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Publié par Saoudi Abdelaziz

L'ancien directeur de la DST, Yves Bonnet affiche ses inquiétudes face à l'argent du Qatar.

DR-YvesBonnet, photo afp

 

 

Lorsqu’on a été espion (ou maître espion), à la Cia, au Sdec, au Drs, à la Dst, au Mossad ou au Kgb, peut-on devenir « indépendant » lorsqu’on se reconvertit dans le métier d'expert médiatique sur les questions de sécurité ?

 

Mission impossible, répond Guy Debord dans ses Commentaires sur la société du spectacle. Son jugement vise les experts en tous genres, chargés de nous aider à "comprendre", mais cela concerne encore plus ceux qui sont dans le secrets des dieux. Le penseur français écrit, très laconiquement : « Tout expert sert son maître, car chacune des anciennes possibilités d’indépendance a été à peu près réduite à rien dans les conditions d’organisation de la société présente ».

L’édito du Quotidien d’Oran est consacrée ce matin à un constat d'expertise largement relayée dans les médias algériens. En résumé:  les révolutions tunisienne et égyptienne ont été menées en sous main par une alliance américano-islamiste. Cette "expertise" pourrait bénéficier, en Algérie, d’une sorte de caution officielle, dans la mesure où elle pourrait jeter une odeur de souffre sur les mouvements populaires dans notre pays. Ne sortez-pas manifester, la Cia est au coin de la rue !

 

Cette campagne d’explication est animée, en long et en large sur la place d’Alger, par deux experts français : un ancien officier analyste de l’armée et un ancien chef de la DST. Ce dernier, Yves Bonnet, a, dans la foulée, délivré une  autre expertise plus pressante : « Rien de durable ne se fera au Mali qui n'associe l'Algérie et la France”.

 

 

Saoudi Abdelaziz, 10 janvier 2013

 

 

 

 

 

 

Taisez-vous, les «experts» parlent pour vous !

 

 

 

Par M. Saadoune

 

 

 

Qui aurait pu croire que le dégagement d'un dictateur et le processus politique contradictoire qui l'accompagne seraient un fleuve tranquille ? En tout état de cause, les troubles et contradictions qui caractérisent les transitions ne sont certainement pas suffisants pour présenter l'ensemble des mouvements de contestation politique qui ont secoué certains pays arabes comme une vaste conspiration des Américains et de leurs enturbannés du Golfe.


Il y a du mépris pour les populations arabes dans certaines assertions peu nuancées qu'on vient d'entendre à nouveau à Alger. Comme si les sociétés et les élites dans le monde arabe ne pouvaient réagir qu'à des impulsions extérieures. Comme si ce qui se passe dans leurs pays comme dérèglement de l'Etat et accaparement des ressources par des familles ou des clans ne pouvait être, en soi, une raison suffisante pour bouger. Désormais -et l'on semble croire que c'est simple après les résultats des élections libres qui se sont tenues en Tunisie et en Egypte - on ne met plus en avant la thèse du complot ourdi; on en parle modérément mais on décortique abondamment les conséquences «néfastes» des soulèvements. Le message est d'une grande limpidité : tout soulèvement contre l'ordre établi ne mène qu'au pire.


Bref, les Tunisiens auraient gagné à s'accommoder du régime «laïc» des kleptocrates pour ne pas avoir un gouvernement issu des élections dans lequel les islamistes sont dominants. Il existe - sans surprise- des Tunisiens qui pensent de cette manière. Mais il faut voyager un peu, aller en Tunisie et ne pas limiter les contacts à quelques nostalgiques de«l'ordre» de Ben Ali ou à des idéologues «laïcards». On pourra constater que même chez ceux qui sont fortement remontés contre le gouvernement actuel et le soupçonnent d'intentions liberticides, il n'est pas question d'accepter de revenir à l'état d'indignité dans lequel les confinait la dictature du clan Ben Ali. Peu de gens contestent la légitimité morale et politique du soulèvement contre la dictature. Et c'est bien parce qu'ils refusent cette indignité qu'ils restent mobilisés et vigilants face aux gouvernements en place.


Un changement de régime a toujours au début - les Tunisiens comme les Egyptiens n'inventent rien - un impact négatif. L'économie n'aime pas les troubles et les investisseurs fuient les tumultes. Mais en prendre argument pour «conclure» que les soulèvements sont néfastes, c'est aller vite en besogne. Tout comme les assertions d'une manipulation de bout en bout des mouvements par les laboratoires américains. C'est l'expression d'un pur fantasme et cela n'a rien d'une expertise. Bien entendu, il serait tout aussi farfelu de prétendre que les Etats-Unis et les Occidentaux ne tentent pas d'interférer sur ces dynamiques. Il est difficile de nier que l'évolution de la Libye est liée à un coup de force des Occidentaux qui ont bafoué la légalité internationale pour transformer un mandat de protéger en celui d'intervention pour changer un régime. Mais la Libye n'explique pas la Tunisie ou l'Egypte.


La contestation en Syrie n'a pas démarré comme un complot. Il y a eu un aveuglement effarant du régime que ses ennemis extérieurs, forts nombreux, ont exploité pour fermer les voies de solution. La Syrie est aujourd'hui dans une guerre civile entretenue par des intérêts étrangers contradictoires. L'imposture consiste à donner une explication générale des situations differentes et à nier les histoires nationales. Il est absurde d'énoncer du haut d'une chaire bancale à des societes qui continuent à bouger et à se battre que l'histoire est terminée. Et que leur mouvement téléguide ne débouche que sur une régression. Ces «experts» qui viennent expliquer à un «pauvre arabe» qui proteste contre la hogra et l'injustice qu'il est manœuvré par la cia, google et facebook font preuve d'une science de charlatans. Leur arrogance n'en est que plus insupportable.

 

 

M. Saadoune, 10 janvier 2013. Le Quotidien d’Oran

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