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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

"Vu qu'aucun putain de média espagnol n'a daigné écrire quatre lignes sur ta mort, Théo, je me propose de le faire." Ainsi commence l'hommage d'Aitor Fernandez à Théo Francos, mort le 2 juillet à l'âge de 98 ans après avoir "risqué sa vie pour défendre la cause antifasciste [...] au-delà des nationalités et des drapeaux".

 

   

 

 

 

L'histoire de Théo Francos se confond avec celle du XXe siècle, construite autour de guerres qui ont détruit des nations entières et de causes qui ont tenté de les reconstruire. C'est une histoire de courage aveugle et de détermination, celle d'un homme nageant dans les flots de l'Histoire. Une histoire qui ne devrait pas être oubliée, comme le souligne à plusieurs reprises l'auteur du texte, et qui mériterait "plus de place dans les médias que tout ce que peuvent dire ou faire Rajoy ou la sélection de football espagnole".

 

Elevé à Bayonne dans une famille ayant émigré d'Espagne, Théo Francos s'engage au sein des Brigades internationales dès le début de la guerre civile espagnole, en 1936. Capturé en 1939, retenu dans le camp de concentration de Miranda de Ebro et torturé pour avoir voulu s'échapper, il confiera à Aitor Fernandez : "Parfois, je me demande comment j'ai pu supporter cela. A l'extérieur du camp, les gens me jetaient de la nourriture ou de l'eau, que mes camarades me donnaient quand ils pouvaient." Il y restera deux ans.

 

Dès que les forces franquistes le libèrent, il décide, plutôt que de rejoindre sa future femme, de s'engager immédiatement auprès des Forces françaises libres en Angleterre pour poursuivre le combat, y compris jusqu'au front est. A nouveau capturé, il sera fusillé, mais survivra miraculeusement, la balle passant à quelques centimètres de son cœur. "Tu ne sais pas ce qui se passe, si c'est réel ou pas, se rappelle-t-il. Car parfois ils te blessaient exprès pour que tu souffres avant de mourir."

 

Théo Francos réchappera finalement de la guerre, et tentera de faire vivre "la mémoire de son expérience, en nourrissant l'espoir que l'horreur qu'il a vécue ne se reproduira jamais", comme le résume le livre que lui a consacré Christine Diger, Un automne pour Madrid : histoire de Théo, combattant pour la liberté.

 

Aitor Fernandez se souvient, lui, d'une discussion avec l'homme lors de laquelle il loue "la bonté des hommes" et surtout "la solidarité des femmes" qui lui ont "sauvé la vie plusieurs fois". "Des femmes idéalistes et courageuses, écrit Fernandez. A Stalingrad, tu es allé 30 kilomètres derrière les lignes ennemies avec une fille russe de 19 ans […]. Tu l'as retrouvée soixante-dix ans après, elle avait 90 ans et ton fils a dû lui dire de ne pas te serrer aussi fort dans ses bras car elle risquait de te tuer."

 

"J'imagine que tu es mort en paix, conclut Aitor Fernandez, quoiqu'un peu inquiet de 'voir le visage du fascisme refaire surface'. J'espère ne jamais avoir à vivre les expériences terribles que tu as vécues." Un hommage à Théo Francos aura lieu à Biarritz, le 10 juillet à 15 h 30, rapporte Sud-Ouest. Sur Twitter, Maître Eolas lui a également rendu hommage.

 

 

5 Juillet 2012. BigBrowser

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