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Publié par Saoudi Abdelaziz

Dans le monde actuel, le « secret » protège le fonctionnement des gouvernements et s’étend, au rythme même de l’abondance grandissante de la communication. Comme un alibi au secret généralisé, Wikileaks  déverse ses milliers de dépêches remplies d’insignifiantes indiscrétions et de  confidences diplomatiques d’alcôve ou d’arrière-cour.

En Algérie, pour analyser l’évolution des choses, il ne faudra pas compter sur les informations, reportages et investigations. La presse a le ton vif mais pas les tuyaux. Les dossiers publiés, au moment voulu par les stratèges, sont confectionnés par des journalistes briffés pour l’occasion. Dans la presse algérienne et étrangère, en dehors de quelques lieux communs vagues et généraux sur la DRS, sur les clans qui se partagent la rente, on ne trouvera rien de concret sur le fonctionnement du pouvoir, sur la configuration des obscurs conglomérats qui luttent pour le contrôle des flux financiers, et usent de la corruption sur une large échelle, ni non plus sur leurs liens avec la finance internationale.  

Il faudra donc revendiquer et exercer le droit à l’intuition, qui nait de la mise en rapport intelligente des faits. C’est un travail difficile mais salutaire, qui,  seul dans les conditions difficiles actuelles d’exercice du libre arbitre, permet  de formuler des hypothèses significatives, des explications rationnelles, sans recourir à la méthode stérile qui consiste à plaquer une construction théorique figée sur une réalité en mouvement.

                                   

La deuxième révolution algérienne a démarré.

Le décor est planté. Les médias du monde entier sont représentés. Les quotidiens algériens ont mobilisé leurs journalistes (jusqu’à six envoyés spéciaux décomptés pour le seul Alger Ce Soir).  Tout est prêt pour que le 12 février et la place du 1er mai rentrent dans l’histoire. Le battage médiatique préparatoire a été intense. Les démocrates de tous les horizons ont été rabattus et ont pétitionné à tour de bras. Sur place, même Ali Belhadj était de la partie, comme le contrepoint nécessaire de cette levée révolutionnaire d'une belle unanimité (Les islamistes aussi étaient présents place Tahrir !).

Et puis, la terrible indifférence du peuple d’Alger. Les jeunes des cités HLM du Champs de manœuvre, entourent les quelques centaines de févrieristes, scandant, goguenards : « Nous voulons la gratuité du pétard (Zetla)».

On a commenté et analysé abondamment ce flop, autour de ce fil conducteur, fourni par Benjamin Stora, notre expert historien attitré : « les Algériens sont paralysés par la crainte du retour à la violence de la décennie noire ». Les médiatiques déconfits, qui prédisaient le grand soir, retombent ainsi sur leurs pieds. Seul, Olivier Roy, un historien qui chasse à l’écart de la meute, va à contrecourant de cette explication : «  Mais on ne peut pas savoir, peut-être que ça alimentera encore plus le ras-le-bol ».

Ce qu’il y a de jubilatoire, à cette occasion, c’est de se rendre compte que les stratèges -ceux qui ont bâti le scénario et tiré les ficelles- avec leurs analystes, leurs experts, leurs journalistes-agents secrets, leurs points d’appui dans les partis, leurs infiltrés et repentis,  ignoraient l’état d’esprit de la population.

L’abstention du peuple d’Alger ce jour-là est une prise de position active, c’est un acte politique délibéré.

Et on se rappelle ce texte de Fernando Pessoa : « Mais il n’y a qu’une seule chose qui puisse faire sentir à celui qui gouverne qu’il ne peut abuser, c’est la présence sensible, presque corporelle, d’une opinion publique directe, spontanée, unie, organique, dont dispose tout peuple sain en vertu de l’instinct social qui en fait un peuple, et dont les gouvernants sentent la pression occulte, sans que cette opinion publique ait besoin de parler et moins encore de déléguer ou d’élire quelqu’un pour agir ou parler en son nom. ».

A une période où l’on pouvait très facilement mourir par balles, Il est arrivé aux Algérois de décider, au moment qu’ils ont choisi dans un geste quasi-unanime, de descendre dans les rues. Personne ne l’avait prévu.  les Algérois présents se souviennent que le 10 décembre 1960, la veille du grand jour, c’est un illuminé, dressé sur un banc public, qui avait donné le signal, face au monoprix de Belcourt.

 

 

 

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