Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

Conduire les nouveaux moyens de transport dont s’est doté Alger ces dernières années n’est pas réservé aux hommes. Après avoir investi, il y a longtemps, le transport par bus (ETUSA) et par taxis, les femmes continuent de braver les préjugés sociaux et se font conductrices de métro et de tramway. Keltoum et Sihem en sont l’avant-garde déterminée, convaincue qu’il n’y a pas de métiers proprement « masculins ».

 

 

Keltoum et Sihem sont deux Algériennes pas comme les autres : elles ont choisi de démystifier les métiers « d’hommes », et ne sont pas peu fières d’être les premières conductrices des nouveaux moyens de transport à Alger, le métro et le tramway.

 

Après un sévère concours de sélection, les deux femmes ont réussi à arracher « un job » qui titille leur fierté, car ayant été retenues alors qu’au départ, beaucoup ne leur donnaient aucune chance devant les candidatures « masculines ».

 

Malgré leur différence d’âge et de niveau d’instruction, ces femmes ont en commun une passion dévorante pour le travail et un sens très développé de la responsabilité, deux qualités requises pour conduire des moyens de transport comme le tramway et le métro, en exploitation depuis 2011 à Alger.

 

Les encouragements qu’elles reçoivent quotidiennement de la part des usagers, notamment des femmes, les poussent, racontent-elles, « à se dévouer davantage à leur nouveau travail », peu ordinaire par rapport à la réalité du marché national du travail.

 

 

Des bus au « tram »

 

Keltoum, quinquagénaire et mère de trois garçons, raconte avec émotion comment elle est parvenue, non sans difficulté, à devenir d’abord chauffeur de bus, puis conductrice de tramway sur le tronçon reliant Bab-Ezzouar à Bordj-El Kiffan, dans la banlieue est d’Alger.

« Je n’aurai jamais pensé un jour conduire un tramway en pleine capitale, et pourtant je le fais depuis presque une année maintenant, et j’en suis extrêmement fière », confie-t-elle avec candeur.

 

Le fait d’avoir réussi à décrocher, au début des années 2000, un poste de chauffeur de bus au sein de l’Etablissement de transport urbain et sub-urbain d’Alger (ETUSA) a donné à cette femme timide de l’assurance et une grande confiance en ses capacités.

« J’ai été l’une des premières femmes à travailler comme chauffeur à l’Etusa, qui jusqu’à notre arrivée, mes consœurs et moi, ne recrutait que des hommes pour conduire ses bus », ajoute Keltoum, originaire de la wilaya de Bouira, qui dit « réussir parfaitement » à concilier responsabilités professionnelles et familiales.

 

Sa forte volonté et son expérience dans les transports en commun, ont aidé Keltoum à passer, avec brio, de la conduite des bus à celle du tramway à propulsion électrique.

« Il m’a suffi de trois mois de formation à Alger pour réussir ce passage. Etre la seule femme d’un groupe de huit stagiaires ne m’a nullement intimidée », a-t-elle ajouté sur le ton de la plaisanterie.

 

La crainte de la routine

 

Sihem, célibataire, 32 ans, avoue quant à elle avoir atterri par hasard dans le monde des transports en commun, notamment celui du métro. « Après avoir lu une annonce dans le journal, j’ai envoyé mon CV (curriculum vitae) à une entreprise privée spécialisée dans l’emploi de jeunes. Ce n’est qu’après que j’ai su que le poste à pourvoir était celui de conducteur de métro », explique-t-elle.

 

Diplômée de l’Institut national de commerce, restée longtemps au chômage après avoir terminé ses études, Sihem dit avoir été encouragée par sa famille, surtout son père, pour se lancer dans ce métier encore nouveau en Algérie. « Je trouve que la société algérienne a beaucoup évolué pour gagner en tolérance et en compréhension surtout vis-à-vis des femmes actives. » L’Algérienne, qui a prouvé sa capacité d’exercer les métiers les plus rudes, s’impose désormais sur le marché national du travail dans des métiers longtemps restés l’apanage des hommes, affirme-t-elle.

 

Toutefois, Sihem ne cache pas sa crainte de voir un jour la routine s’installer dans son quotidien. Et que son travail soit réduit à un ensemble de gestes mécaniques. « Conduire une rame dans un tunnel sous terre, peut devenir lassant à la longue », redoute-t-elle.

« En réalité, je n’ai pas de contact direct avec les usagers. Je passe seule des heures dans la cabine de conduite sans parler. Heureusement qu’il y a les pauses déjeuner qui me permettent de rencontrer mes collègues et discuter un peu », confie cette brune aux yeux clairs, dont le sport et les voyages sont les grands « hobbies ».

 

Pleine d’ambition, Sihem espère pouvoir évoluer sur le plan professionnel pour devenir un jour... responsable d’une station de métro.

 

APS. 8 mars 2012  Lien : Maghreb Emergent

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article