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Publié par Saoudi Abdelaziz

  

 

 

par Ammar Belhimer

 



La Banque mondiale fait dans la repentance : «Il faut repenser le rôle de l’État dans la finance. » Selon un nouveau rapport, rendu public ce 12 septembre (*), elle préconise «de repenser le rôle de l’État dans le secteur financier». Objectif avoué : «Trouver un meilleur équilibre entre, d’une part, le soutien au crédit et l’aide d’urgence en faveur des banques, d’autre part, les mesures visant à promouvoir la transparence et la concurrence en cas de crise.»

 

La formule reste ambiguë, mais elle constitue un désaveu de la dérégulation financière qui a traversé les Etats-Unis, y compris sous l’administration démocrate Clinton, et l’Europe, alors que le socialiste Delors était à la Commission. De l’avis autorisé de Mahmoud Mohieldin, directeur général du Groupe de la Banque mondiale, il est aujourd’hui attendu des Etats «d’assurer une supervision rigoureuse et une saine concurrence dans le secteur financier». Toutefois, il n’envisage pas un franc retour de l’Etat, préférant lui «privilégier plutôt des interventions indirectes». Le document publié peu de temps avant le quatrième anniversaire de la faillite de Lehman Brothers au plus fort de la crise financière mondiale en 2008 réunit les données nationales de 205 économies depuis les années 60. Le texte réexamine le rôle de l'État comme propriétaire et promoteur du secteur financier, par ailleurs responsable de sa réglementation et de sa supervision, afin de dégager les enseignements de la crise à partir de nouvelles donnes, analyses et expériences pratiques. Il examine le comportement des systèmes financiers durant la crise financière mondiale en focalisant sur quatre caractéristiques : la taille des institutions et des marchés financiers, l’accès aux services financiers, l’efficience et la stabilité.

 

Une des contributions originales du rapport porte sur les banques publiques. Durant la crise, de nombreux pays en développement se sont appuyés sur les banques d’État pour faire face à la contraction du crédit. Les autorités ont injecté des capitaux dans les banques publiques pour couvrir les prêts existants ou accorder de nouveaux crédits aux exportateurs et aux petites et moyennes entreprises, ou encore relever le plafond du crédit des banques publiques. Selon le rapport, ces interventions ont contribué à freiner la propagation de la crise, mais elles ont peut-être un inconvénient : des pratiques inefficaces en matière de prêts, qui, dans certains cas, sont motivés par des raisons politiques. L'analyse du comportement des banques publiques durant la crise financière révèle, pour l’essentiel, les tendances suivantes : «Certaines de ces interventions ont contribué à atténuer l'impact de la crise à court terme, mais elles pourraient avoir un effet négatif à long terme et engendrer un portefeuille de créances douteuses. Selon les données dont on dispose à ce jour, les prêts de mauvaise qualité accordés pour des raisons politiques ont initialement aggravé la crise dans de nombreux cas. Pendant la crise, les banques publiques ont eu tendance à prêter davantage aux gros emprunteurs, qui n'avaient pas nécessairement le plus besoin de ces fonds, alors que les acteurs de plus petite taille n'avaient qu'un accès limité au crédit.»

 

Le clientélisme, l’accès discrétionnaire au crédit résultant de la gestion patrimoniale de l’Etat et d’autres fléaux affectant la répartition des charges publiques n’autorisent pas encore une bonne gouvernance dans notre pays. Pour revenir à notre propos du jour, l’aveu de la Banque mondiale ne suffit certainement pas à faire de ses experts de la Banque, formatés et scellés selon le modèle néolibéral, des néo-bolchéviks. S’ils réhabilitent le retour de l’Etat dans la sphère financière, ils prennent bien soin de le circonscrire à un seul domaine : l'amélioration de la supervision, de la concurrence et de l'infrastructure financière. Voilà qui, pour des Etats qui n’ont pas la mémoire courte, doit définitivement disqualifier leurs Chicago Boys indigènes.

 

Ils étaient nombreux chez nous à pousser à la privatisation de la plus vieille institution bancaire du pays, le Crédit populaire d’Algérie, en 2007. Fort heureusement, l’opération avait été suspendue sine die, mais ses commanditaires courent toujours (**). Trois événements majeurs auront précipité la décision politique de mettre le holà sur ce qui s’annonçait être le scandale du siècle. Le premier semble être le retrait de l’un des six postulants, l’espagnol Santander, retrait accréditant encore plus la thèse d’une chasse gardée française d’autant plus crédible qu’elle conforte les observations faites sur les priorités qu’accordent les Français dans l’orientation de leurs intérêts économiques en Algérie. Marché captif français, le secteur bancaire l’est à plus d’un titre. Santander évincée, Citibank affirmant son aversion pour la banque de détail, il ne restait que Natixis pour faire face à quatre autres établissements français (Société Générale, BNP-Paribas, Banques populaires et Crédit agricole) pour la reprise de 51% du capital du CPA. Avec une petite longueur d’avance pour le Crédit agricole qui, bien qu’absent d’Algérie, se déclarait prêt à signer le gros chèque pour laisser ses concurrents sur le carreau tout en faisant valoir discrètement d’autres «arguments historiques» : le refus de la Société Générale de reprendre de gré à gré le CPA en 2002 sous prétexte des attentats du 11 septembre 2001, l’absence de BNP Paribas lorsque la situation financière était au rouge. Natixis, banque corporate, du groupe Banques populaires campe, elle, dans la discrétion. En bout de course, un autre lourd contentieux «historique» aura eu raison des ambitions des banques françaises. Contrainte au rééchelonnement par l’intransigeance française, l’Algérie a par ailleurs vu son risque pays sévèrement évalué par la Coface (dont Natixis est l’actionnaire majoritaire), lui occasionnant au passage le règlement de primes d’assurances élevées et associées à un véritable racket. Autre fait pénalisant pour la privatisation du CPA au profit d’un repreneur français : l’abrogation de la circulaire Ouyahia du 8 août 2004 et l’autorisation accordée aux banques privées algériennes ou filiales de groupes bancaires étrangers opérant en Algérie de recevoir les fonds des entreprises publiques. Une abrogation d’autant plus précipitée que la «plaie Khalifa» n’est pas encore cicatrisée et que sa pathologie n’a pas encore livré tous ses secrets (si tant est qu’ils le seront un jour). Intervenant peu avant la remise des offres techniques et financières pour la privatisation du CPA, cette abrogation avait été décriée comme étant une prime avancée au repreneur… français. Last but not least, les interventions publiques, pour le moins maladroites, de l’ancien ministre des Finances, associées à des placards publicitaires, tout aussi maladroits du repreneur potentiel, le Crédit agricole français, ont fini par exaspérer nombre d’observateurs avertis, acteurs et sujets politiques. Toucher aux banques publiques est une folie. Leur substituer des banques privées, locales (toutes liquidées) ou étrangères (d’affaires) n’est également pas à l’ordre du jour. Enfin, le sort des créances douteuses du CPA (estimées à 900 millions de dollars) participait à donner à l’opération une forte odeur de prescription mafieuse au détriment de la collectivité nationale. Le hasard fait souvent bien les choses !

 

Ammar Belhimer, 25 septembre 2012. Le Soir d’Algérie

 

 

(*) Global Financial Development Report : Rethinking the role of the State in finance (rapport sur le développement financier dans le monde : repenser le rôle de l’État dans la finance).
(**) Peu avant l’éclatement de la crise financière, sous le titre «Zones d’ombre», nous nous efforcions de dévoiler les raisons qui ont fort heureusement concouru à bloquer ce processus honteux qui aurait occasionné un préjudice incalculable aux finances publiques. Voir Le Soir d’Algérie, dimanche 25 novembre 2007.

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