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Publié par Saoudi Abdelaziz

Impressions du jeudi

Par Saoudi Abdelaziz

 

La mise en garde de Sadek Hadjerès est inhabituelle. Il faut la lire attentivement.

 

Il dit : « Il est important d’admettre que la ligne de clivage principale entre courants nationaux démocratiques et de progrès social n’est pas et ne doit pas être leur participation ou non à la bataille électorale ou leur participation à des listes électorales concurrentes ».

 

L’ancien secrétaire général du Pags, à sa fondation, est bien au fait des ficelles du système. « Les autorités en place ont d’ailleurs toujours spéculé sur l’aiguisement de ce genre de divergences. Leur plus grande crainte est que se développe un grand courant unitaire, capable de s’amplifier y compris très largement au-delà du champ électoral ».

 

Je partage sans réserve cette mise en garde de Hadjerès.

 

Le 3 mars dernier, après la décision du FFS de participer aux élections j’avais écrit : « Notre blog se fera l’écho des prises de positions et des initiatives du FFS, des démarches qui nous paraissent intéressantes venant de candidats de ce parti ou d’autres formations. Nous relayerons aussi les réflexions des Algériens qui appellent au boycott, afin que le clivage fondamental ne passe pas entre ceux qui boycottent et ceux qui participent mais entre le vieux système obsolète et les forces du changement, dans leur diversité. Et pour mettre à nu les diviseurs professionnels que le système entretient dans tous les « camps », à travers les gros moyens des services qui protègent la domination ».

 

Saoudi Abdelaziz, 29 mars 2012

 

 

Avis de Sadek Hadjerès

 

Sur l’article de Hocine Bellaloufi concernant la participation aux élections du 10 mai 2012 (paru dans la Nation-infos, mardi 27 mars):

 

Je voudrais pour ma part souligner l’importance de cette contribution dont je partage pour l’essentiel la position d’ensemble. Hocine Bellaloufi expose à mon sens, de façon pédagogique et dialectique, l’utilité pour les forces foncièrement démocratiques de participer activement à la bataille des élections du 10 mai prochain.

 

Nombre d’enseignements tirés de l’histoire du mouvement national et social de libération le confirment. Je ne les expose pas ici, quelques uns ont été d’ailleurs évoqués par l’auteur.

 

L’engagement dans ce type de bataille, y compris dans les conditions les plus défavorables, ne trouve pas sa justification dans une approche illusoire purement tacticienne et de court terme, en termes de représentativité électorale immédiate ou d’avantages étroitement partisans, une approche mesquine qui expose à ce que Lénine qualifiait de « crétinisme parlementaire ». Ce n’est pas du nombre « d’élus » ou même de l’absence d’élus, que cet engagement tire son importance. Il prend par contre son plein sens si, et seulement si, il s’inscrit comme un des éléments d’une stratégie politique d’ensemble et de longue haleine, de mobilisation et de conscientisation de masse, comprise et appliquée sur le terrain, visant à instaurer à terme un rapport de force global, une large hégémonie populaire en mesure de modifier radicalement la nature et le contenu du pouvoir dans un sens démocratique et social conforme aux intérêts de la société et de la nation.

 

Il n’est certes pas facile de mener ce genre de batailles en luttant à la fois contre les écueils des penchants opportunistes ou du faux radicalisme. Mais l’effort en vaut la peine, à contre-courant des attitudes purement « symboliques », attentistes et stérilisantes dans lesquelles les pouvoirs autoritaires, corrompus et corrupteurs, cherchent à enfermer les oppositions légitimes.

 

En ce sens, j’ajoute une remarque qui ne contredit pas l’argumentation de Hocine Bellaloufi mais la complète, car elle me semble implicite dans l’esprit de son article.

 

La remarque est la suivante : il est important d’admettre que la ligne de clivage principale entre courants nationaux démocratiques et de progrès social n’est pas et ne doit pas être leur participation ou non à la bataille électorale ou leur participation à des listes électorales concurrentes. Des différences d’appréciation peuvent exister quant à l’opportunité de mener ou non cette bataille de telle ou telle façon. Les autorités en place ont d’ailleurs toujours spéculé sur l’aiguisement de ce genre de divergences. Leur plus grande crainte est que se développe un grand courant unitaire, capable de s’amplifier y compris très largement au-delà du champ électoral. Ce qui est décisif c’est si, au-delà et en dehors des péripéties électorales, qui ne sont qu’une partie du combat démocratique et social, les courants attachés aux libertés individuelles et collectives, à la justice sociale et aux droits humains, à la sauvegarde de la souveraineté nationale, savent s’unir et agir ensemble en appui sur les bases populaires, autour des solutions aux innombrables besoins et revendications dont certaines sont vivement ressenties et sont au cœur du drame national.

 

C’est un terrain de lutte permanent, qui ne se limite pas aux quelques semaines qui précèdent les rituels électoraux. Ce terrain de lutte qui s'étend à toute la vie économique, sociale et culturelle, est malheureusement trop délaissé et sous-estimé par les forces qui ont vocation de mener d’accompagner les luttes à la base. Elles tournent à tort leurs regards, leurs analyses et leurs prises de positon vers la moindre ou apparemment spectaculaire évolution dans les sphères institutionnelles, sans attention suffisante au mal-être, aux grondements souterrains, aux saines et brûlantes aspirations qui parcourent la société profonde.

 

La dispersion des forces de progrès par rapport à ces objectifs concrets primordiaux, au nom de divergences idéologiques ou de calculs politiciens de court terme, est la raison principale qui pérennise l’asphyxiante chape réactionnaire interne et internationale dans laquelle étouffe notre peuple.

 

Cela fait trop longtemps que durent les leurres et les illusions des faux combats. Il est vital, en matière électorale comme en tous les autres terrains de lutte, de repérer les vrais enjeux et amplifier les convergences salvatrices.

 

Sadek Hadjerès, 28 mars 2012.

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