Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

Amel Fardeheb Dahane
facebook

 

L'hommage à mon père assassiné le 26 septembre 1994 devait avoir lieu
à l'ENSET lorsqu'hier, à la dernière minute nous avons appris que
l'accès nous a été refusé.

Il aurait été tout à fait normal et logique que cet hommage se tienne
au sein de l'université que mon père devait rejoindre comme tous les
matins, lorsqu'il a été assassiné. Pourtant, de telles commémorations
pour des universitaires, ont déjà eu lieu au sein de la même
institution.

Je me rends compte, à présent, qu'un hommage à Abderrahmane Fardeheb,
a été jugé inacceptable au sein de l'université. Pourquoi une telle
réaction ?

18 ans après son assassinat, alors qu'il gît dans sa tombe, il
continue à déranger. Rien donc n'aura changé et la lutte de mon père,
hier, pour son pays, est portée aujourd'hui par de nouvelles
générations, elle reste absolument actuelle.

Ce refus et ce rejet est pour nous une autre blessure. Pas une
seconde mort car il ne s'agit que d'une décision arbitraire à laquelle
nous sommes habitués; une hogra qui nourrit encore plus ma colère.
Comme le disait un ami hier soir, nous devions, sa famille, ses amis,
ses anciens étudiants nous retrouver à l'ENSET, deux petites heures,
le temps d'une évocation intime, le temps de retracer son parcours
d'homme universitaire, de chercheur, d'homme de sciences et de savoir.
Rien de plus. Sans aucune arrière pensée, ni ambition politique.
Ainsi, l'argument avancé pour nous interdire la cérémonie à
l'université est d'autant inacceptable. Plus que jamais, ce refus
injuste doit nous pousser, et c'est là notre devoir, à lutter contre
l'amnésie collective qui nous menace, et à ne pas oublier toutes ces
femmes et tous ces hommes qui rêvaient d'une Algérie meilleure,
moderne, et qui ont été assassinés. Il est important de préserver
cette mémoire, de la protéger et de la nourrir. Aujourd'hui, tout tend
à l'effacer et la piétiner. Le déni de mémoire les assassine et les
enterre une seconde fois.

Je vous avoue que cet hommage, le premier à Oran, chez lui, nous
l'attendions depuis longtemps ma mère, mon frère et moi-même.
En 1997, l'université de Grenoble avait déjà honoré le mémoire de mon
père à la faculté des sciences économiques où il avait soutenu sa
thèse de doctorat d'Etat sous la direction de Gérard De Bernis. Une
salle de cours y porte, depuis, le nom Abderrahmane FARDEHEB.
En ce jour anniversaire, dans la ville qu'il aimait tant, ses amis et
anciens étudiants, lui rendent cet hommage.

Je voudrais souligner que la qualité première de mon père était sa foi
en la jeunesse de son pays, en ses étudiants au service desquels il
avait mis tout son savoir et son énergie. Dire aussi que, humaniste
convaincu, il se battait pour un idéal de paix, de fraternité et pour
une Algérie démocratique où règneraient la prospérité, l'équité et la
justice.

C'est pour tout cela qu'il est mort.

Je suis très émue mais heureuse de vous revoir tous ici présents. Le
temps a fait que nos chemins se sont séparés hélas. J'ai perdu de vue
certains, et c'est à présent l'occasion de nous rassembler et de nous
retrouver tous, pour honorer la mémoire d'un Homme, mon père qui a été
le frère, l'ami, le collègue, le camarade, le voisin de chacun d'entre
vous.

Je finirais en remerciant Adnan, à l'origine de cette commémoration
en lui demandant de nous pardonner pour tous les tracas que nous lui
aurions causés. Un grand merci à Fatma et à Malik qui m'ont soutenue
dans les pires moments d'incertitude et sans qui cette rencontre
n'aurait pas eu lieu.

Un grand merci à tous les intervenants présent ce jour :
Hassan Remaoun, Makhlouf Amer, Benabbou Senouci, Abdellilah Radia et
Kader, Kateb Said, Fatma Boufenik, Raja Alloula, Zine Sebbagh.

Merci à ceux qui n’ont pu être présents, et qui ont participé par
leurs témoignages et textes: Sadek Hadjeres, Abdelatif Rebah, Arab
Izerrouken, Mohamed Ghalem et Fouad Hakiki. Des textes qui relatent un
long parcours de mon père, aussi bien dans sa vie universitaire,
syndicale que politique.

Merci à l'association "le petit lecteur" de nous avoir accueillis, et
ma gratitude à vous tous qui êtes présents. Merci à ceux qui n'ont pu
faire le déplacement, et qui m'ont envoyé leurs contributions.

 

Amel Fardeheb, 28 septembre 2012

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Bérass Dalila 23/09/2014 00:38

Bonjour Amel,
J'ai connu Mr Fardeheb en tant qu'enseignant à l'ISE d'oran et j'ai eu l'honneur et le plaisir de travailler à mes débuts dans l'enseignement universitaire en qualité d'assistante pendant les années 92-93. J'ai eu l'honneur qu'il soit examinateur lors de ma soutenance de magister en économie en novembre 93. Je ne pourrais jamais l'oublier . Paix à son âme.
Dalila Bérass