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Publié par Saoudi Abdelaziz

Editorial

par K. Selim

 La lutte des classes à Hydra ? Certains pourront lire dans le combat des habitants du Bois des Pins, Algériens ordinaires, face à l'autre Hydra, celle du pouvoir et des ambassades, une expression claire de cette lutte des classes qui ne dort jamais.

 Les nantis en Algérie «souffrent» de la proximité des plus pauvres qui viennent un peu déparer leur «paysage» et n'arrivent toujours pas à dégager une nouvelle géographie sociale. Les économistes pourront dire que l'argent
comme dans de grandes villes en Europe finira toujours par renvoyer les classes pauvres et moyennes vers les périphéries et «libérer» le centre qui deviendrait ainsi socialement plus «homogène».

 A Hydra, on ne sembl
e pas du moins selon les informations disponibles vouloir attendre que le temps et le «marché» fassent leur œuvre ; on accélère. Quand une cité populaire perd son bois avec ses arbres centenaires, elle pense, à bon droit, qu'on lui coupe la respiration
et qu'on lui dénie le droit d'exister sur ce territoire. Les sociologues et les politologues pourront trouver dans cette affaire des éléments de réflexion sur le pouvoir, l'argent, les classes et l'aménagement du territoire.

 Pour l'instant, ce qu'il faut relever est que les autorités locales, wilayales et nationales ne donnent toujours pas d'informations basiques : quel est ce projet qui justifie que l'on déracine des arbres dans une ville déjà trop bétonnée et polluée, et qui en sont les promoteurs ? Cette absence d'informations suffit à elle seule à susciter l'exaspération des premiers concernés et, bien entendu, une suspicion légitime chez de nombreux Algériens. Le fait est que les choses ont été faites sans ménagement, dans le style «coup de force» et «fait accompli».

 Les pauvres doivent apparemment se taire quand ils vivent sur le territoire de Hydra où ils ne seraient que «tolérés» ! Les autorités, à tous les niveaux, de l'APC au ministère de l'Intérieur, qui ne disent toujours rien, n'ont découvert que dans l'émeute que des habitants existent sur ces lieux. Ces mêmes autorités ne se rendent apparemment même pas compte qu'à Alger
et sans doute en Algérie l'affaire du Bois des Pins est en train de devenir l'histoire d'un combat épique d'une enc
lave d'Algériens ordinaires face à des autorités et des puissances opaques qui viennent gâcher leurs vies. Depuis les émeutes de janvier, les autorités veulent montrer qu'il n'y a aucune raison de vouloir faire la révolution en Algérie. Comment ne pas noter dans l'affaire du Bois des Pins une étonnante provocation ? L'absence d'une communication claire et simple sur le projet, sa finalité et ses promoteurs ne fait qu'accentuer ce sentiment de «hogra» que des moudjahidates connues ont dénoncé avec véhémence. Difficile, en effet, au vu de cette béante lacune, de ne pas constater, avec les habitants du Bois des Pins, que la destruction d'un espace vert où des générations ont joué et grandi ne s'est pas faite dans le respect de la règle commune, c'est-à-dire de la loi. En Algérie, l'enquête publique dite «de commodo et incommodo» serait-elle tombée en désuétude, voire devenue inutile ? Il faut rappeler sommairement qu'une telle enquête est destinée à permettre aux autorités de prendre connaissance des avantages et inconvénients qu'un projet peut avoir pour la population.

 Manifestement, on n'a pas jugé utile de mener une telle enquête avant de s'attaquer aux arbres du Bois des Pins. Manifestement, on a estimé que les habitants n'avaient pas droit au chapitre. Manifestement, on se trompe.

Le Quotidien d’Oran, 6 aout 2011

 

 

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