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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

La dernière péripétie de la révolution égyptienne -qui en connaitra d'autres- conduira-t-elle à baillonner les aspirations sociales et démocratique du peuple égyptien et à faciliter la réinstallation de l'Egypte dans le giron impérial?

 Par Saoudi Abdelaziz, 5 juillet 2013

Dans un article du 1er février 2013, intitulé "Tunisie-Egypte. Ressemblances et différences" je notais: "Entre la Tunisie et l’Egypte, lorsqu’on regarde la vie politique, la ressemblance semble s’arrêter à la victoire par les urnes de partis islamistes de tendance Frères-musulmans (...). La différence entre l’Egypte et la Tunisie est encore plus nette dans l’organisation des forces principales de l’opposition. En Egypte, face à l’hégémonie des FM, on trouve en plus du parti salafiste, un Front national hétéroclite constitué autour de l’ancien fonctionnaire international El Baradeï, regroupant des personnalités issues de l’establishment de l’ancien régime, des Frères musulmans dissidents mais aussi des partis de gauche ayant soutenu à la présidentielle la candidature du « nassérien de gauche » Hamdeen Sabbahi. En Tunisie, les configurations politiques collent jusqu'ici davantage aux clivages sociaux. Face à la Troïka au pouvoir, deux fronts distincts se sont constitués en prévision des élections qui suivront l'adoption de la constitution. L'opposition comprend  d'une part le Front populaire, à gauche, dans lequel les communistes sont actifs, d'autre part l’“Union pour la Tunisie”, nouveau front politique et électoral créé autour de Béji Caïd Essebsi, politicien de l'ancien régime".

A propos du mouvement contre Mohamed Morsi, Mohamed Tahar Bensaada écrivait, la veille de la destitution du président égyptien : "Il n’est pas un mouvement homogène. Loin de là. On y trouve pêle-mêle les « foulouls » de l’ancien régime, les opposants libéraux et nationalistes, les représentants de l’Administration, de la police et de la Justice qui craignent de perdre leurs privilèges à côté des manifestants révolutionnaires radicaux qui aspirent à pousser la révolution du 25 janvier jusqu’au bout de ses potentialités démocratiques et sociales".

"En Tunisie, écrivais-je en février,   les configurations politiques collent jusqu'ici davantage aux clivages sociaux. Face au pouvoir, deux fronts distincts se sont constitués en prévision des élections qui suivront l'adoption de la constitution. L'opposition comprend d'une part le Front populaire, à gauche, dans lequel les communistes sont actifs, d'autre part l’“Union pour la Tunisie”, le front créé autour de Béji Caïd Essebsi, politicien de l'ancien régime".

Pourtant, on assiste en Tunisie, au cours de la dernière période, à la relance des tentatives -qui n'on jamais cessé depuis 2011- pour mettre en place d'un paysage politique à deux couleurs, sorte de prolongements de deux grands ensembles sociétaux, où la question du "mode de vie" deviendrait le facteur principal de clivage entre les Tunisiens. L'assassinat d'un leader du Front de gauche vise à tirer ce dernier dans cette direction. On se rappelle que cette "partition" entre deux Algérie, l'une islamisante, l'autre laïcisante, portant des "projets de société" antagoniques, avait été théorisée dans notre pays notamment par le Front pour l'Algérie moderne (FAM), créé par les services de renseignement avec la dissolution du parti communiste (Pags), survenue à la veille de la Décennie noire. "Front contre front", comme dans les combats de moutons : à partir de la matrice algérienne stérile qui a enfanté la Décennie noire, l'histoire semble bégayer en Egypte. Le bégaiement touchera-t-il nos voisins tunisiens? Le débat actuel au sein du Front populaire tunisien de gauche autour du mot d'ordre de "Front démocratique" nous fait éprouver une impression de déjà vu...

Plus fortement qu'au début de son mandat, le président Marzouki, est visé parce qu'il défend une vision républicaine unitaire fondée sur la cohabitation possible de modes de vie pluriels, et combattant avec conviction la scission sociétale à laquelle travaille la contre-révolution. Cette scission paralysera forcément la progression démocratique, car nulle part, une majorité électorale fondée sur cette base, ne pourrait bénéficier d'un consensus minimum pour diriger un pays. La cohésion nationale serait alors par la force des choses prise en charge par un régime autoritaire, chargée d'imposer l'ordre dans une société qui n'arrive pas à s'entendre sans tuteur. Le caractère durable du pouvoir "fort" sera bien sûr fondé sur un deal assurant la cohabitation économique entre les secteurs laïques et islamiques de la bourgeoisie. Avec un fond permanent nécessaire de tensions idéologique-sociétales, entretenues pour justifier la prééminence de la "force publique" dans la conduite du pays.

Dans un article consacré, il y a un an, au cinquantenaire de l'Indépendance, intitulé La revanche des castes, j'évoquais  "l’alliance de classe qui s’est forgée dans les années 80 et qui continue d’imposer une hégémonie artificielle sur l’Algérie, se limitant, pour tout projet politique, à construire ses options de survie sur un kémalisme à l’Algérienne, fondé sur l’endiguement « laïque » et autoritaire de la souveraineté populaire, ou à l'autre versant sur un « deal démocratique » avec des islamistes bourgeois. Ces deux épigones du système seront ainsi chargés, concomitamment si nécessaire, de tenir le peuple à distance, lui interdisant de toucher à la machinerie intime de la prédation et de l'injustice sociale".

En Egypte, la relance de la division sociétale-dont les Frères musulmans portent une lourde responsabilité-  sert à empêcher les salariés, les chômeurs, les couches populaires et les partisans du progrès social de bâtir des initiatives et des ensembles unitaires pour faire prévaloir leurs intérêts sociaux et démocratiques. Et peser ainsi pour une politique de développement indépendante. Les dernières péripéties de la révolution égyptienne -qui en connaitra d'autres- conduira-t-elle à bayonner les aspirations sociales et démocratiques du peuple égyptien et à faciliter la réinstallation de l'Egypte dans le giron impérial. Réprimées pendant des décennies par la dictature du bloc conglomérats-moukhabarates, ces aspirations, qui ont enfin occupé le devant de la scène en 2011, resteront certainement le moteur principal du mouvement populaire. 

 

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