture de stocks de médicaments

 

Graves accusations d’Ouyahia contre Ould Abbès

 

Ahmed Ouyahia a vivement exprimé, dans une instruction au ministre de la Santé, son inquiétude quant à la persistance des ruptures de stocks de médicaments au niveau de la PCH et ses conséquences sur les établissements hospitaliers et la prise en charge des malades. Il y confirme une double rupture des médicaments dans les hôpitaux et les pharmacies, en tient nommément pour responsable Djamel Ould Abbès et convoque une réunion pour faire la lumière sur cette situation.

 

Le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a convoqué officiellement les ministres des Finances et de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, le directeur de la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH), M. Delih, et le PDG du groupe Saidal, M. Derkaoui, pour une réunion de travail, demain après-midi.
A l’ordre du jour de cette réunion restreinte : la pénurie persistante des médicaments que le ministre de la Santé, Djamel Ould Abbès, tente de camoufler depuis plusieurs mois.

Le directeur de la PCH aura ainsi à présenter la situation financière de cette institution, dont le découvert bancaire a atteint le seuil astronomique de plus de 3 milliards de dinars. Une situation qui a contraint la PCH à renoncer, et ce, depuis plusieurs mois, à l’ouverture de lettres de crédit pour l’importation des médicaments essentiels dont les hôpitaux ont constamment besoin et en grandes quantités. En difficulté financière, la PCH n’a pas pu honorer ses factures auprès des fournisseurs locaux. Ces derniers ont, à cet effet, cessé, depuis quelques mois, d’approvisionner la PCH tant que les factures ne sont pas honorées.


Un constat accablant


Lourdement pénalisés par cette situation, les fournisseurs locaux n’ont pas caché leur surprise de voir la PCH recourir à l’ouverture de lettres de crédit pour les fournisseurs étrangers avec tous les intérêts que les banques prélèvent. Cela au moment où elle n’arrive pas à éponger ses dettes envers des locaux. L’exemple des solutés massifs est édifiant. La PCH s’apprête à importer 8 millions de poches de sérum salé et glucosé auprès d’un laboratoire français – qui a exigé au préalable le payement des passifs – à un prix plus élevé que celui proposé par les producteurs locaux, à l’instar du groupe public Saidal et de l’IMC.
C’est le cas aussi du projet d’installation en Algérie du laboratoire saoudien Julphare, en collaboration avec la PCH, pour la production de solutés, alors que le groupe Saidal, qui dispose déjà d’une expertise dans le domaine, a les capacités de couvrir plus de la moitié des besoins nationaux qui seront complétés par l’IMC. Pourquoi ces deux producteurs nationaux n’ont-ils pas été associés à ce projet ?

 

La question reste sans réponse.


Par ailleurs, la PCH se défend en signalant qu’elle attend le recouvrement de 5 milliards de dinars auprès des hôpitaux, dont la dette a atteint les 17 milliards de dinars. Les hôpitaux, pour leur part, sont tenus de respecter les dispositions du code des marchés publics, alors que la commission des marchés du ministère des Finances tarde à libérer les marchés aux hôpitaux. Cette situation a terriblement perturbé les activités médicales au niveau des structures hospitalières et sérieusement affecté les malades hospitalisés. Un effet boule de neige a ainsi mis l’institution dans une situation catastrophique, se répercutant négativement sur la santé de milliers d’Algériens. Mais Djamel Ould Abbès semble plutôt satisfait de cette situation, allant jusqu’à se féliciter d’avoir réduit la facture d’importation des médicaments de 94 millions de dollars.


Les instructions de M. Ouyahia


La réunion de jeudi sera, sans doute, l’occasion de poser les vrais problèmes et de s’attaquer sérieusement à ce mal qui gangrène le secteur de la santé. Cette rencontre intervient probablement dans le cadre de l’instruction du Premier ministre adressée le 20 octobre dernier au ministre de la Santé – dont une copie a été adressée au président de la République – où il a exprimé ses inquiétudes face aux ruptures de stocks de médicaments au niveau de la PCH.
Le Premier ministre regrette – dans sa correspondance portant le cachet «confidentiel», dont El Watan détient une copie – que cette situation ait eu des répercussions négatives sur les établissements hospitaliers, générant des dysfonctionnements au niveau des activités de soins, notamment dans les blocs opératoires, et le report des séances de chimiothérapie et de radiothérapie.

Un constat alarmant dont «la responsabilité relève, selon Ahmed Ouyahia (…) de votre département avec le retard dans la signature des programmes à l’importation de médicaments qui n’a pu être fait qu’au troisième trimestre dernier, alors qu’ils devaient être remis aux opérateurs le dernier trimestre  2010 ». Et de rappeler au ministre de la Santé : «La rupture des stocks au niveau de la PCH a été un des premiers dossiers qui vous a été confié juste après votre installation à ce département en insistant sur la régularisation définitive et la facilitation relative aux mesures financières permettant son aboutissement. Devant cet état de fait, des mesures urgentes doivent donc être prises sous votre responsabilité directe, poursuit le Premier ministre, afin de mettre un terme à ces ruptures.»
M. Ould Abbès est donc chargé par le Premier ministre d’assurer, par n’importe quel moyen, un approvisionnement régulier des hôpitaux des produits actuellement en rupture et la reconstitution de leurs stocks au niveau de la PCH.

Il est également chargé de veiller personnellement au suivi mensuel de la situation des stocks et les taux de couverture et d’en informer le Premier ministre qui exige la signature personnelle de Djamel Ould Abbès en attendant le premier rapport, qui doit être remis début décembre. La troisième instruction recommande l’installation, dans les plus brefs délais, de l’Agence nationale du médicament, dont le décret présidentiel (signé en juillet 2008) relatif à la promotion de la santé, «il n’y a pas de doute que cette agence contribuera à l’amélioration de la disponibilité du médicament», a indiqué Ahmed Ouyahia.
La dernière instruction exige du ministre de la Santé de «constituer un dossier lié à l’approvisionnement organisé des structures hospitalières et une gestion plus souple des stocks au niveau de la PCH, conformément au dernier conseil interministériel qui devait avoir lieu en octobre dernier». Ainsi, M. Ouyahia confirme une double rupture des médicaments dans les hôpitaux et dans les pharmacies, lesquelles commercialisent au moins 80% des produits contenus dans les programmes à l’importation remis tardivement aux opérateurs.

 
Djamila Kourta, 9 novembre 2011. El Watan
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