Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

Les régimes « nationalistes-autoritaires », comme en Syrie, en Iran ou en Algérie, subissent simultanément deux pressions contradictoires : la subversion économique, idéologique et militaire occidentale d’une part, les exigences socio-démocratiques des peuples d’autre part. Pris entre le marteau et l’enclume, ces régimes se lézardent à une vitesse grandissante, face à des choix cruciaux inconciliables.

 

Ces régimes  -au patriotisme ambigu pour les progressistes et au libéralisme incertain pour les néolibéraux -  sont de plus en plus lâchés par leurs conglomérats qui tirent les leçons de l’Egypte, où ils ont été pris de court. Et où, adjib ! le puissant patron d’Orascom vient d’être condamné à deux ans de prison pour ses magouilles financières transnationales.

 

Ce qui est en jeu c’est la mue historiquement inévitable de ces régimes. Avec une alternative évidente : soit la reprise en main démocratique des capacités nationales de décision par les forces vives intéressées au développement national dans tous les domaines; soit la tutelle de l’Empire et la subordination de nos intérêts à ses choix mondiaux.

 

Dans le cas de notre pays, le contexte mondial actuel est sans doute favorable à un redressement patriotique : des marges de manœuvre élargies pour un non alignement économico-diplomatique, de la Chine à l’Afrique du Sud, du Brésil à l’Iran, de l’Inde à l’Allemagne, l’affirmation, de vastes aires géopolitiques  permettant des coopérations avantageuses pour notre pays. L’Algérie dispose aussi d’un atout : La relative amélioration des conditions de vie de notre peuple.  On le sait, des changements nationaux profonds sont plus difficiles en situation de crise sociale aigüe.

 

 

Dans plusieurs pays arabes «nationalistes», des fractions importantes des couches dirigeantes tendent à opter pour le giron de l’Otan, car ils savent qu’ils ne disposent plus de moyens politiques nationaux pour juguler la revendication démocratique et pour continuer à imposer leur hégémonie. En Syrie par exemple, une partie de l’establishment semble, comme en Libye au début de l’année, avoir choisi de «trahir» en prenant appui sur les services occidentaux.

 

En Syrie, ce processus est-il engagé avec la « trahison » officielle de Abdelhalim Khaddam ? Intéressant éditorial de K. Selim dans le Quotidien d’Oran d’hier.

 

S. A.

 

 

 

 

AUTORITAIRES ET PERVERS…

 

 

 Abdelhalim Khaddam, ex-grand ponte du régime syrien, où il a eu le «grade» de vice-président dans le système, celui-là même qui a dirigé le massacre de Hama en 1982, en appelle, de son exil européen doré, à une intervention militaire étrangère en Syrie. La boucle est ainsi bouclée. Ce sont les hommes du régime qui font le lit de l'intervention étrangère, qui en vivent, la souhaitent et la suscitent.

 Il faut savoir que l'opposition syrienne, dans son écrasante majorité, rejette, malgré la «victoire libyenne», l'idée d'une intervention militaire étrangère en Syrie. Cette opposition, qui s'organise de plus en plus autour de la figure très respectable du professeur Borhane Ghalioun, a posé trois principes pour la révolution : non à la violence, non au communautarisme et non à l'ingérence militaire étrangère. Cette opposition, qui exprime de manière authentique et sérieuse le sentiment de la population syrienne, demande un libre accès aux médias et aux organisations humanitaires. Elle demande une condamnation des atrocités et que le régime syrien soit déclaré illégitime.

 En dépit des «incitations», elle persiste à refuser toute intervention militaire étrangère, car consciente qu'elle est porteuse de très graves périls. L'étrange appel de Abdelhalim Khaddam, qui croit jouer sur du velours en se posant comme le défenseur des Syriens contre un régime qu'il a contribué à faire, est plus que douteux. Dans les milieux de l'opposition, où l'on considère Khaddam comme un individu peu recommandable et sans crédit aucun, cet appel est très suspect. «Abdelhalim Khaddam est soutenu par les Saoudiens et le choix du moment pour lancer l'appel à l'intervention militaire est intrigant», nous a déclaré un opposant du régime.

 L'appel intrigue d'autant qu'il survient au moment où l'opposition tente de mettre en place un grand conseil national pour essayer de parler d'une voix unie. L'appel de Khaddam tente ainsi de placer la Syrie sur un scénario libyen qui ne peut que susciter des divisions. Et servir d'ultime thème de propagande à un régime aux abois. L'ancien ponte de la dictature table sur le fait qu'un tel discours peut passer chez une partie des Syriens, qui considère que c'est la seule issue face à l'autisme absurde et sanglant du régime.

 Des membres de l'opposition pensent que Abdelhalim Khaddam est soutenu par les Saoudiens et qu'il sert leur agenda. Les Saoudiens ne parient pas, bien entendu, sur Khaddam qui n'a aucune chance d'être accepté par les Syriens. Mais ils semblent, selon nos interlocuteurs, lui donner la mission de susciter le maximum de division au sein de l'opposition et de briser le consensus, difficile et courageux, sur le refus de l'intervention militaire étrangère. Le jeu des Saoudiens est aisément explicable par ses intérêts dans la région et par son rôle dans la stratégie américaine. Mais le plus remarquable est de constater que ce sont les gens du régime syrien, au pouvoir ou en exil, qui sont prêts à jouer toutes les options, y compris la carte de l'intervention militaire étrangère pour se maintenir ou revenir au pouvoir.

L'opposition syrienne est, dans sa diversité, l'incarnation d'une exigence irrépressible de liberté. Elle est également, dans des conditions terribles de répression, celle qui défend les intérêts présents et à venir de la nation syrienne. C'est ce qui fait sa grandeur.

Le Quotidien d’Oran, 6 septembre 2011

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article