Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

Des dizaines de chômeurs de la ville de M’sila, ont procédé ce dimanche 25 septembre, au niveau du quartier de Chebilia à la fermeture de l’avenue Cherid Abdelhafid, voie unique de passage entre les parties Nord et Sud de la ville, en se plaçant au milieu de la voie, causant la paralysie de la ville.

 

Ces chômeurs dénoncent le niveau de chômage au niveau de cette de wilaya qui a atteint, selon eux, des proportions alarmantes. Le taux de chômage dans cette wilaya, selon le dernier recensement de la population de 2008, est de 36%.

 

Les postes de travail qui se créent occasionnellement ça et là dans certaines institutions à l’instar de l’université, ne profitent pas aux chômeurs de la commune de M’sila.

 Un autre protestataire a interpellé les autorités de la wilaya à propos du fait qu’ils n’ont rien fait pour le lancement de certains investissements achevés au niveau de cette wilaya, à l’instar de l’usine de rond à béton de M’sila, achevée en 2007 et qui demeure à ce jour non fonctionnelle.

 Cette usine d’une capacité de production de 650.000 tonnes /an,  pourrait faire travailler 1000 personnes en emploi directs et 5000 en emplois indirects.

«Il est inadmissible, qu’au moment où nous crevons la dalle, s’est-il emporté, il se trouve qu’une usine flambant neuve, achevée depuis 05 longues années, ne fonctionnant toujours pas, cela relève du haut degré d’inconscience des pouvoirs publics pour qui le chômage des jeunes n’a jamais été l’un de leur soucis.»

 A l’heure de ce rassemblement, les représentants des chômeurs ont été conviés par les autorités de la wilaya à une réunion, qui devrait se dérouler au siège de la wilaya.

 

Ghellab Smail. El Watan.com 25 septembre 2011

 

La vitalité du mouvement des jeunes chômeurs s’affirme de plus en plus dans le pays. La Nation.com publiait il y a quelques jours  l’interview d’un des dirigeants de ce mouvement.

Entretien avec Tahar Bellabes: La police traque les mouvements sociaux.

 

Pas une semaine ne passe en Algérie sans que des militants associatifs ou syndicaux ne soient interpellés par les services de sécurité. À Ouargla où la colère des chômeurs gronde depuis des années le militant Tahar Belabbes qui vient de nouveau d'être interrogé par la police, raconte une situation intenable.


Peux-tu nous expliquer les raisons de ton interpellation, le 18 septembre dernier, par la police à Ouargla ?

J’étais dans le bureau du directeur de l’emploi de la wilaya de Ouargla - fermé par les chômeurs ce jour-là – quand je reçois un appel téléphonique de ma famille m’informant que la police me cherchait. Arrivé chez moi, les éléments de la police judiciaire m’ont embarqué dans leur véhicule.

Au niveau du commissariat de police, après un interrogatoire sur le rôle du comité national des chômeurs et le rassemblement qu’il compte organiser le 25 septembre prochain à Ouargla, un officier m’a remis une convocation pour me rendre, en urgence, à la sûreté de wilaya de Batna. J’ignore toujours l’objet de la convocation, et j’attends l’avis de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH) que préside Me Mostefa Bouchachi.

Lors de l’interrogatoire, j’ai senti que les officiers étaient un peu gênés. D’ailleurs, l’un d’eux m’a déclaré qu’il ne supportait plus que la police, censée traquer les délinquants et lutter contre le banditisme, soit transformée en police qui traque les mouvements sociaux.

 

La naissance de votre mouvement remonte à plusieurs années. D’aucuns parlent d’un mouvement manipulé…

 

Notre mouvement a vu le jour en 2004. Des milliers de jeunes sont sortis dans les rues de Ouargla pour réclamer de l’emploi et dénoncer la politique de recrutement des entreprises algériennes et des multinationales. Ces dernières recrutent des centaines d’employés sans passer par le bureau de l’Agence nationale de l’emploi tel que prévu par la législation algérienne. L’ancien directeur de l’ANEM à Ouargla nous a informés que sur 1400 entreprises qui existent dans la région, 600 seulement recrutent par le biais de l’ANEM. Plus de la moitié des entreprises recrutent par d’autres voies. Ces entreprises évitent de recruter des jeunes «non recommandés» pour éviter des mouvements de grève. Les chefs de ces entreprises ont peur de recruter des jeunes de la région qui vont revendiquer leurs droits sociaux professionnels. Tout cela pour expliquer les raisons qui ont poussé à la naissance de notre mouvement de protestation. 

 

Comment se fait le recrutement ?

 

Les entreprises recrutent des jeunes que leur recommandent des généraux, des ministres et d’autres hauts responsables de l’Etat. Les ministres issus des partis du pouvoir exercent un quasi monopole sur le recrutement pour renforcer la base sociale de leurs partis dans la région. A cet effet, les élus locaux au niveau des APC et de l’APW ainsi que les parlementaires de la région sont devenus les instruments de ces membres du gouvernement. Nous avons constaté également que les élus et les partis du pouvoir dans la région ne souhaitent pas que le problème de chômage soit réglé. Ces responsables ainsi que la maffia politique et économique aimeraient toujours instrumentaliser les chômeurs lors des différentes campagnes électorales.

Simple exemple : à Ouargla, un député et un colonel de la gendarmerie nationale ont crée une société de gardiennage qui travaille chez les multinationales. Des élus APW ont crée des entreprises dans différents domaines.  

 

Tout cela a poussé les jeunes du sud à se révolter en 2004 et à sortir dans les rues de plusieurs wilayas : Ouargla, Laghouat, Ghardaia… J’ai été emprisonné avec d’autres jeunes, alors que je n’avais que 23 ans, avant que la pression populaire oblige les autorités judiciaires à nous libérer. On a été condamnés à deux mois de prison avec sursis.

 

Qu’en est-il du «Mouvement des enfants du sud» ? 

 

En Algérie, tout le monde sait qu’il existe une structure chargée de diaboliser et de ternir l’image des mouvements sociaux. Cette appellation « Mouvement des enfants du sud » a été choisie pour désigner du doigt les enfants du sud et les présenter comme des gens qui veulent porter atteinte à l’unité nationale. La même accusation a été portée contre les enfants de la Kabylie durant plusieurs années.

Pour briser tout mouvement de revendication, le pouvoir algérien accuse les animateurs de racisme, de régionalisme, d’extrémisme ou tout simplement de vouloir semer l’anarchie dans la société. C’est ainsi qu’en 2004, on nous a accusés de vouloir la scission entre le sud et le nord du pays. Certains sont allés jusqu’à évoquer les Accords d’Evian ! Plus le mensonge est gros plus il passe, dit-on. Les Algériens ne croient plus à ces mensonges.

Pour éviter les infiltrations et autres manipulations, nous avions décidé de créer une organisation des chômeurs.

 

Quelles sont vos principales revendications ?     

 

Nos revendications sont d’ordre social. Nous demandons de l’emploi pour notre jeunesse, une allocation chômage, la protection sociale des chômeurs, la gratuité des soins… Nous revendiquons que cessent les poursuites judiciaires contre les animateurs du comité national des chômeurs. A cet effet, nous exigeons la libération de nos deux camarades "Aldjia Adel et Zoouane Hamza" de Ouargla condamnés à trois ans de prison ferme. Notre seule revendication politique, c’est le droit à l’organisation et la manifestation ; un droit reconnu par la constitution algérienne.    

Nous ne demandons pas l’impossible, même si je sais qu’à Ouargla, on peut créer des milliers d’emplois pour les enfants de la région.

 

Vous avez lancé un appel pour un rassemblement le 9 octobre devant la présidence de la République à Alger. Pourquoi avez-vous choisi ce lieu ?

 

Nous allons organiser un rassemblement le 25 septembre prochain à Ouargla, et le 9 octobre, nous allons tenir un sit-in devant la présidence de la République à El Mouradia. Le choix du lieu est dicté par le fait que deux ministres de la République ont insulté notre mouvement. Le ministre du travail, Tayeb Louh nous a traité de «mal élevés », lors d’une rencontre avec lui, alors que son collègue de l’Intérieur et des collectivités locales, Dahou Ould Kablia, a déclaré récemment que notre mouvement «a humilié l’Algérie à l’étranger». Cette déclaration prouve que le ministre de l’Intérieur ne connaît pas la situation de la jeunesse algérienne.

 

Chafaa Bouaiche. La Nation.com, 20 Septembre 2011

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article