Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz


 

 

Ignacio Ramonet s’est décidé le 31 janvier à écrire un article intitulé « La France en guerre au mali », 20 jours après le début de l’intervention. Ce retard inhabituel chez l’ancien directeur du Monde diplomatique, comme le contenu de l’article, semble traduire une certaine perplexité dans les cercles des intellectuels progressistes anti-impérialistes, notamment après le soutien affiché par l’un des plus influents penseur tiers-mondiste, Samir Amin, à l’intervention militaire de l’ex-puissance coloniale au Mali.

 

Après de longues et laborieuses explications sur le contexte historique dans lequel a été déclenchée cette guerre, Ignacio Ramonet confirme la version de l’Elysée en attribuant le casius belli à Ançar Dine : « Lors d’une opération éclair d’une téméraire audace, plusieurs milliers d’entre eux puissamment armés, à bord de quelque 300 pick-up, se lancent par surprise, le 9 janvier 2013, sur la ville du Konna, verrou stratégique ».

 

Si dans cet article,  Ignacio Ramonet semble reprendre le pari de Samir Amin, il fait sur un mode encore plus sceptique :

 

(…) En réalité, les véritables objectifs de la France demeurent flous. Paris a certes expliqué que l’intervention de la France ne fait que répondre à un appel à l’aide de Bamako. Mais le gouvernement malien étant issu d’un putsch, sa légitimité à requérir de l’aide est contestable [7].

 

L’autre argument est que les salafistes d’Ançar Dine appliquent la sharia à Tombouctou, détruisent des monuments du passé et « coupent des mains ». Et que cela est « intolérable». C’est vrai. Mais, en se comportant ainsi les salafistes ne font qu’obéir à la doctrine wahhabite que l’Arabie saoudite répand, avec l’aide du Qatar - pays également wahhabite -, dans l’ensemble du monde musulman, et notamment au Sahel, à coup de millions de petrodollars. Or la France entretient les meilleures relations du monde avec l’Arabie saoudite et le Qatar, deux pays qui sont même ses principaux alliés actuellement en Syrie dans le soutien aux insurgés islamistes et salafistes [8]...

 

Paris ne dit mot de deux autres arguments qui ont vraisemblablement compté à l’heure de déclencher l’opération Serval. L’un est économique et stratégique : le contrôle de l’Azawad par des organisations salafistes aurait entraîné, à plus ou moins longue échéance, une offensive des rebelles sur le nord du Niger où se situent les principales réserves d’uranium exploitées par l’entreprise française Areva et dont dépend tout le système nucléaire civil de la France. Paris ne peut le permettre [9].

 

L’autre est géopolitique : à un moment où, pour la première fois dans l’histoire, l’Allemagne domine l’Europe et la dirige d’une main de fer. La France, en exhibant sa force au Mali, veut montrer qu’elle demeure, de son côté, la première puissance militaire européenne. Et qu’il faut compter sur elle.

 

NOTES

 

7] Cf. Le Monde, 23 janvier 2013.

[8] L’Arabie saoudite et le Qatar sont les deux seuls pays à avoir officiellement admis qu’ils livraient des armes aux rebelles islamistes syriens. Près d’un tiers des membres du Conseil national syrien (CNS) sont des islamistes, Frères musulmans ou anciens de cette confrérie. Mais il y a aussi des jihadistes. Le principal groupe jihadiste serait Jabhat Al-Nosra (Le Front de la victoire), accusé d’être affilié à Al-Qaeda en Irak (AQI). Ses membres se seraient aguerris au combat pendant les années de lutte contre les soldats américains en Irak. Déterminés, bien armés, disposant notamment d’artificiers qui préparent les explosifs utilisés dans leurs attentats, les militants de Jabhat al-Nosra, étrangers pour la plupart, seraient considérés, sur le terrain, comme les meilleurs combattants contre l’armée de Bachar Al-Assad. Ils ont d’ailleurs réussi à emparer, le 10 décembre 2012, de la grande base militaire Cheikh Souleimane, près d’Alep, et auraient mis la main sur des tonnes d’armements en tout genre, dont des missiles antiaériens. Washingtona placé Jabhat Al-Nosra, le 4 décembre 2012, sur la « liste des organisations terroristes étrangères ». Sources : Le Point, Paris, 11 décembre 2012 : http://www.lepoint.fr/syrie-l-influence-croissante-du-groupe-djihadiste-al-nosraet Le Figaro, Paris, 10 décembre 2012 : http://www.lefigaro.fr/syrie-des-djihadistes-controlent-une-base-militaire

[9] La France aurait d’ailleurs décidé, dès le 20 janvier 2013, d’envoyer des forces spéciales protéger les sites miniers d’Areva au Niger. (Cf. Le Point, Paris, 23 janvier 2013.)
http://www.lepoint.fr/jean-guisnel/niger-les-forces-speciales-protegeront-les-mines-d-uranium-d-areva

 

 

Texte intégral de l’article : Mémoire des luttes

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article