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Publié par Saoudi Abdelaziz

DR-Juin 2011

 

 

 

 

 

"Que des Marocains de tout bord, dans toutes les villes, peuvent se donner rendez-vous dans la rue pour sonner l’heure du changement, pour contraindre les acteurs politiques et économiques à se mettre en phase avec la population. Ils l’ont fait en 2011, ils le referont à nouveau quand la jauge de déception virera au rouge. Ce jour viendra, c’est juste une question de temps".

 

 

 

 

Retour vers le futur

 

 

 

 

Editorial de par Fahd Iraqi, 18 juillet 2013. Tel Quel

 

 

                                                           Il suffit de remonter le temps deux ans en arrière pour                                                            se rappeler que le peuple peut cesser de subir.

 

 

“Le Choc des Temps” a été le thème de la dernière édition des rencontres économiques d’Aix-en-Provence (France). Universitaires, politiques, chefs d’entreprise et représentants des institutions internationales ont discuté des difficultés à gérer les décalages entre les différents horizons temporels. Ils ont conclu que l’entreprise, la finance, la politique et les institutions s’inscrivent dans des temps différents qui s’entrechoquent. Ce gap cristallise, selon eux, les difficultés pour l’économie mondiale à sortir de la crise.

 

A notre petite échelle, nous vivons aussi ce choc des temps. Il y a un décalage entre le temps des citoyens, le temps de l’entreprise, le temps des politiques et le temps de la monarchie. Ils ne sont pas synchro et le risque de collision est omniprésent.

 

La monarchie est le maître du temps. Elle le gère en partant du principe qu’elle est là pour toujours et adapte alors sa cadence au gré des événements. La monarchie peut aller très lentement (douze ans pour concéder une réforme constitutionnelle), ou au contraire lancer des projets en avance sur notre temps (énergies vertes, TGV…). Elle peut aller très vite (une nouvelle constitution et un gouvernement en huit mois chrono), comme elle peut lever le pied à l’image de ces dix-huit derniers mois où la machine des réformes institutionnelles a arrêté de tourner. Pis, avec un Makhzen qui reprend petit à petit des attributs de pouvoir -laissés dans le flou par la nouvelle loi fondamentale-, on a l’impression que la transition démocratique est en marche arrière. C’est comme si la pendule s’était mise à tourner à l’envers !

 

Mais si c’est la monarchie qui donne le ton politique, elle le fait presque par défaut. Elle n’est pas challengée par les autres acteurs. Les partis lui laissent le chrono. Pour illustrer cela, il n’y a pas mieux que cette crise gouvernementale, dont la saison 2 est partie pour être la plus hilarante des sitcoms ramadaniennes. Hamid Chabat a mis deux mois pour activer la décision souveraine de son parti de se retirer de la majorité (voir p. 16). Il attendait un arbitrage royal qui n’avait pas lieu d’être et qui n’a d’ailleurs pas eu lieu. Pendant ce temps, Abdelilah Benkirane n’a presque pas bougé pensant peut-être que le sursis allait durer encore longtemps. Aujourd’hui, il est pressé de trouver un nouvel allié pour former une nouvelle majorité. Et il n’a presque aucun autre choix que de convaincre le RNI et d’oublier les échanges de “gentillesses” d’antan avec le parti de Salaheddine Mezouar. A défaut de constantes idéologiques, les discours changent, les temps changent…

 

Quand il n’est pas calé sur l’agenda royal, le temps des politiques est réglé sur les échéances électorales. On s’active en fin de mandat pour espérer gagner un autre mandat, pour espérer gagner du temps. Jour après jour, certains de nos élus nous prouvent qu’un fauteuil de député ou de conseiller est comparable à une vulgaire grima. Quel meilleur exemple que cette deuxième chambre -une hérésie constitutionnelle- qui refuse de se renouveler, qui refuse de se mettre dans l’air du temps.

 

Le temps de l’entreprise, de son côté, est calé sur un autre fuseau horaire. Le monde des affaires attend des décisions, s’impatiente de voir les grands dossiers pris au sérieux, s’inquiète de voir le royaume accuser du retard dans l’économie mondiale. Mais il y a aussi un microcosme de rentiers qui se réjouit de cette inaction, ce bonus temps leur permettant de garder leurs privilèges. A titre d’illustration, voilà trois mois que les Assises de la fiscalité ont été tenues, et il n’y a pas encore le début du commencement d’une réforme fiscale. L’adoption de la loi organique des finances prend aussi du retard et tout semble indiquer que ce sera la course contre la montre pour bâcler le projet de budget 2014. Pour l’économie, c’est donc temps mort !

 

Le train de sénateur, au rythme duquel avancent les réformes, est en déphasage avec les urgences sociales qui s’accumulent pour le citoyen. Le temps du Marocain moyen est consacré à trouver des solutions au quotidien. A vivre au jour le jour, à essayer de s’en sortir face à un échéancier de grosses dépenses qui tourne en boucle : ramadan, rentrée scolaire, Aïd El Kébir, vacances scolaires, ramadan, rentrée scolaire… Certains estiment qu’il suffit de proposer un prêt hawli sur deux ans ou des crédits de consommation sur dix ans pour garder le Marocain éloigné de la chose publique. Que son horizon ne dépassera jamais la durée de son crédit. Evidemment, ils se trompent sur toute la ligne. Il suffit de remonter le temps, deux ans en arrière, pour se rappeler que le peuple peut cesser de subir. Que des Marocains de tout bord, dans toutes les villes, peuvent se donner rendez-vous dans la rue pour sonner l’heure du changement, pour contraindre les acteurs politiques et économiques à se mettre en phase avec la population. Ils l’ont fait en 2011, ils le referont à nouveau quand la jauge de déception virera au rouge. Ce jour viendra, c’est juste une question de temps.

Source: Tel Quel

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