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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

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Des enfants palestiniens portent une affiche de Marwan Barghouti, le leader du Fatah emprisonné. - Photo : Reuters/Nayef Hashlamoun

 

 

 

Il y a deux mois Marwane Barghouti, le leader historique de l'intifada qui entamait sa douzième année de détention ,  avait été interrogé sur "la médiation américaine pour faire avancer le processus de paix, ainsi que la relance de l’initiative arabe de paix". A-t-il été entendu par l'Administration américaine?

 

EXTRAITS DE L'INTERVIEW

 

 

Barghouti-La paix au Moyen-Orient sous l’égide des États-Unis a échoué en raison de leur alignement complet sur Israël. Si les États-Unis veulent obtenir des résultats et promouvoir la paix dans la région, ils doivent explicitement et clairement dire à son allié de cesser l’occupation des territoires de 1967, d’ouvrir la voie à l’établissement d’un État palestinien dont la capitale sera Jérusalem-Est et qui coexistera en paix avec Israël. En outre, Israël doit mettre en œuvre la résolution 194 sur le droit au retour et libérer tous les détenus.

L’administration américaine doit profondément réfléchir sur les raisons qui font que ses efforts ont été futiles depuis 20 ans. Elle comprendra alors que cet échec est le résultat de son alignement sur Israël et de son soutien absolu de la position israélienne. Maintenant, le moment est venu pour les États-Unis de prendre une décision audacieuse et de faire la paix au Moyen-Orient dès que possible, car il est déjà tard et si rien ne change, le risque est que la lutte nationale se transforme très bientôt en un conflit irrémédiable. L’initiative arabe pour la paix, la plus en recul de toutes celles qui ont jamais été faites par les Arabes pour trouver un accord avec Israël. Les déclarations de la délégation ministérielle arabe à Washington sur la modification des frontières de 1967 et l’acceptation d’échanges de terres, affaiblit grandement la position arabe et les droits des Palestiniens et ne peut que stimuler l’appétit d’Israël pour plus de concessions. Nul n’a le droit de modifier les frontières ou d’échanger la terre. Le peuple palestinien insiste sur ​​le retrait total d’Israël aux frontières de 1967 et la suppression des colonies.

 

Comme il n’y a eu aucun progrès politique sur la solution à deux États, de nombreuses suggestions ont été présentées dont une confédération palestino-jordanienne ou un seul État binational. Quelle est votre opinion à ce sujet ?

Jusqu’à présent, la seule solution possible - à la lumière de considérations internationales, régionales et palestiniennes - est la solution à deux États. Cette solution ne doit pas être abandonnée et des efforts doivent être mis en œuvre pour mettre fin à l’occupation et mettre en place un État indépendant et souverain. Les Israéliens doivent savoir que la condition pour que la paix règne un jour dans la région, c’est que l’occupation cesse. C’est pourquoi il est tout d’abord impératif qu’Israël annonce sa volonté de mettre fin à l’occupation, se retire sur les frontières de 1967 et accepte le droit du peuple palestinien à l’autodétermination - y compris son droit à établir un État indépendant et souverain avec Jérusalem-Est comme capitale.

Pourtant, la solution à deux États risque d’être écrasée par les chars de l’occupation et les bulldozers des colonies. Des hommes politiques et des intellectuels palestiniens, y compris des responsables du Fatah, font savoir qu’ils sont en faveur de l’abandon de la solution à deux États, compte tenu de l’intransigeance et de l’opposition d’Israël. Ces personnalités favorisent la lutte pour ​​la réalisation d’un seul État binational, fondé sur la citoyenneté, l’égalité et l’élimination du régime israélien discriminatoire qui est basé sur l’occupation, la colonisation et la ségrégation.

Je reste persuadé qu’il y a une chance de parvenir à la solution à deux États, si Israël accepte honnêtement et sans arrière pensée de se retirer sur les frontières de 1967 et reconnaît un État pleinement souverain. Si la solution à deux États échoue, ce qui adviendra ne sera pas une solution à un seul État binational, mais un conflit permanent mettant en jeu des questions existentielles - le type même de conflit qui ne connaît pas de juste milieu.

 

 

On dit que la paix avec les Palestiniens n’est plus une priorité pour Israël, parce qu’ils se concentrent maintenant sur la gestion des menaces de l’Iran, du Hezbollah et de la Syrie. Que faudrait-il faire pour convaincre Israël qu’il est important de parvenir à une paix finale avec les Palestiniens ?

La réalité est que le peuple palestinien existe dans la région, et continuera d’exister dans le futur. La clé de la paix et de la stabilité au Moyen-Orient est la fin de l’occupation et l’établissement d’un État palestinien indépendant et pleinement souverain. La paix avec les pays de la région ne conduira pas à une stabilité totale.

Les Israéliens se méprennent s’ils pensent que le statu quo ne changera pas. Il faut qu’ils réalisent qu’il n’y aura pas de sécurité sans paix. Le peuple arabe a changé, et Israël ne peut pas défier la région pour toujours. Il a une chance de parvenir à la paix avec l’actuelle Autorité palestinienne (AP) et cette opportunité pourrait ne pas se reproduire.

De plus, Israël a évité de parvenir à une solution avec les Palestiniens et a négligé les droits du peuple palestinien à la liberté, au retour et à l’indépendance. Ceci est caractéristique d’un comportement colonial tyrannique et ressemble à celui d’une autruche qui cache sa tête dans le sable. Israël a perdu une chance historique de parvenir à la paix au cours des huit dernières années, pendant la présidence de Mahmoud Abbas à l’AP. Abbas a mis en œuvre tout ce que requérait la feuille de route, et il y eut une certaine atmosphère de paix et de sécurité à laquelle les Israéliens n’avaient jamais rêvé pendant les années d’occupation.

Abbas s’est également opposé à toutes formes de résistance armée, et il a établi une coordination sécuritaire sans précédent avec Israël. Qu’a offert Israël aux Palestiniens en échange ? Ils ont judaïsé Jérusalem, expulsé ses habitants, pris le contrôle de ses terres, arrêté ses enfants et fermé ses organisations. Pendant ce temps, en Cisjordanie, ils ont accéléré la construction des colonies et l’expropriation des pierres, détruit davantage de maisons et procédé à davantage d’arrestations... ce qui, à la fin, a détruit la solution à deux États et les espoirs ultérieurs de paix.

 

Il semble qu’il y ait une nouvelle vague de protestations pacifiques contre l’occupation israélienne. Soutenez-vous la résistance armée ou pacifique ?

Le peuple palestinien, torturé et opprimé, a le droit de se défendre par tous les moyens approuvés par la charte des Nations-Unis et le droit international. La résistance globale est plus efficace, et doit être mise en œuvre selon une vision stratégique qui comprend tous les facteurs de pouvoir. Pendant chaque étape, il est sage de choisir les méthodes adéquates de résistance, qui peuvent différer de celles utilisées lors d’autres étapes, en fonction des circonstances et des données. Il ne faut abandonner aucune méthode de résistance.

Dans le « Document des Prisonniers palestiniens » (ou le « Document de réconciliation nationale »), toutes les factions palestiniennes ont été d’accord, à l’unanimité, pour centrer la résistance sur les terres occupées en 1967. Pendant cette étape, l’accent est mis sur la résistance populaire en Cisjordanie et à Jérusalem. Pendant plusieurs années, les Palestiniens ont pratiqué la résistance populaire pacifique, avec des tentatives continues d’apaiser la situation. Pourtant, quelle fut la réponse israélienne ?

 

Beaucoup de gens parlent de l’absence possible du président Abbas. Vous voyez-vous comme un remplaçant potentiel puisque vous jouissez du soutien de nombreux supporters du Fatah ?

Le peuple palestinien seul doit choisir librement et équitablement, par des élections démocratiques, le prochain président. Lorsqu’un consensus sera atteint et qu’une date finale sera fixée pour les prochaines élections, je prendrai ma décision. Il est évident que je suis fier, cependant, de la loyauté et la foi de la population palestinienne en ses personnalités militantes. Je leur revaudrai leur loyauté, et je continuerai à lutter pour que mon peuple obtienne ses droits à la liberté, au retour, à l’indépendance et à la paix.

D’abord et avant tout, l’important pour moi est de garantir un État à mon peuple, en plus de la liberté, du droit au retour et de l’indépendance. J’ai consacré ma vie toute entière à cet objectif, et j’ai participé à des actions de militantisme et de résistance tout en m’accrochant à ma conviction absolue en la justice de cette cause. Je suis certain que la liberté arrivera, tôt ou tard. L’occupation est vouée à disparaitre et son sort n’aura rien à envier à celui du régime raciste d’Afrique du Sud.

 

Dans quelle mesure pensez-vous que le Fatah a réussi à atteindre ses objectifs politiques, compte tenu de son histoire ?

Le Fatah a constitué la première réponse palestinienne collective à la catastrophe des réfugiés et à l’état de dispersion et de contrainte. Il a rendu au peuple palestinien son identité nationale, après qu’elle a été balayée par le poids de la Nakba. Il a rétabli le mouvement national, dirigé par l’OLP, et fait d’énormes sacrifices. Par ailleurs, le Fatah a ramené la Palestine sur la carte politique du Moyen-Orient, après les tentatives de l’enterrer et de la supprimer pour de bon.

Cependant, l’échec du processus de paix a provoqué des dégâts importants au Fatah, qui a fait de sérieux efforts pour pousser ce processus vers le succès, pour parvenir à un État indépendant et rétablir la paix. Le mouvement n’a pas atteint cet objectif ultime pour notre peuple à cause de la politique des gouvernements israéliens successifs et de l’absence d’un dirigeant israélien sérieux prêt à mettre fin à l’occupation. Israël n’a ni le « De Gaulle » qui a mis fin au colonialisme français en Algérie, ni le « De Klerk » qui a liquidé le régime d’apartheid en Afrique du Sud.

Le mouvement Fatah est confronté à un certain nombre de défis importants, notamment : mettre fin à l’occupation et établir un État indépendant, garantissant le droit au retour des réfugiés, la libération des prisonniers, l’éradication de la division, parvenant à la réconciliation et à l’unité nationale, établissant un partenariat national fondé sur la démocratie, développant ses réalisations internes, promouvant une démocratie qui a établi des cadres et désigné des dirigeants, et tenant sa septième conférence l’année prochaine.

 

 

Quelle est votre opinion sur le soi-disant Printemps arabe ? Que signifie-t-il pour vous et les Palestiniens ?

 

Les révolutions arabes démocratiques sont des événements historiques gigantesques pour la nation arabe, qui prouvent qu’elle est vivante et qu’elle vibre. Les jeunes générations n’acceptent pas l’oppression, la dictature, l’oppression et la répression des libertés. Elles refusent de vivre sous des régimes bancals, impuissants et serviles, privés de leur libre arbitre et qui sont soumis à la domination politique, économique et sécuritaire des États-Unis.

Tout au long des dernières décennies, les nations arabes n’ont pas réussi - que ce soit seules ou collectivement - à mettre sur pied des régime politiques démocratiques. Pour cette raison, les révolutions arabes ont montré l’authenticité de notre peuple. Nous avons assisté à la première phase des révolutions, qui a vu la chute de plusieurs régimes. Pendant ce temps, d’autres régimes en ont profité pour prendre des mesures remarquables vers la réforme, en promulguant de nouvelles constitutions qui ont mis fin à des années de dictature, d’oppression et de tyrannie. Par conséquent, ceci a jeté les bases d’un régime arabe démocratique qui respecte le pluralisme politique, religieux et intellectuel et la création d’un État indépendant.

 

Comment voyez-vous les rôles du Qatar, de l’Iran et de l’Égypte vis-à-vis de la cause palestinienne ?

Il y a un ralentissement historique arabe et islamique dangereux lorsqu’il s’agit de la terre palestinienne et de son peuple, de sa cause et de son caractère sacré. Malgré le soutien apporté dans un domaine ou un autre, ce n’est pas suffisant. L’aide apportée n’est pas à la hauteur des dangers d’agression, d’occupation, de colonisation et de judaïsation de Jérusalem, sans oublier les attaques quotidiennes contre les lieux saints.

Tous les pays arabes doivent jouer un rôle clé dans le soutien à la lutte du peuple palestinien, afin de la rehausser à tous les niveaux pour mettre fin à l’occupation et établir un Etat palestinien pleinement souverain et indépendant, avec Jérusalem pour capitale. Ils devraient également jouer un rôle encore plus important, sérieux et impartial, pour parvenir à la réconciliation et à l’unité nationales. Nous leur demandons d’user de leurs capacités et de leurs pouvoirs dans l’intérêt du peuple palestinien et de sa juste lutte pour la liberté, le droit au retour et l’indépendance.

Interview publiée dans  Al Monitor, le 28 mai 2013

Lien: info-palestine.eu

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