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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Saoudi Abdelaziz, 25 août 2011

La puissante offensive médiatique qui a accompagné l’intervention militaire en Libye semble avoir mis sur la défensive les progressistes algériens qui sont gênés depuis quelques mois, et se trouvent aujourd’hui, après la conquête de Tripoli par l’Otan devant une sorte de dilemme. Un ami évoquait hier dans un courriel, « une opinion et des cercles risquant d'être partagés entre l'abattement ou une irresponsable euphorie otanesque ».

K. Selim semble évoquer ce dilemme lorsqu’il note dans son éditorial du Quotidien d’Oran d’aujourd’hui :

« Les Algériens, dans leur majorité, ne demanderont jamais au gouvernement de soutenir une intervention de l'Otan. En dépit de nombreuses vicissitudes, le citoyen ordinaire n'est pas amnésique et connaît les fondamentaux de son histoire. Il existe cependant des Algériens qui ont approuvé l'intervention de l'Otan : cela doit donner à réfléchir dans un pays qui s'apprête à célébrer le cinquantenaire de l'indépendance ».

Les mouvements populaires en Egypte et en Tunisie avaient été accueillis avec une immense joie, entraînant chez chacun de nous une sorte d’insurrection intime, une nouvelle disponibilité à l’action pour le changement en Algérie.

La domination contre laquelle les peuples se sont dressés dans un premier temps, en Tunisie, en Egypte, au Yémen et au Bahreïn était un complexe oppressif où se conjuguaient les intérêts des prédateurs locaux, ceux des multinationales, avec les impératifs géostratégiques des puissances contrôlant la région et dont Israël est la pièce maîtresse.

Tous les régimes visés dans un premier temps par les mouvements populaires étaient inféodés aux intérêts américains. Le sentiment et la conscience anti-impérialistes ou anticapitalistes permettaient d’emblée de soutenir sans aucune hésitation ni état d’âme ces mouvements.

Immanuel Wallerstein, le fécond historien de la longue durée, avait analysé l’initiative occidentale en Libye comme une action préventive. Il écrivait dès le 1er avril 2011:

« Il s’agit d’une énorme diversion, d’une diversion délibérée par rapport à la lutte politique majeure en cours dans le monde arabe. Il existe en effet une chose sur laquelle Kadhafi et les dirigeants occidentaux de tous bords sont en accord total : ils veulent tous ralentir, canaliser, coopter et limiter la deuxième révolte arabe et l’empêcher de changer les réalités politiques fondamentales du monde arabe et son rôle dans la géopolitique du système-monde. » (Voir nos pages du 31 mai). 

Ces puissances vont en effet assez rapidement réagir dès que l’option Soleimane était écartée par le peuple égyptien et que la situation au Yemen commençait à menacer la dynastie séoudienne.

De puissants réseaux médiatiques vont être activés, les relais libyens dévoilés ainsi que toutes les potentialités de la guerre secrète accumulés par les différents services secrets. 

Comment appuyer la volonté de changement, tout en évitant de s’inscrire dans les calculs de l’Otan, qui, de toute évidence avait l’initiative dans le déclenchement et la conduite de l’insurrection en Libye, pendant que les médias qui chassent en meute, ont instantanément mis sous le boisseau les révoltes au Yémen et au Bahrein.

En Libye, comme en Syrie, ce qui semble aujourd’hui appartenir au même scénario, c’est la militarisation des émeutes populaire.

Cette militarisation qui valide l'intervention militaro-humanirtaire, entraîne nécessairement à la mise à l’écart du peuple et des politiques de la conduite de la révolte, et sans doute de la direction effective du pays dans le futur. Elle vise à légitimer l'intervention étrangère pour assurer un nouveau bail à la domination impérialiste, grâce un encadrement et à des élites nouvelles formées pour commander par les instructeurs des forces spéciales, les agents secrets-philosoques et les anciens vizirs du tyran.

En Egypte et en Tunisie, sans tirer un seul coup de feu, les peuples ont menés les opérations jusqu'à la chute du tyran, et  restent omniprésents et sur le qui-vive. On sait que les peuples arabes ne veulent plus être commandés au doigt et à la baguette. En Libye aussi, on le verra.

Nous avons affaire à une situation inédite qui met à l’épreuve les capacités de reflexion convergente et d’action uni des progressistes arabes.

 

 

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