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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

 

 

 

Dans un éditorial intitulé "Danielgate. Le roi, un homme comme les autres", le journal marocain Tel Quel tire les leçons de "l'erreur royale". EXTRAIT:

 

 

 

Le Coût politique

 

 

 

Sur le plan politique en revanche, la monarchie n’est pas sortie indemne de cette affaire. Pour la première fois elle a dû admettre qu’elle a commis une « erreur », elle a dû revenir sur une décision, elle a dû désigner un responsable, elle a dû communiquer comme jamais elle ne l’a fait… C’est toute la magnificence du roi au pouvoir divin, qui a pris un sérieux coup. Mohammed VI devient alors un homme comme les autres : un chef d’Etat qui peut commettre des erreurs, qui peut assumer ses responsabilités, qui peut réparer ses erreurs.

 

 

 

La monarchie gagnerait donc à se livrer à un exercice d’introspection pour tirer les enseignements du stress test qu’elle vient de passer. Le roi a fait l’aveu selon lequel il était mal informé. A lui alors de remettre à plat son circuit d’information. Un circuit dont on ne connaît strictement rien. C’est un mystère aussi épais que les murailles du sérail. Sauf que le Danielgate est la preuve irréfutable que ce circuit est défaillant. Qu’il contient une brèche béante, laissant une grande marge d’erreur, si ce n’est une marge d’instrumentalisation. C’est peut-être cela qui nous a valu les précédents ratages spectaculaires, (îlot Leila, pétrole de Talsint, procès d’opinion…) qui ont terni l’image du Maroc et l’éclat de sa couronne.

 

 

 

Jusque-là, les mesures politiques prises à la suite de ce scandale restent peu convaincantes. Elles ne sont pas suffisantes comme gage sur l’infaillibilité du processus de prise de décision au palais. L’annonce de la réforme du système de la grâce royale est une décision élémentaire. La révocation de Hafid Benhachem sonne comme la désignation d’un bouc émissaire sur mesure : un serviteur qui va accepter de porter le chapeau sans moufter. Un tour de passe-passe makhzenien pour clore l’affaire mais qui ne dupera personne. Il est difficile de faire croire que la chaîne des responsabilités se limite au niveau de la délégation générale de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion. Cet organisme que dirigeait Benhachem n’est qu’un membre parmi six autres qui siègent dans la commission des grâces royales. Où étaient alors les cinq autres membres ? Qui représentait le cabinet royal (institution dont on ne connaît pas l’organigramme) qui dispose d’un siège dans cette commission ? Et puis, dans toute la kyrielle des conseillers que le roi a lui-même recruté, il n’y a eu personne pour rattraper le supposé loupé de Benhachem qui « a transmis par inadvertance des informations erronées » ? A quoi servent alors les conseillers de Sa Majesté ? Sont-ils tous blancs comme neige dans ce cafouillage ? Ne serait-ce pas à leur niveau que les deux listes transmises par la diplomatie espagnole ont été fusionnées comme semblent le confirmer les médias ibériques ? Le ministre de l’Intérieur et le procureur général près la cour de cassation qui ont diligenté l’enquête n’ont pas tenu de conférence de presse. A priori, ils ne le feront jamais. Pourtant beaucoup de zones d’ombres persistent dans cette affaire. Et il y a aussi les responsables de la répression sauvage de la manifestation de vendredi dernier qui n’ont pas encore été désignés. La plainte déposée par la société civile contre le ministère de l’Intérieur donnera-t-elle des résultats ? On verra…

 

 

 

En définitive, la monarchie gagnerait à continuer sur sa lancée de ces derniers jours et à approfondir davantage cette affaire. C’est son devoir de tout mettre en œuvre pour que les marocains puissent connaître dans le détail, ce qui s’est réellement passé. Ce serait là, un message politique fort qui démontrerait la capacité du régime à apprendre de ses erreurs. Cela montrerait également que le roi est effectivement en « phase avec son peuple ». Un peuple qui a du verser son sang pour lui permettre d’être mieux informé. En permettant d’établir la vérité, toute la vérité, Mohammed VI, le chef d’Etat, l’homme, en sortira grandi.

 

TelQuel

 

 

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