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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

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Aïn Torki (ex-Margueritte): panneau commémoratif de la révolte de 1901

 Premier soulèvement du mouvement national moderne en Algérie ? Au tournant du nouveau siècle, la révolte de Margueritte fut vécue par la société coloniale comme un véritable traumatisme. La colonisation pensait vivre dans la stabilité. Une nouvelle classe sociale créée par la colonisation entre en scène. Ce sont les ouvriers agricoles qui montent sur le devant de la scène, dirigés par des leaders issus de leurs rangs. Dans sa préface au livre de Christian Phéline, Les Insurgés de l'An 1, présenté par Kaddour M’hamsadji, Mouloud Achour écrit : «La révolte d'Aïn Torki, ex-Margueritte, aura été le premier coup de semonce tiré, au XXe siècle, à l'encontre du statu quo colonial enAlgérie”. Le site miliana.comuv.com consacre à l’insurrection de Margueritte, dossier magnifiquement illustré où sont retracées les péripéties du mouvement et de ses conséquences.

 EXTRAIT

Margueritte (aujourd'hui Aïn Torki), cette contrée clouée au pied du Zaccar dans des zones arides, dépendait administrativement de la commune mixte de Hammam Righa, jusqu'en 1956, lorsqu'elle fut promue au rang de commune. Sa population d'alors en 1954, à la veille du déclenchement de la révolution du 1er novembre, fut de 5237 habitants, soit 5030 musulmans et 207 européens. En 1960, sa population atteignit 5387 habitants (339 agglomérée au chef lieu, 5036 en éparse, 135 européens, 5236 musulmans, 3 étrangers nom musulmans, 01 étrangers musulman et 12 habitants comptés à part). Au lendemain de l'indépendance, elle fut rattachée à la commune de Hammam Righa, puis en 1984, elle fut rétablit de nouveau avec le statut de commune à part entière.

Les causes majeures d'une révolte.

Les insurgés impliqués dans l'affaire dite de « Margueritte » avaient été durement frappés par la colonisation, en application du sénatus-consulte d'avril 1863. Dès 1868, et en application de ce texte de la honte, 1463 ha leur avaient été enlevés. Au moment de la délimitation effectuée sur le douar d'Adelia, il ne restait encore que 9.323 ha de terre melk aux 2194 habitants. Des expropriations successives effectuées en 1877 et 1881, leur enlevèrent une superficie évaluée à 1.799 ha de terres fertiles. Puis vint le temps des licitations (cessions aux colons européens pas moins de 3.329 ha). Avant le déclenchement de l'insurrection du 26 avril 1901, il ne restait plus que 4.066 ha en tout et pour tout, pour les 3.206 habitants.

Monsieur Jenoudet, un monstre, disposait à lui seul de plus 1000 hectares de bonnes terres qui lui revenaient généralement de 22 à 27 Fr. l'hectare (lorsque le principal accusé dans l'affaire, Yacoub ibn El Hadj prié par le président de la cour d'assises de Montpellier le 22 janvier 1903 (quarante-troisième journée du procès –audience de l'après-midi), de faire une déclaration aux jurés, il disait vrai lorsqu'il déclara en substance :

« Maintenant, laissez-moi vous dire que nous avons été dépouillés de nos terres: les unes prises par M. Jenoudet, les autres par différents colons et que nous avons été obligés de travailler pour vivre. Quand un de nos mulets s'égarait sur la propriété d'un colon, nous étions obligés de verser 15 à 20 francs pour rentrer en possession de la bête; quand notre troupeau pacageait dans les broussailles, on n'hésitait pas à nous faire des procès-verbaux (Les procès-verbaux forestiers étaient très nombreux dans le douar Adelia: 132 en 1899, 219 en 1900, sur les 15.000 ha du douar, 4912 ha de terres domaniales relevaient du régime forestier). Nos terres, autrefois, nous permettaient de vivre ; aujourd'hui, nous sommes obligés de vivre avec un franc ou un franc cinquante de salaire. Que peut faire un homme avec un pareil salaire, quand il a une nombreuse famille à nourrir, à vêtir, à subvenir à tous les autres besoins ? Quand nous avions besoin d'argent, la caisse de prévoyance ne prêtait pas à de simples journaliers comme nous; il fallait être aisé pour emprunter. Alors nous étions obligés de nous adresser à M. Subreville, qui nous vendait le sac de grains 25 à 30 francs »...

 

CHRONOLOGIE

1901

 26 avril au 01 mai : Soulèvement des habitants Aïn-Torki et Miliana « incidents de Margueritte » (selon la presse algéroise de l'époque) dirigé par Yacoub ibn El Hadj. (cf. Chronologie algérienne 1830-1962, T1 ; p 158/159)

02 mai: Arrestation de Yacoub Ibn El Hadj par l'autorité coloniale près de Djendel par l'administrateur de la commune mixte Mr. Diard.

 1902

Janvier : Arrêté du gouverneur général de l'Algérie, portant séquestre des biens de 87 indigènes, impliqués dans les évènements de Margueritte (commune mixte de Hammam Righa). (cf. Chronologie algérienne 1830-1962, T1 ; p 160).

11 décembre : Comparaison devant les assises de Montpellier (France), de 87 fellahs accusés d'avoir participé aux pillages de Margueritte (Miliana). Verdict : plusieurs peines de prison et 52 acquittements. (cf. Chronologie algérienne 1830-1962, T1 ; p 161).

 1903

08 février : Verdict de l'affaire de Margueritte : 21 condamnations et 81 acquittements.

09 août : Arrêté du gouverneur général de l'Algérie (Mr. Jonnart), relatif à l'exonération des 52 indigènes du séquestre imposés dans l'affaire de Margueritte, après avoir été acquittés par la cour d'assise de Montpellier.

1905

Yacoub Ibn El Hadj et son second Thaalbi EL Hadj ben Aïcha, moururent au bagne dans des conditions étranges.

LES INSURGÉS DE L'AN 1 DE CHRISTIAN PHÉLINE

Un des chefs-d'oeuvre de résistance identitaire

Par , 24 avril 2013.

Les insurgés du 26 avril 1901, à Margueritte, illustrent cette vérité définitive que le peuple algérien n'a jamais renoncé à lutter contre tous les envahisseurs depuis des millénaires.

Ainsi que je l'ai annoncé mercredi dernier, j'aborde mon second rappel d'événements historiques, en ce mois d'avril. Il a pour objet la révolte de Margueritte (auj. Aïn Torki) que Christian Phéline a essayé d'instruire, à nouveau, dans son livre Les Insurgés de l'An 1, Margueritte (Aïn-Torki), 26 avril 1901 (*), - en couverture, est reproduite une photo subjective du «Marabout Yacoub [Mohamed ben el Hâdj Ahmed], instigateur des troubles de Margueritte, au moment de son arrestation, en 1901».

Ce fait historique du vendredi 26 avril 1901 aura 112 ans, après demain, vendredi 26 avril 2013! (Remarquons le jour: vendredi.)

Notons que Aïn-Torki (La fontaine du Turc), située à 40 km du chef-lieu de Aïn Defla et relevant de la daïra de Hammam Righa, a, vers 1885, porté le nom de Margueritte (sic). Ce dernier, commandant en Algérie la subdivision militaire de Miliana, s'est illustré contre les populations civiles, lors du soulèvement des Ouled Sidi Cheikh, en 1864. Six ans plus tard, nommé à la tête des 1er et 3e Chasseurs d'Afrique, Jean-Auguste Margueritte - étant alors le plus jeune général de division - meurt de ses blessures dans la bataille de Sedan contre la Prusse en 1870.

«Qui se souvient de Margueritte?»

J'ai dit «à nouveau», parlant du livre de Christian Phéline, car il existe un ouvrage intitulé Qui se souvient de Margueritte? de notre regretté et ami Laadi Flici, éd. ÉNAL, Alger, 1984. 124 pages. Dans la même année, j'ai eu le bonheur de le présenter dans le grand quotidien national El Moudjahid (où il a été publié précédemment en 22 parties du 10 mars 1983 au 27 août 1983 sous le titre général «Chronique du temps qui passe») et dans mon émission Le Temps de lire (déjà) à la radio Chaîne III, le 14 juillet 1984. J'y ai lu cette observation de Flici, extraite de son livre: «Un article de M. Dumont dans ´´La Libre Parole´´ consacrée au procès de Montpellier: ´´Si nous perdons un jour l'Algérie, soyez sûrs, que le procès des accusés de Margueritte, tel qu'il a été compris aura contribué pour une large part à ce résultat.» Laadi Flici a donné toute la lumière sur ce petit village de Margueritte qui fut entièrement décimé par l'armée coloniale. J'ai terminé l'émission par cette autre citation-conclusion au style particulier, alerte, plein d'humour et de colère de Laadi Flici: «Nous avons voulu tout au long de ces épisodes vous dire Margueritte le plus simplement possible. Puissent les enfants de Margueritte, aujourd'hui, se rappeler que leurs parents furent d'authentiques héros. Gloire éternelle aux martyrs de Margueritte.» La dernière phrase a été reprise par Christian Phéline dans son livre Les Insurgés de l'An 1, p. 221.

Un des chefs-d'oeuvre de résistance identitaire

Quant au livre de Christian Phéline, Les Insurgés de l'An 1, il bénéficie d'une préface d'une grande utilité, rédigée soigneusement par Mouloud Achour qui écrit: «La révolte d'Aïn Torki, ex-Margueritte, aura été le premier coup de semonce tiré, au XXe siècle, à l'encontre du statu quo colonial en Algérie. [...] Les Insurgés de l'An 1, dont la publication intervient tout juste 111 ans après le soulèvement du 26 avril 1901, rend ainsi hommage à la mémoire de Yacoub et de ses compagnons dont l'action toute spontanée préfigure celle que les mouvements nationalistes allaient engager, quelque trente ans plus tard, au plan politique, puis militaire, jusqu'au recouvrement par l'Algérie de son indépendance en juillet 1962.»

Pour tenter de clarifier l'«affaire de Margueritte», Christian Phéline s'est évertué à produire un travail de recherche, d'analyse, de vérification et de mise au point. Digne de sa qualité personnelle d'homme de conscience et de sa formation intellectuelle (membre de la Cour des comptes à Paris, a été coopérant distingué dans le domaine de l'agriculture en Algérie à la fin des années 1960 et a contribué aux débats autour de la «voie algérienne» de développement) et certainement digne «arrière-petit-fils du magistrat colonial qui avait été chargé des premiers constats, il n'a pas hésité à plonger jusqu'au coeur de la vérité historique de la tragédie révolutionnaire de la population algérienne de «Margueritte». Il faut lui reconnaître son honnêteté, son courage, son audace et sa persévérance dans sa quête de la vérité et son habileté à remettre à l'endroit un point d'histoire longtemps méconnu, longtemps ignoré, presque complètement occulté en France.

Dans le vif du sujet
Les documents utilisés sont tirés d'archives authentiques confirmées par des études et analyses très détaillées par Christian Phéline et comparées, encore par lui, aux articles de presse de l'époque et aux écrits d'auteurs de haute compétence dont onretrouvera les noms et les oeuvres dans la volumineuse bibliographie. De plus, un grand nombre de ces documents ont été judicieusement exploités sous la forme d'intéressants commentaires dans le corpus. Les notes qui suivent les chapitres excellemment structurés et dont les paragraphes sont titrés, incitent à poursuivre la lecture pour savoir et comprendre tout en procurant un bien-être immense à vivre l'événement en continu et à partager la passion des personnages en lutte pour leur liberté. Toutefois, j'ai à dire, par parenthèse, que l'on aura beau «avertir» (p. 11), il reste encore difficile de transcrire, d'expliquer ou de donner un sens aux mots de langue arabe si, indépendamment du non respect des règles phonétiques, la prononciation ou l'écriture est fautive du fait d'une totale ignorance de la variance du signifié. Simple exemple: p. 256, n. 1, «... moukhama (sic) ne serait-ce pas plutôt «mouhâmâ»? Autrement, doit-on comprendre (révolution, conflit)? De même, p. 251, n. 13: «... le nom de ´´Kaddour´´, doublet de ´´Kader´´ qui n'évoquerait plus puissance et richesse que sous la forme ironique d'un diminutif.» Il y a, semble-t-il, contradiction, car chez le musulman le puissant c'est Dieu, il est le Tout-Puissant, le Kader, plus précisément Al Qâdir. Le prénom admis est Abd El Qâdir, couramment. «Abdelkader» et «Kader». On emploie des diminutifs pour ne pas «profaner» le nom divin El Qâdir, tout en sous-entendant (Abd = créature de ou serviteur de), soit Qouwaydîr, Kouider ou le diminutif-intensif Qaddoûr, plus simplement Kaddour. Bref...
Ainsi entrons-nous dès les premières lignes du livre Les Insurgés de l'An 1, dans le vif du sujet: «Soulèvement des indigènes dans la commune de Margueritte». «Il y a une révolution!» Le récit commence. L'enquête établit la chronologie des faits. L'inquiétude, l'angoisse, la stupeur donnent tour à tour la gradation du drame. Des Algériens («indigènes» à l'époque coloniale), journaliers, maltraités, chez les colons se révoltent. «Le groupe caracole alors vers le village.

 Yacoub Mohamed ben El Hadj Ahmed, un jeune journalier usuellement employé à la taille des piquets de vigne et connu pour son zèle religieux, a pris sa tête avec rang de ´´Sultan´´. Progressivement grossie d'ouvriers quittant les champs sur son passage, la bande dépasse bientôt la centaine. Rencontré dans son champ, le colon Pierre Gariot est le premier à avoir la gorge tranchée, le visage tourné vers l'Orient.» (Un encart présente des photographies d'époque...) L'armée intervient. Le massacre de la population est sans répit. Des questions se posent (pourquoi?) et réclament des réponses (parce que!) à ceci: spoliation, injustice, révolte (ou intifâda), fanatisme, assaut, représailles, accusation, débats (surenchères, réaction), détention, la presse («Les troubles de Margueritte», le procès, le verdict, acquittement? (non pas, plutôt, bagne!)...

  La Mémoire n'est pas vide, des mémoires se rappellent: celle de Laadi Flici («Qui se souvient de Margueritte?»), des stèles à Miliana, des images (la revue L'Illustration s'intéresse «au départ d'un détachement pour une battue dans la montagne,...», fictions, réinterprétation,... répétition mai 1945, rupture. Oui, ainsi que l'écrit Christian Phéline: «C'est donc aussi en creux que le 26 avril représente un jalon, discret mais décisif, vers ces formes ultimes de la lutte contre l'émancipation nationale.» Et l'auteur termine son livre en reprenant le pronostic prémonitoire de Louis Braud (La Dépêche, Toulouse, 9 février 1903) au lendemain du procès de Montpellier: «Si la France laisse subsister ce régime, elle perd l'Algérie ou elle aura fatalement à réprimer des insurrections encore plus terribles que celle de Margueritte.»
Vous lirez Les Insurgés de l'An 1 (la symbolique est claire) de Christian Phéline avec la passion indispensablement soulagée...

Kaddour M’hamsadji, 24 avril 2013. L’Expression-dz

 (*) Les Insurgés de l'An 1, Margueritte (Aïn-Torki), 26 avril 1901 de Christian Phéline, Casbah Éditions, Alger, 2012, 270 pages.

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Elhadj.Benaicha 18/12/2015 19:23

Incroyable. Je viens de découvrir mon concitoyen qui portait jadis mon nom et prénom et qui avait péri au bagne. Alors que viens de peaufiner mon troisième bouquin: Le rescapé du bagne maudit.Je voudrais plus d'infos si vous le permettez. Cordialement.

CIMBE 07/06/2018 15:33

07.06.18.....Vous devriez lire les écrits de Isabelle EBERHARDT…. Bonne chance dans vos recherches

Saoudi Abdelaziz 18/12/2015 23:27

En tapant révolte Marguerite Algérie sur Google on obtient des dizaines de liens intéressants

yakoub 27/07/2014 18:55

mon commentaire est le suivant les noms inscris sur cette liste n'existe pas en 1901 a douar dahlia comme il dit les européens les arabes ils appellent Ain-el Hamra ex: les noms qu'il n'existe pas cette époque TAALBI HADJ BENAICHA BOURKIZA M'HAMED TAALBI MILOUD ABDELLAH HIRTI OTHMANE M'HAMED et aussi SIDI BOUZAR les noms qu'il existe dans l'affaire de marguerite YACOUB MOHAMED BEN HADJ AHMED YACOUB BEN AICHA BEN ABDELKADER BOUATABI DJILALI le beau frère de YACOUB MOHAMED s'appelle ZOHRA BENTE HADJ AHMED BEN AMAR BEN M'HAMED BEN BACHIR

dir granou? 01/12/2014 22:52

Taerikh.margeurit mahowach la3b takatboh kif thabo hada tarikh set pon sra elfouu tahkoh kif sar....