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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 C’est bon, incontestablement. La saveur est plaisante, le plus souvent, la digestion facile et l’effet énergétique quasi immédiat, pour ne pas parler d’éventuelles propriétés aphrodisiaques. Voilà des siècles que l’homme vit avec le sucre. Peut-être en trop bonne entente, nous dit-on aujourd’hui.

 

 

Car entre ces deux-là, l'histoire d'amour remonte à la nuit des temps : l'origine du sucre est quelque peu mystérieuse, mais certains assurent qu'il était connu dès la plus haute Antiquité dans le golfe du Bengale. D'Asie, les cavaliers arabes rapporteront la canne à sucre, acclimatée ensuite dans la vallée du Nil avant de gagner l'Europe, puis l'Amérique

Seulement voilà, il en irait du sucre comme de l'herbe à Nicot ou de l'alcool : il est dangereux pour la santé. Et beaucoup plus qu'on ne l'imagine, nous assure une glaçante analyse publiée cette semaine par la revue Nature.

 

On ne fera pas à cette publication le reproche de tomber dans le politiquement correct d'aujourd'hui - celui qui, au nom du principe de précaution, entend interdire aux populations adultes une série sans cesse allongée de petits et grands plaisirs.

Non, ce que dit Nature est important. Il s'agit de la défense de populations ciblées parce que fragiles. Trois scientifiques de l'Université de Californie (San Francisco) confirment le lien établi entre la consommation de sucre et l'augmentation de pathologies non transmissibles : diabète, obésité, maladies du cœur.

 

En connaissance de cause, puisque la dépendance physiologique au sucre est forte, l'industrie agro-alimentaire ajoute du fructose dans un très grand nombre de produits - sodas, plats servis en "fast food" et autres coupe-faim tournant au ralenti sur les plateaux des distributeurs automatiques. Ah ! l'appel de la confiserie chocolatée de fin de matinée...

 

Les trois scientifiques américains auteurs de l'article lancent un avertissement brutal : la consommation de fructose, ainsi dispensée à tout vent, présente autant de dangers que celle d'alcool ou de tabac. En clair, elle est mortifère. Et la lutte contre ce poison ne relève plus des simples campagnes de prévention : elle appelle une politique d'interdiction pure et simple.

Pourquoi ? Parce que les populations à risques sont le plus souvent les enfants et les catégories sociales les plus défavorisées. Les sucres ainsi ajoutés aux aliments contribuent à l'épidémie mondiale d'obésité, qui touche prioritairement les pauvres. De même, la population de diabétiques dans le monde devrait prochainement atteindre le demi-milliard - et là encore, les plus touchées sont les classes populaires.

 

Il en va pour le sucre ainsi rajouté comme pour le tabac : on ne pourra pas dire qu'on ne savait pas. La filière sucre est un puissant groupe de pression, à l'instar des fabricants de cigarettes. Elle se défend en Europe, en affirmant que la vision des auteurs de l'article de Nature est déformée par le prisme américain. Elle jure que l'Union européenne a pris des mesures d'incitation. Balivernes ! Il faut aller plus loin.

 

Editorial du "Monde", 2 février 2012

 

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